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GEORGES DEHERME
Croître
ou
Disparaître
La Loi de Malthus. — La surpopulation.
Le Néo-Malthusisme. — La Dépopulation française. — Ses Facteurs.
Les expédients — La Solution positive.
Librairie académique PERRJJ^ et C
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CROITRE OU DISPARAITRE
Copyright by Perrin and C" 1910.
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DU MÊME AUTEUR
L'Afrique occidentale f rançaisa* — Action politique.
— Action économique. — Action sociale {Ouvrage
couronné par V Académie française et par la Société
antiesclavagiste de France). — Un vol. in-8, 528 pages,
1908 (Bloud, éditeur) 6 fr. »
La Démocratie vivante. — Un vol. in-8, 402 pages,
1909 (Bernard Grasset, éditeur) . . . . . 4 fr. 50
Augfuste Comte et son œuvre : le Positivisme. —
Un vol. in-16 de 128 pages, avec deux portraits hors
texte, 1909 (Giard et Brière, éditeurs). . . 2 fr. 50
La Grise sociale. — Un vol. in-16 de 380 pages, 1910,
3« édition (Bloud, éditeur) 3 fr. 50
LA COOPÉRATION DES IDÉES
Revue bi-mensuelle d'éducation sociale (15« année)
Abonnement annuel : 4 francs. Bernard Grasset, édi-
teur, 2 vol. in-8 de 384 pages par an.
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GEORGES DEHERME
CROITRE
ou
DISPARAITRE
LA LOI DE MALTHUS. — LA SURPOPULATION
LE NÉO-MALTHUSISME. — LA DÉPOPULATION FRANÇAISE
SES FACTEURS. — LES EXPÉDIENTS
LA SOLUTION POSITIVE.
PARIS
LIBRAIRIE ACADÉMIQUE
PERRIN ET C'% LIBRAIRES-ÉDITEURS
35, QUAI DES GRANDS-AUGUSTINS, 35
Tous droits de reproduction et de traduction réservés pour tous pays.
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"T C^^TM ^ô7*A?
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OcynA\\.ctt£jz^ ûi^ 'C^c^i./'M. Jji^
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Pour celte élude^ on a mis à conlrihulion
surtout r ouvrage classique d'Arsène Dumont,
Dépopulation et Civilisation, et les récentes
enquêtes de la Revue hebdomadaire, de la
Réforme sociale et de l'Action nationale. Les
faits connus ont paru suffisants pour en déga-
ger un enseignement social. L'auteur ne s'est
pas proposé autre chose. Nous n avons plus
à poser les questions, nous avons à les
résoudre; nous n'avons plus à accumuler des
matériaux^ nous avons à les ordonner^ à con-
struire.
Si la société française menace ruine^ c'est
que^ après la critique métaphgsique et la
négation révolutionnaire j le parlementarisme
Va livrée aux partis qui ne se maintiennent
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VI AVANT-PROPOS
quen s' opposant et qui ne triomphent qu'en
détruisant.
Le positivisme n'est que pour étayer et
reconstruire. C'est toujours du point de vue
social quil examine les questions sociales et
les résout. C'est sa plus grande originalité^ —
sa faiblesse aujourd'hui, sa force demain.
Au-dessus des partis, il les a tous contre lui,
même ceux qui paraissent s'en réclamer. Il
na rien délectoral. Et c'est son meilleur
litre pour les rares esprits qui savent ou qui
peuvent encore penser.
Les questions sociales étant très complexes,
on peut toujours s'en tenir à un simple aspect
pour avoir raison contre les autres. C'est ce
que font les journalistes^ les politiciens^ les
démagogues, tous les hommes de partie et
d'autant mieux que leur incompétence, leur
niaiserie ou leur individualisme les rendent
inaptes à comprendre f ensemble social.
Durant les trois premiers quarts du siècle
dernier, les conservateurs recommandaient
Malthus aux classes ouvrières, et les socia-
listes n'avaient pas assez d'invectives contre
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AVANT-PROPOS VII
cet économiste et sa « théorie sophistique de
la population », comme disait A. Comte. A
rheure présente^ les rôles sont renversés^ et
sans d'autres meilleures raisons que de s'op-
poser. C'est affaire de partis, et la logique se
prête à tout.
Ici, en réalité^ il g a deux questions : la
SURPOPULATION MONDL\LE et LA DÉPOPULATION
NATIONALE. Ce sont deux périls qui menacent
r Humanité. Si le premier est peut-être plus
grand, le second est certainement plus pres-
sant. Mais, pour reconnaître les mogens effi-
caces et qui ne se contrarient point de les
éviter, il faut la lumière directrice d'une
grande doctrine organique comme le positi-
visme.
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I
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CROITRE OU DISPARAITRE
CHAPITRE PREMIER
LA « LOI » DE MÂLTHUS
Dans son Essai sur le principe de la popu-
lation^ dont la première édition parut en
1798 et la seconde en i8o3, Malthus formula
la « loi » que, par période de vingt^cinq ans,
si rien n'y met obstacle, la population croît
en proportion géométrique (1, 2, 4? ^»
16, etc.), tandis que les subsistances n'aug-
mentent qu'en proportion arithmétique (1,
2, 3, 4i 5, etc.).
Cela eut un énorme retentissement. Les
chiffres ont un prestige particulier. On vit la
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2 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
terre trop petite pour une humanité débor-
dante. Les économistes en profitèrent pour
émettre là-dessus leurs plus dures maximes.
Et sans doute, dès lors, les manufacturiers
anglais se justifièrent de tuer de fatigue et
de faim leurs lamentables ouvriers de huit
ans.
Plus tard, les socialistes s'indignèrent de
la fameuse phrase de la première édition :
« Un homme qui naît dans un monde déjà
occupé, si sa famille n'a pas les moyens de
le nourrir ou si la société n'a pas besoin de
son travail, cet homme n'a pas le moindre
droit à réclamer une portion quelconque de
nourriture, et il est réellement de trop sur la
terre. Au grand banquet de la nature, il n'y a
point de couvert mis pour lui. La nature lui
commande de s'en aller et elle ne tardera
pas à mettre elle-même sa menace à exécu-
tion. »
Cette littérature quasi biblique n'exprimait
point les propres sentiments de Malthus,
mais ce qu'il croyait une fatalité de la nature.
C'était un philanthrope.
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LA « LOI » DE MALTHUS
Mallhus réveilla un très vieil instinct, et
c'est peut-être tout le secret d'un tel succès.
La crainte de la surpopulation est vieille
comme la misère humaine.
Au neuvième siècle, en Islande, le code
des Gragas prescrivait de châtrer les men-
diants et les vagabonds.
Dans les peuplades océaniennes, dans
toute l'ancienne Amérique, chez les Esqui-
maux (Itaniens), et sans doute chez nos
propres ancêtres préhistoriques, l'avorte-
ment et Tinfanticide se pratiquaient couram-
ment. « Dans Tîle Formose, dit Montes-
quieu [De V Esprit des lois), la religion ne
permet pas aux femmes de mettre des enfants
au monde qu'elles n'aient trente-cinq ans :
avant cet âge, la prêtresse leur fouille le
ventre et les fait avorter. » Chez les nègres,
la circoncision des filles {parfois mortelle),
l'allaitement prolongé, qui interdit les rap-
ports sexuels, modèrent la fécondité ; de
plus, dans certaines tribus, les jumeaux (les
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4 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
naissances gémellaires sont assez fréquentes)
et les enfants venus après un certain nombre
d'accouchements sont immolés. Dans le Thi-
bet (chez les Koulous, Bhots, etc.), dans
quelques régions de la Chine et de l'Inde
(chez les Todas, par exemple), on sacrilie
encore une partie des nouveau-nés féminins.
Il en fut de même partout où la polyandrie
exista. « M. Lagneau a rappelé, nous dit
M. Zaborowski, qu'elle existait chez les Aga-
thyrses, au sud de la Scythie, qui, pour ce
motif, d'après Hérodote, se considéraient
tous comme des frères ou des cousins. Elle
existait aussi chez les Liburnes, sur le litto-
ral adriatique, peuple chez lequel les enfants
étaient élevés en commun jusqu'à cinq ans,
et attribués ensuite à ceux auxquels ils res-
semblaient. En parlant des Bretons insu-
laires. César dit que, chez eux, les femmes
sont communes à dix ou douze hommes,
principalement à des frères, mais aussi à des
frères et à des fils. Cette institution nous
apparaîtrait donc comme assez fréquente,
mais aussi comme passagère et transitoire.
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LA « LOI » DE MALTHUS
Et si Tinfanticide en grand est la première
de ses conditions, on a pu se demander s'il
n'avait pas été adopté en vue de limiter
l'accroissement de la population. »
C'est que le sauvage a toujours l'effroyable
hantise de la faim. 11 cueille, il pêche, il
chasse; un peu plus avancé, il ne pratique
encore qu'une culture rudimentaire. 11 vit sur
la terre en parasite. 11 consomme ; il ne pro-
duit pas. Tout nouveau venu n'est pas un
coopérateur, mais une bouche vorace, enne-
mie, qui, aux heures de famine, réduira sa
maigre portion de racines et d'écorces ou
s'en emparera complètement par la force. Ce
n'est que l'instinct maternel, plus fort, qui
a sauvé l'Humanité. Et encore, combien de
races ont dû s'éteindre ainsi! Les modernes,
en trois ou quatre siècles, ont vu les Guan-
ches, les Charmas, les anciens Californiens,
les Tasmaniens disparaître ; et bientôt, ce
seront les Polynésiens, les Peaux-Rouges,
les Fuégiens, les Négritos, les Boschimans,
les Esquimaux, les Weddas de Ceylan, etc.
Vraiment, sur la terre, il n'y a pas place pour
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a CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
les races qui n'ont d'autre idéal que de man-
ger et paresser.
Avec la civilisation, il semble que Tobses-
sion primitive devrait se dissiper. Il n'en est
rien.
Pour Aristote et Platon, par exemple, la
démagogie et les révolutions surgissent des
agglomérations humaines trop compactes.
C'est encore, aujourd'hui, l'opinion de
M. Gustave Le Bon, qui est, comme on le
sait, un penseur audacieux.
iVristote invitait l'État à arrêter le dévelop-
pement de la population en reculant jusqu'à
trente-sept ans l'âge du mariage pour les
hommes et en leur interdisant toute pater-
nité après cinquante-cinq ans. 11 conseillait
aussi l'avortement et même l'infanticide pour
les difformes. Et pourtant la Grèce portait
déjà, dans ses profondeurs, le germe du mal
qui devait causer sa perte : la a disette
d'hommes ». Deux siècles après, ce n'était
plus «lu'une province romaine. Les soldats
romains, selon Strabon, purent faii'c leur
camp dans les maisons abandonnées.
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LA « LOI » DK MALTHUS
On voit combien le plus grand des philo-
sophes de l'antiquité se trompait. Quelle
leçon ! C'est dans la nuit, parmi toutes les
embûches de la logique, du subjectivisme,
des passions, de l'ignorance et du mystère,
que la pensée humaine cherche une direc-
tion. Il est naturel qu'elle trébuche et s'égare.
Ervare humanum est. Mais il y a des erreurs
qui se peuvent redresser d'elles-mêmes et
d'autres qui sont définitives, il en est qui
ne retombent que sur celui qui les commet
et d'autres qui ont de terribles conséquences
sociales. Ainsi, nous n'avons jamais vu une
race, une nation, une société périr d^une
fécondité excessive. L'équilibre se fait natu-
rellement, soit par la mortalité, soit par
l'émigration, la colonisation ou la conquête,
soit encore par une culture, une production
plus intensives, le progrès industriel, une
meilleure économie des richesses. En tout
cas, les individus seuls ont à en souffrir pro-
visoirement. Mais la stérilité ne se guérit
pas spontanément, et c'est la société tout
entière qu'elle anémie et appauvrit. La Grèce
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8 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
d'Aristote et la Rome de la décadence en sont
mortes. « Rome ne mourut pas plus de
l'excès de despotisme que Athènes de l'excès
de la licence, dit Arsène Dumont. L'une et
l'autre succombèrent parce que, sous les
formes gouvernementales les plus dissem-
blables, un même vice les minait: le manque
de subordination sentie et voulue de l'unité
individuelle à Tunité sociale. »
Le positivisme ne nous confère nullement
une infaillibilité surhumaine ; mais l'humi-
lité qu'il nous enseigne et son relativisme
fondamental nous préservent des erreurs
sociales irrémédiables et nous disposent, en
tout cas, à reconnaître les autres et à les
redresser quand nous les découvrons.
Enfin, plus près de nous, Buffon s'émut
aussi des dangers de la puUulation humaine,
et Voltaire, chez qui on trouve tous les
sophismes, a écrit :*« Le but principal n'est
certes point d'avoir du superflu en hommes,
mais de rendre ce que nous en avons le
moins malheureux qu'il est possible. » Et si
le moyen de rendre le plus possible d'hommes
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LA. « LOI » DE MALTHUS
de plus en plus heureux est, précisément,
d'en avoir en superflu?...
Malthus ayant donné une apparence de
rigueur scientifique à sa « loi », il devait
être suivi, acclamé par tous les empiriques,
les sophistes, les matérialistes, et notam-
ment par la majeure partie des économistes.
On renchérit. Stuart Mill, que son adhé-
sion superficielle à la partie purement intel-
lectuelle du positivisme ne pouvait guérir
d'un esprit incurablement faux de féministe,
alla jusqu'à écrire : « On ne peut guère
espérer que la moralité fasse des progrès
tant qu'on ne considérera pas les familles
nombreuses avec le même mépris que
l'ivresse ou tout autre excès corporel. »
Néanmoins, on doit à Malthus d'avoir in-
directement donnél'impulsion aux recherches
démographiques et surtout d'avoir mis Dar-
win, comme celui-ci l'a reconnu, sur la voie
de la découverte de la concurrence vitale et
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10 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
de la sélection naturelle. Mais si la « loi »
de population s'applique assez exactement
aux végétaux et aux animaux, elle ne saurait
s'étendre à Thomme, qui produit, qui orga-
nise sa production. Darwin ne pouvait s'y
tromper. Ce qu'il y a de vrai dans les obser-
vations malthusiennes, il le retourne contre
les conclusions malthusiennes. « Gomme Ta
fait remarquer M. Galton, nous dit Darwin,
si les gens prudents évitent le mariage, pen-
dant que les insouciants se marient, les
individus inférieurs de la société tendent à
supplanter les individus supérieurs. Comme
tous les autres animaux, l'homme est certai-
nement arrivé à son haut degré de dévelop-
pement actuel par la lutte pour l'existence,
qui est la conséquence de sa multiplication
rapide; et pour arriver plus haut encore, il
faut qu'il continue à être soumis à une lutte
rigoureuse. Autrement, il tomberait dans un
état d'indolence où les mieux doués ne réus-
siraient pas plus dans le combat pour la vie
que les moins bien doués. 11 ne faut donc
employer aucun moyen pour diminuer de
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LA « LOI » DE MALTHUS U
beaucoup la proportion naturelle dans laquelle
s'augmente l'espèce humaine, bien que cette
augmentation entraîne de nombreuses souf-
frances. U devrait y avoir concurrence ouverte
pour tous les hommes, et on devrait faire
disparaître toutes les lois et toutes les cou-
tumes qui empêchent les plus capables de
réussir et d'élever le plus grand nombre
d'enfants. »
Darwin était un médiocre sociologue. xMais
le malthusisme n'a pas mieux résisté à une
critique basée sur l'observation des faits
.sociaux et la révélation de leurs rapports. II
n'en reste plus, maintenant, que la parcelle
de vérité qu'il contenait réellement et la
farouche négation sociale et humaine que
quelques anarchistes ont pu en dégager
logiquement.
Le doublement par quart de siècle s'est
rarement réalisé et il ne s'est jamais répété.
C'est qu'il n'était dû qu'à des circonstances
exceptionnelles, l'immigration sur un terri-
toire neuf, fertile et à peu près désert,
comme aux États-Unis, le vide fait par une
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12 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
guerre meurtrière, une épidémie, ou encore
une poussée industrielle comme celle qui
marqua la fin du dix-huitième et le début du
dix-neuvième siècle. « Vers i[\'j^, à Tissue
de la guerre de Cent ans, écrivait dernière-
ment M. d'Avenel, quand la France déserte
ne comptait peut-être pas plus de 4 à 5 mil-
lions d'âmes, il y eut un essor prolifique
d'une rapidité inouïe, grâce auquel le chiffre
des habitants tripla en moins d'un siècle ;
après quoi il demeura presque sans varia-
tions jusqu'aux progrès de l'agriculture et à
la création des prairies artificielles sous
Louis XV. » Et dans ses Éléments de statis-
tique humaine^ Achille Guillard notait : « Si
l'an i8i4inscrit98.ooo décès déplus que i8i3,
ce vide est rempli en i8i5 et i8i6 par
i3o.poo naissances de surplus. En i832-35,
une terrible mortalité, due principalement au
choléra, enlève 227.000 têtes de plus que
dans les années précédentes ; les naissances
de 1 833-36 dépassent de 75.000 celles de
1829-1832. Enfin, après les disettes de
1846-47? I^s naissances s'élèvent de 38. 000
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LA « LOI » DE MALTHUS 13
en 1848 et encore de 35.ooo en 1849, ^^
elles arrivent au chiffre le plus haut depuis
i835. »
Le marquis de Mirabeau était donc plus
près de la vérité queMalthus lorsqu'il disait :
(c Les hommes se multiplient comme les rats
dans une grange s'ils ont les moyens de
subsister... Augmentation de subsistance,
accroissement de population. » C'est pour-
quoi Buckle écrit : « Un arpent de terre
semé avec des pommes de terre peut nourrir
deux fois autant de personnes que la même
étendue de terre dans laquelle on sème du
blé. La conséquence est que, dans un pays
dont les habitants vivent de pommes déterre,
la population augmentera, toutes les autres
conditions étant à peu près égales, deux fois
aussi vite que dans un pays où ils vivent de
blé, et c'est effectivement ce qui est arrivé. »
Guillard s'étant efforcé de montrer que la
production du blé et des hommes, durant
une période de soixante ans, avait suivi une
marche parallèle en s'accroissant ensemble
de49p. 100, le matérialiste Ch. Letourneau
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14 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
ajouta : « La relation est si étroite qu'une
simple variation dans le prix du blé suffit
pour faire varier en plus ou en moins le
chiffre de la mortalité, celui des mariages et
celui des naissances. »
Le docteur Adophe Bertillon, qui s'est
inspiré de Guillard, lequel s'inspirait de
Malthus, a dit aussi : « On peut poser en
règle que, lorsque le climat est favorable et
que, dans le chantier du travail, il y a place
pour tout le monde, la multiplication des
hommes ne connaît pas de limites. »
La « loi D de Malthus rectifiée par la « loi »
de a Téquation générale des subsistances »,
formulée par Guillard et d'après laquelle la
population moyenne se proportionnerait aux
subsistances disponibles, serait-elle donc
plus exacte? Non pas, et on le verra plus
loin. L'homme civilisé échappe à cette dure
fatalité économique, et à quelques autres.
C'est, d'ailleurs, ce qui caractérise la civilisa-
tion. Désormais, il y a autre chose dansuneso-
ciété que les besoins physiologiques. Manger
n'estplusl'uniqueni même leprincipal mobile.
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L\ « LOI » DE MALTHUS 15
Mais remarquons d'abord que cette « loi »
de Guillard et de Bertillon, qui tient compte
de quelques faits, contredit les conclusions
malthusiennes. En effet, si la population
s'accroît naturellement à mesure que les
subsistances augmentent, il faut admettre
qu'elle décroît aussi naturellement à mesure
que les subsistances diminuent. Il y a donc
équilibre spontané, équation, et la surpopu-
lation n'est jamais à redouter. Or, pour Mal-
Ihus, il y a tendance, « chez tous les êtres, à
accroître leur espèce plus que ne le comporte
la quantité de nourriture qui est à leur por-
tée ». Mais si c'est vrai, ce l'est, on l'accor-
dera, d'autant plus pour les espèces animales,
et plus encore pour les espèces végétales.
Comme l'homme ne se nourrit que de ces
espèces, dont la multiplication est considé-
rablement plus rapide que la sienne, il fau-
drait donc renverser l'ordre des deux fameu-
ses progressions arbitrairement établies par
Mallhus, et dire : les subsistances, ou plutôt
les espèces végétales et animales, croissent
en proportion géométrique (1,2, 4,8, 16, etc.),
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16 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
tandis que la population n'augmente qu'en
proportion arithmétique (i, 2, 3, 4» 5, etc.).
« A cette objection, dit M. Charles Gide, on
ne peut répondre que ceci : c'est que cette
puissance virtuelle de multiplication est
resserréeen fait dans des limites très étroites,
limitation de la zone habitable, limitation des
aliments indispensables à cette espèce, lutte
pour la vie, etc.. Soit! mais alors, si Ton
fait entrer les obstacles en ligne de compte
dans la deuxième formule, pourquoi en avoir
fait abstraction dans la première ? Il semble
bien qu'il y ait là une certaine inconséquence.
De deux choses l'une, en effet : ou il s'agit
d'exprimer des tendances, et dans ce cas la
tendance à la multiplication indéfinie des
subsistancesestnonseulementégale mais très
supérieure à celle des hommes ; — ou il
s'agit d'exprimer ce qui est et, en ce cas, les
obstacles à la multiplication des hommes
ne sont pas moindres que ceux à la multi-
plication indéfinie des animaux et des végé-
taux, et pour mieux dire, celle-là est évidem-
ment en fonction de celle-ci. »
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LA « LOI » DE MALTHUS 17
Mais c'eiïtiàun problème économique et non
biologique, dira-t^n. Soit. Exaiuinons donc
les faits économiques en dehors des théories.
En 1789, Lavoifier évaluait ie rendement
du blé à 7 hectolitres Irois quarts à Thectare.
Maintenant, il est de 18 hectolitre* un tiers
(récolte 1909). La progression du rendefuent
n'est donc qme de pluis de « hectolitres par
période de d5 ans^ soit un peu plus d'un
quart, et elle serait Haanifestement trop lente
si la fMopulation doublait durant le même
temps. Mai» iî ^mt loin d'en être ainsi. En
soœme^ de 1820 à 11^09, la population fran-
çaise ne s'est pas; accrue d'un quart (de 3o à
39 luiUioiiis), tandjbs que la récolte du blé a
plus que doujïlé (de Sa millions d'hectolitres
à i^îo), malgré la « loi » de tUcardo de la
diminution de la rCiOite.
Certes, le sW français est particulièrement
fertile (1 1).. L'Angleterre et l'AUeiiaaagne doivent
(1) Faute de main-d'œuvre , agricole siiiïlsariLe, le ren-
dement du blé à Thectare (18) y est pourtant bien infé-
rieur encore à eelui de TAllemagne (24) et de â" Angle-
tore <â8).
2
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18 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
importer des quantités de plus en plus grandes
de céréales, alors que les pays exportateurs,
comme la Russie et les États-Unis, consom-
ment une part de plus en plus forte de leurs
récoltes. La dernière hausse sur les blés est
un avertissement à cet égard. Mais il n y a
pas que le blé. Depuis cent ans, la population
de l'Angleterre a triplé, et la nation est pro-
spère. Il en est de même en Allemagne.
Aux États-Unis, la moyenne de la richesse
par habitant, d'après le Census était : en
i85o de 3o8 dollars; en 1860 de 5i4; en 1870
de 784; en 1880 de i.o36; en 1900 de 1.227;
en 1905 de 1.870. La richesse a donc presque
quintuplé en cinquante ans, alors que la popu-
lation, malgré l'afflux d'immigration, n'est
montée que de 28 à 80 millions. En France,
en 1789, la moyenne de la richesse par habi-
tant était à peu près de 1.800 francs; elle
est maintenant de plus de 5. 000 francs. Elle
a donc presque triplé tandis que la popu-
lation n'a pas doublé.
D'après les moyennes annuelles par cinq
ans des successions et donations, évaluées
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LA « LOI y) DE MALTHUS 19
par M. de Foville, et qui étaient de i ,843 mil-
lions en i825-i83o et de 6.980 millions
en 1891-1895, après s'être élevée graduel-
lement, la richesse de la France, diminue
avec la population. Depuis que celle-ci reste
stationnaire, et qu'on voit même parfois le
nombre des décès remporter sur celui des
naissances, la richesse diminue comme
l'indique le fléchissement des successions
et donations : 6.870 millions en 1896-1900;
6.627 millions en 1900-1906; 6.461 millions
en 1907; 6.349 millions en 1908. En multi-
pliant par 34 l'annuité successorale, on voit
que la richesse de la France s'élevait à
235 milliards en 1891-1895 et qu'elle n'est
plus que de 2i5 milliards. En quinze ans, il
y a donc eu une déperdition de 20 milliards.
En Allemagne, au contraire, avec la popu-
lation croissante, la richesse nationale a
passé de 289 milliards en 1899 à plus de
3oo milliards en 1908, soit une augmenta-
tion moyenne continue de 3,75 p. 100 par an.
Carey avait donc quelque raison de soutenir
que la productivité proportionnelle s'accroît
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•âO CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
avec îa population. « L'efficacité croissante
du travail, a dit aussi Henry George, fait de
i^état progressif un état de production s'ac-
croissant continuellement par tête, et les
pays où la population est la plus dense,
toutes les autres choses étant égales, sont
toujours les pays les plus riches. »
Et ils ne sont pas seulement les plus riches ,
mais aussi les plus élevés dans l'ordre
humain. Adolphe Cosle a bien établi que le
progrès social est en rapport avec la densité
de la population soumise à une discipline
commune.
Avec leur grossier empirisme, leur sim-
plisme jobard, Malthus et ses disciples, même
ceux qui ont tenté de rectifier ses formules,
se sont lourdement trompés, sinon dans
toutes leurs prémisses, du moins dans toutes
leurs déductions. !1 en sera nécessairement
ainsi chaque fois que des spécialistes outre-
cuidants teïlteront de trancher du supérieur
par l'inférieur. Là où il se fait un pain, il ite
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LA « LOI » DE MALTHUS 21
naît pas toujours un homme, mais parfois il
surgit un besoin nouveau, et là où il naît un
homme^il se fait souvent deux pains, — avec
du beurre pour mettre dessus.
Bien des facteurs interviennent, entre
autres ceux qui ne se décèlent point par des
chiffres, et leur action énergique, quoique
subtile, produit des résultats très différents
de ceux qu'on avait annoncés avec une si
présomptueuse assurance.
Ainsi, Malthus devait croire avec Arthur
Young que le bien-être, la division de la pro-
priété surexciteraient au delà de tout ce qu'on
peut imaginer la pullulation des Français,
Or, c'est le contraire qui s'est produit. Et
c'est général. En Allemagne, le taux de la
natalité a baissé continûment de 4o,5p. looo
en 1871-1875 à 34 en igoS, chiffre le plus bas
du siècle pour ce pays. Cependant, nous dit
M. Alfred Dorff, « la situation économique
s'est rapidement relevée depuis la crise de
1900, l'émigration est inférieure à l'immigra-
tion, la population s accroît dans les classes
d'âge de i5 à 4oans, les mariages sont plus
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22 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
nombreux dans ces classes d'âge ». Et il
ajoute : « Toutes ces circonstances devraient
naturellement avoir pour résultat une aug-
mentation de la natalité. » Oui, mais c'est
du socialement que cela dépend, et le social
n'est pas le naturel.
Si la densité de la population détermine,
dans une certaine mesure, Tintensité de la
production des subsistances, l'inverse ne se
vérifie point, au contraire.
Il est évident que, de tous temps, les
familles aristocratiques n'ont point manqué
d'aliments et qu'elles ont eu aussi, toujours,
le plus vif désir de se perpétuer par une
nombreuse postérité. Elles devraient donc
avoir envahi le monde. Or, elles dégénèrent
et s'éteignent.
Malgré Malthus, les petits propriétaires
sont peu prolifiques. Quant aux riches, — et
ce n'est point toujours voulu, — ils ont beau-
coup moins d'enfants que les pauvres. C'est
pourtant chez ceux-ci seulement qu'il y a pé-
nurie. A Berlin, l'état-civil enregistre 167 en-
fants pour 1.000 ménages pauvres, contre 47
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LA « LOI » DE MALTHUS 23
pour 1.000 ménages riches; à Londres, 147
contre 63 ; à Vienne, 200 contre 71 ; à Leipzig,
241 contre 68 ; à Paris, 108 contre 34.
Ce fait a souvent été relevé par les véritables
observateurs qui n'avaient point de principes
préconçus à soutenir. Diderot y a fait allu-
sion et en a donné une explication superfi-
cielle, notamment dans Jacques le fataliste :
a Un enfant de plus n'est rien pour eux, c'est
la charité qui les nourrit. Et puis, c'est le
seul plaisir qui ne coûte rien ; on se console
pendant la nuit, sans frais, des calamités du
jour. » Dans sa médiocre comédie Est-il bon,
est-il méchant ? il y revient : à sa maîtresse
Mme de Chépy, qui lui dit avec humeur
qu'en effet u c'est fort pressé de faire un
gueux de plus comme si l'on en manquait »,
le valet Picard répond en aparté : « Si l'on
nous ôte la douceur de caresser nos femmes,
qu'est-ce qui nous consolera de la dureté de
nos maîtres ? »
Proudhon, qui fut un vigoureux adversaire
du malthusisme, a écrit: «Ainsi encore, les
économistes ont relevé la fécondité singulière
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24 CROÎTRE QU DISPARAÎTRE
de la classe indigente, et un homme d'un vaste
savoir, M. Auguste Comte, a même signalé
ce phénomène comme une des lois les plus
remarquables de l'économie politique. On
n'avait garde de remarquer en même temps
que l'indigence est de sa nature peu travail-
leuse, et que le pauvre, soumis à un labeur
mécanique, sans aucune dépense intellec-
tuelle, conserve toujours, si chétive que soit
sa subsistance, plus de force qu'il ne lui en
faut pour assurer sa déplorable postérité. »
Gh. Fourier, Carey, Roscher, Doubleday,
G. Delaunay, etc., attribuent raflfôiblii^se-
ment des faculté» génésiques chez les civi-
lisés, et surtout dans les classes aisées et
riches, à la suralimentation.
Après Proudhon, Herbert Spencer a bien
vu que l'activité cérébrale nuit à l'activité
génésique. « Si noua ramenons sous le
titre d'individuation, dit-il, tous les proces-
sus qui complètent et soutiennent la vie de
l'individu et sous le titre de genèse ceux
qui aident à la formation et au développe-
ment de nouveaux individus, nous nous
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LA « LOI )» DE MALTHVS
apercevons que l'individualion et la genèse
sont nécessairement en antagonisme. Tout
progrès qui élève d'un degré révolution indi-
viduelle a pour conséquence d'abaisser d'un
degré la multiplication de l'espèce, et vice
versa. » C'est aussi l'opinion de Patrick
Geddes, Ch. Gide, de Nitti. ce La vrai règle,
dit de Nitti, est celle que Doubleday a en-
trevue, que Darwin a perfectionnée et que
Spencer a formulée, à savoir que la genèse
est en raison inverse de Tindividuation. De
même que l'homme, étant l'être dont l'indi-
vidualité est la plus forte, est le moins fé-
cond, ainsi les sociétés qui atteignent le
développement le plus élevé sont les moins
fécondes, tout cela d'une manière spontanée,
en vertu de causes à la fois biologiques et
psychologiques, mais non volontaires. »
Il conviendrait de citer ici la « capillarité
sociale > d'Arsène Dumont, c'est-à-dire le
désir de s'élever, de conquérir toujours plus
de bien-être, d'être plus que ce qu'on est.
autre que ce qu'on est, ce que M. Jules de
Gaultier nomme le « bovarysme ». Mais c'est
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26 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
là, déjà, sous Taspect envisagé par Arsène
Dumont, une désolidarisation, une décom-
position, un phénomène morbide sur lequel
il y aura lieu de revenir en traitant de la
dépopulation nationale.
Est-ce à dire que tout soit absurde et à
rejeter dans le malthusisme ? Non pas. Pour
faible qu'elle soit au regard d'énormes
erreurs, il y a, là aussi, une part de vérité.
On ne la méconnaîtra point.
Sans avoir la superstition des lois écono-
miques, et de la a loi » pessimiste de Ricardo
en particulier, on peut prévoir que, lorsqu'il
faudra ensemencer le sable du Sahara, le
rendement de la terre cessera d'être propor-
tionnel et tendra à baisser, quel que soit
d'ailleurs le perfectionnement des machines,
des engrais et des procédés agricoles. « Le
rendement de toute terre doit avoir une
limite physique^ dit Charles Gide, à raison
de la limitation des éléments qu'elle contient
— et bien avant celle-là, une limite écono-
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LA « LOI » DE MALTHUS 27
mique^ à raison des frais croissants qu'exige
une utilisation quelconque quand on veut la
pousser à ses dernières limites. »
S'il est inexact que la population s'élève
toujours jusqu'à la limite extrême que permet
la quantité de subsistances produites, et
encore plus faux qu'elle ait tendance à
dépasser cette limite, il va sans dire que la
population ne peut, sans troubles graves,
s'accroître trop rapidement.
Si, depuis quelque temps, la France reste
stationnaire, les autres États, malgré un
fléchissement général dans le taux de la nata-
lité, élèvent absolument — et trop — les
chiffres de leurs populations. D'autant plus
que les mêmes causes sociales qui affaiblis-
sent le taux de la natalité, abaissent la mor-
talité, multiplient les besoins et suscitent la
désertion des campagnes.
En France, le taux de la mortalité était
de 26,2 en 1806-1810, de 28,1 en i85o-i854
et de 19,7 en 1908-1907. Et, comme le dit
M. É. Levasseur, à qui ces chiffres sont
empruntés, « la mortalité a baissé plus
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28 CRQÎTRE OU BISPARAÎTRE
encore dans plusieurs États : en Grande-
Bretagne et Irlande, de 21, 3 (1871-1880) à
i5,8 (1906) ; dans l'Empire allemand, de 27,1
à 18,2; en Autriche-Hongrie, de 35,6 à
23,8 ; en Italie, de 3o à 21 ,2. Les pays Scan-
dinaves, les Pays-Bas, la Belgique, la Suisse
sont aujourd'hui entre 16,9 et i3,5. »
D'autre part, en Allemagne, les personnes
actives et leurs familles étaient réparties ainsi ,
en 1882 : 19 millions pour l'agriculture,
20 millions pour l'industrie, le commerce et
les transports. Et en 1907, il y en avait seu-
lement 17 millions pour l'agriculture et
34 millions pour l'industrie, le commerce et
les transports. Cette évolution inquiétante
est générale, et peut-être a-t-elle été plus
marquée en Angleterre.
Depuis vingt-cinq ans, la consommation
du pain se serait accrue de 20 p. 100 en
France, de 5o p. 100 en Belgique et de loo
p. 100 dans les pays Scandinaves. En 1871,
on évaluait à 371 millions le nombre de con-
sommateurs de pain sur le globe ; en 1898,
il était de 5iG millions.
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LA « LOI » DE MALTHUS 29
C'est ce qu'on retiendra du malthusismc.
Plus encore par l'exigence et la complication
croissantes des besoins nouveaux, la déser-
tion des campagnes et l'abandon des travaux
agricoles que par l'augmentation de la popu-
lation, surtout dans le chaos présent, il y a
lieu de redouter un déséquilibre entre les be-
soins des hommes et les ressources de la
terre. Voilà le problème mondial. Quelque
jour il se posera brutalement. S'il est éludé
par la guerre, eeae sera que pour un temps.
Ni le ralionnement forcé, ni les privations
volontaires -ne sonl possibles pour l'Huma-
nité tout entière. Les Japonais qui cx)m-
menoent à manger tîu pain ne se remettront
pas au riz, et ils ont de quoi répondre si on
voulait les y contraindre.
il n'y a qu'une issue : régler le développe-
ment -de la population mondiale sur celui de
la produetioTi, de manière à éviter la famine
sans paralyser le progrès et surtout sans-que
cette économie nécessaire se fasse au -détri-
Hîentdes meilleurs. Mais eommenl?
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CHAPITRE II
LA SURPOPULATION
Les obstacles à la surpopulation sont pré-
ventifs et répressifs : i® le vice, la contrainte
et la restriction prudente ; 2^* la guerre, la
famine, la misère et toutes ses conséquences.
Pasteur protestant, Malthus était naturel-
lement philanthrope et moraliste. Par moral
restraint, il n'entend point Tabstention des
rapports sexuels dans le mariage, encore
moins la fraude ; mais c Tabstinence du ma-
riage, jointe à la chasteté », pour tous ceux
qui ne peuvent, par leur travail, subvenir
aux besoins d'une famille.
D'ailleurs, il n'a point recours à la coerci-
tion légale. Il n'attend rien que de lapersua-
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LA SURPOPULATION 31
sion et de la pression morale d'une opinion
publique éclairée.
Il ne saurait dissimuler, toutefois, qu'il
estime la fraude conjugale et même la dé-
bauche stérile moins funestes que l'excès de
fécondité imprévoyante. Il ne voit pas assez
que si la surpopulation des misérables est un
terrain trop propice pour la maladie, le vice
et le crime, cela se peut contenir dans les
bas-fonds, tandis que le prudenlial restraint
démoralise et contamine toutes les classes
sociales.
Les disciples furent plus hardis. Stuart
Mill proposa que, par loi, le mariage fût pro-
hibé pour lés indigents. On alla jusqu'à pré-
coniser Tavortement et la castration des
pauvres. Cette assurance, à propos de for-
mules contestables et qui ne sont jamais que
provisoires, caractérise bien notre anarchie
spirituelle. Depuis que nous ne supportons
plus que Dieu, un prêtre, un prince ou des
principes nous astreignent à quelque méthode
qui nous guide, à quelque devoir qui nous
dépasse, à l'abnégation ou au dévoûment qui
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S2 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
sont le ciment des sociétés, nous sommes
toujours prêts à sacrifier à n'importe quel
sophisme, plus ou moins captieux, à n'im-
porte quelle formule, plus ou moins scienti-
fique, non pas nos aises, certes, mais l'effort
des siècles, l'héritage sacré des morts, et
rondre.
Les économistes ont donné le branle. Leur
sèche métaphysique futautrementpernicieuse
que les plus absurdes utopies socialistes. A
la bourgeoisie, ils présentèrent Toeuvre de
Malthus comme la réfutation décisive du com-
munisme. Et la bour^»fK)isie, que Tégoïsme
égare parfois, se proclama malthusienne. En
i833, un préfet de rAllier, par circulaire,
signalait « la limitation du nombre des en-
fants comme le meilleur moyen 4'augmenter
le bien-être ». Thiers, qu'on est toujours sur
de retrouver loi^qu^'il y a une sottise à faire
ou h énoncer, ^vanta « les sages popula-
tions de la N-ormandie w, et d'autnes les
félicitèrent. La ville de Versailies, en i65^,
alloua même une prime de i .000 francs po>ajr
encdurager la stérilité volontaire des pauvnes>«
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LA SURPOPULATION 33
Malthus n'allait pas si loin. Pour que la
population double en vingt-cinq ans, il faut
que chaque ménage ait six enfants. Au des-
sous de trois, on le sait, la population reste
stationnaire. C'est la situation démogra-
phique présente de la France, et si Malthus
avait pu la prévoir, il Teût considérée comme
un mal plus grand que celui qu'il dénonçait,
parce que plus difficile à guérir.
Le paupérisme l'affligeait, et il n'ignorait
point que « les lois créent les pauvres qu'elles
assistent ». Cela ne l'empêcha point, d'ail-
leurs, de participer à l'organisation de l'As-
sistance publique en Angleterre. Ses inten-
tions étaient donc excellentes, quoi qu'en
aient pensé les anciens socialistes, et il ma-
nifestait plus de bon sensdans sesactes que
dans ses écrits. Mais il semble qu'il ait voulu
le bien parce que cela faisait partie de son
ministère, non par amour vraiment. C'était
sans grâce et sans intelligence. Au demeu-
rant, il a fait plus de mal que de bien.
C'est aux pauvres, et pour améliorer leur
sort, qu'il adressait ses conseils. Il est
3
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34 CROÎTRE OO DISPARAÎTRE
évident que, dans une grande ville, l'ouvrier
qui gagne trois francs par jour pourra vivre
seul avec ce maigre budget, qu'il sera gêné
s'il se marie, que les époux devront se priver
s'ils ont un ou deux enfants, et que tous
mourront de faim si la famille s'augmente
encore et si l'on ne vient pas à leur secours.
Voilà ce qu'on voit, d'abord. Mais il y a ce
qu'on ne voit pas aussi facilement : l'en-
semble social et l'entre-croisement des soli-
darités, la complexité des phénomènes et
l'infinie répercussion des actes sociaux.
Dernièrement, M. Charles Gide écrivait
encore : « En somme, si nous cherchons à
déterminer a priori le régime démographique
désirable pour la France, nous pouvons dire
qu'un nombre d'enfants de deux dans les
familles ouvrières, de quatre au moins dans
les familles bourgeoises, satisferait à tous
les desiderata. L'accroissement de la popu-
lation serait de 3 à 4oo«ooo par an, portant
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LA SURPOPULATION 85
presque entièrement sur les classes aisées.
Il en résulterait, d'une part, un accroisse-
ment du taux des salaires par suite de la
rareté relative de la main-d'œuvre ; — d'autre
part, une division croissante des fortunes
acquises — et par suite une tendance à l'éga-
lisation. La question sociale prendrait donc
un caractère de moins en moins aigu et le
risque d'une révolution sociale serait réduit
au minimum. »
Il y aura lieu, plus loin, d'examiner les
« moyens » — et leurs conséquences — qui
peuvent être employés afin que les ménages
ouvriers n'aient pas plus de deux enfants.
On ne considérera, d'abord, que les résultats
sociaux que peut avoir le régime démogra-
phique préconisé par Malthus, le plus mo-
déré des malthusiens, et souhaité par
M. Charles Gide.
Naturellement, sans qu'il soit besoin de
faire intervenir des pratiques spéciales, les
pauvres sont plus prolifiques que les riches.
C'est un fait. Quoi qu'on fasse ou dise, on
ne le modifiera seulement que dans son
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36 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
intensité et sa vitesse. Toujours les pauvres
seront plus prolifiques que les riches. S'il
peut dépendre des pauvres — et heureuse-
ment cette volonté ne se peut généraliser —
de n'avoir pas ou d'avoir peu d'enfants, il ne
dépend point de la volonté des riches d'en
avoir et surtout d'en avoir beaucoup.
Et c'est pour le mieux. Ici, la fatalité est
aussi bienfaisante que l'arbitraire des réfor-
mateurs serait désastreux. Le plus souvent,
il en va ainsi.
Puisqu'il s'agit d'améliorer le sort des
prolétaires, on se demande en quoi la mul-
tiplication des bourgeois, c'est-à-dire des
rentiers, des fonctionnaires, des avocats, des
médecins, des professeurs, des littérateurs
et des artistes, y contribuera. Déjà ils sont
beaucoup trop. Etce n'est pas avec l'absurde
formation universitaire qu'on peut espérer
voir la bourgeoisie diriger ses fils vers les
carrières utiles : agricoles, commerciales et
industrielles. Pour un bachelier, produire,
c'est déroger. C'^st pourquoi les professions
libérales sont plus qu'encombrées, et pour-
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LA SURPOPULATION 37
quoi le fonctionnarisme nous ruine. Tout ce
parasitisme vit et ne peut que vivre sur
le travail. Il est d'autant plus épuisant que
notre législation testamentaire pulvérise la
propriété, disperse les capitaux, et par là
entrave la grande production. La « tendance
à l'égalisation », si inconsidérément favori-
sée, n'est jamais qu'une tendance à l'univer-
selle misère de Tinertie. On n'égalise pas
par en haut, mais par en bas, parce que tous
peuvent le moins, facilement, immédiate-
ment, et descendre; mais non pas le plus, et
monter au plus haut.
Une classe bourgeoise de plus en plus
nombreuse — et donc dans une situation de
fortune médiocre — et une classe ouvrière
ne s'augmentant point, cela peut-il du moins
provoquer « un accroissement du taux des
salaires par suite de la rareté relative de la
main-d'œuvre »? Je ne le crois pas. Les pro-
duits renchérissant, la demande sera moins
pressante. En tout cas, si les salaires s'élèvent
vraiment, ce ne sera que nominalement et
provisoirement. Le pouvoir d'achat du sa-
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38 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
laire restera le même par rapport à la produc-
tion. Mais les producteurs étant relativement
moins nombreux, il faut admettre que la
production sera moindre. Ce n'est pas seu-
lement l'offre et la demande qui déterminent
le taux des salaires, c'est aussi, surtout, la
productivité du travail. Or un parasitisme
petit bourgeois très développé et un capi-
tal très dispersé sont de fort mauvaises con-
ditions pour une production intensive.
M, Charles Gide répondra sans doute que
les petits capitaux s'associent et participent
aux grandes entreprises. L'association a de
solides vertus : elle n'a pas celle du miracle.
L'association peut organiser les forces, leur
donner toute efficacité, elle ne peut créer
ces forces. Ainsi, une poussière de capitaux
n'est pas une force de production. Chaque
parcelle n'est qu'un titre à consommer, et il
y a plus de prodigues, de jouisseurs, que
d'avares et d'ascètes. L'égalisation des for-
tunes, c'est-à-dire la propriété morcelée, les
capitaux émiettés poussent à consommer
toujours plus, cependant qu'ils paralysent la
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LA SURPOPULATION 39
production toujours plus. Cest le rêve
des ventres. C'est le découragement des
bras.
Les tout petits capitalistes sont à la fois
timides et ignorants. Quand ils ne placent
pas leur argent sur l'État, ils le confient stu-
pidement aux aigrefins. Les plus intelligents
ne le hasardent que dans les entreprises qui
ont déjà réussi, les grandes mines, les che-
mins de fer, etc. Seuls, les gros capitaux
peuvent s'associer utilement ; seuls, ils ont
l'initiative, l'audace, la compétence et l'intel-
ligence qui conviennent à une sage adminis-
tration de la richesse sociale ; seuls, ils sti-
mulent vraiment la production.
Pour une production de plus en plus
intense, il faut un machinisme perfectionné,
cher, une extrême division du travail, un
commerce audacieux, un crédit large, sûr,
des moyens de transports rapides et sillon-
nant le pays en tous sens, — toutes condi-
tions qui ne se peuvent réaliser pleinement
qu'avec un patriciat très restreint, mais
puissant, le minimum de parasitisme petit
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40 CROÎTRE OU DISPARAITRE
bourgeois, et un prolétariat très nombreux,
mais organisé.
M. Charles Gide finit par le reconnaître,
d'ailleurs, avec sa netteté habituelle: « Nous
sommes convaincu, dit-il, que le ralentisse-
ment dans l'essor économique de la France,
qui se laisse de plus en plus distancer par
les autres pays, est lié au ralentissement du
mouvement de la population. »
J.-B. Say avait montré déjà que « l'homme
est un débouché pour l'homme ».
L'extension du commerce extérieur (impor-
tation et exportation) est en rapport direct
avec le mouvement de la population.
De la période de 1871-1875 à la période
de 1901-1904, la statistique Jules Jacob nous
montre la progression de la population et
du commerce pour les nations suivantes :
France, 7 et 22 p. 100; Italie, 21 et
28 p. 100 ; Autriche-Hongrie, 26 et 87
p. 100 ; Grande-Bretagne, 3o et 36 p. 100 ;
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LA SURPOPULATIOPf 41
Allemagne, 38 et 81 p. 100; Belgique, ^i et
88 p. 100 ; Pays-Bas, 5o et 269 p. 100. Nous
voyons donc raclivilé économique de l'Alle-
magne, par exemple, s'accroître avec sa
population, et celle de la France se ralentir
avec sa natalité. « Plus il y a d'hommes
dans un État, dit Montesquieu, plus le com-
merce y fleurit; plus le commerce y fleurit,
plus le nombre des hommes y augmente :
ces deux choses s'entr'aident et se favori-
sent nécessairement. »
Mais il s'agit de la surpopulation mondiale.
Actuellement, un Français n'a qu'à s'en
tenir au point de vue national, — et c'est le
plus sûr moyen de servir THumanité.
Auguste Comte disait que l'homme produit
plus qu'il ne consomme. Proudhon pensait
que la production s'accroît plus vite que la
population. Pour lui, c'est la désorganisa-
tion du travail qui suscite le paupérisme. Il
demandait comment, dans le même laps de
temps où la richesse nationale avait quin-
tuplé, alors que la population ne s'était ac-
crue que de 5o p. 100, il se faisait qu'il y
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42 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
eût encore des meurl-de-faim. « Que ron
me réponde, s'écriait*il, avant de s'inquié-
ter de la postérité, et de chercher quel
nombre d'habitants pourra tenir sur le
globe !»
De môme, Arsène Dumont écrivait : c Ce
qu'il faudrait se demander, au contraire,
c'est bien plutôt si la petite Europe pourra
jamais, sans s'épuiser, parvenir à aHmenter
un courant d'émigration suffisant pour impo-
ser son génie à des populations quatre fois
plus nombreuses. En tout cas, la France se
trouve dès à présent, par le seul fait de sa
faible natalité, incapable d'aucune action
durable sur les nations barbares. Les cités
grecques souffrirent, les unes de l'oligan-
thropie comme la France, les autres de
l'excès de population qui les força à fonder
des colonies. Qu'on se demande lequel de
ces deux maux a été le plus préjudiciable à la
civilisation grecque et au progrès de l'huma-
nité. Si l'oliganthropie eût été générale,
l'hellénisme eût été un phénomène sans con-
séquence, comme une fleur double qui meurt
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LA SURPOPULATION 43
sans graine. Grâce à ses colonies, dispersées
dans tout le bassin de la Méditerranée, il
s'est répandu sur notre Occident comme un
ferment incomparable d'activité cérébrale ;
en ce qu'il avait de meilleur, il est devenu
indestructible. >
Il n'en reste pas moins que, si la popula-
tion ne double point tous les vingt-cinq ans,
ni tous les siècles, si même son développe-
ment se ralentit de plus en plus, alors que
les progrès industriels s^accélèrent, il doit
arriver un moment où la production ne
pourra plus progresser, parce que tout notre
globe terraqué sera occupé et exploité, alors
que la population continuera à s'accroître,
si lentement que ce soit.
Mais chaque génération a sa tâche. Ce
n'est pas la nôtre, certes, et surtout pour
des Français, d'obvier aux maux lointains,
et peut-être imaginaires, de la surpopulation
mondiale. Nous connaissons les races et les
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44 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
civilisations qui ont disparu par disette
d'hommes, nous n'en savons pas qui aient
péri par pléthore.
Non seulement les nations, mais encore
les peuples continentaux sont des vases com-
municants. Avec les échanges, la circula-
tion, les facilités et les moyens de transports
rapides, le trop-plein des uns se déverse
presque aussitôt sur les autres. Et là est le
danger immédiat, réel, pour la France,
comme pour toute la civilisation occidentale,
— et non pas seulement de la dépopulation
absolue, mais d'un ralentissement trop pro-
noncé de la natalité.
Malgré son ordinaire perspicacité, Arsène
Dumont écrivait, il y a vingt ans : « Désor-
mais, aucun peuple n'est capable de soutenir
la lutte contre les nations européennes. «Port-
Arthur, Moukden, Tsousima proclament le
contraire.
Lorsque l'Humanité sera organisée, et
cela ne sera que dans plusieurs siècles, on
pourra songer au danger de la surpopula-
tion mondiale. Jusque-là, c'est celui de la
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1.x SURPOPULATION 45
dépopulation nationale, voire occidentale,
que nous avons à redouter.
Au reste, la tâche de nos arrière-neveux
sera plus facile que la nôtre, et ils seront
mieux préparés à Taccomplir. On peut l'indi-
quer en passant, ne serait-ce que pour
mettre en lumière l'aptitude du positivisme
à tout ordonner.
Ici, Proudhon a rejoint Comte. Ses vues
sont positives. Elles valent d'être rappe-
lées.
Pour Proudhon, tout accroissement de
production exige un surcroît de travail. Les
machines ne font que déplacer le travail, en
réalité elles l'augmentent. Par exemple, elles
le transfèrent parfois des muscles au cerveau.
S'instruire, consommer avec plus de délica-
tesse, tous les actes de sociabilité provoquent
une dépense considérable d'énergie. Or il y a
antagonisme entre le travail et l'amour phy-
sique. La faculté industrielle ne s'exerce
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4C CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
qu'aux dépens de la faculté prolifique. La
chasteté est compagne du travail, de l'art,
de toute activité sociale.
Normalement, l'amour physique s'éteint
dans le mariage. L'époux doit arriver à aimer
sa femme comme l'ouvrier à aimer son tra-
vail, d'un amour spirituel. Avec Auguste
Comte, Proudhon estime que la chasteté est
l'idéal de l'amour. « A mesure que le travail
augmente, dit-il, l'art surgissant toujours du
métier, le travail perd ce qu'il avait de répu-
gnant et de pénible; de même, Tamour, à
mesure qu'il se fortifie, perd ses formes
impudiques et obscènes. >
Ainsi, la période de fécondité ne s'étend
pas au delà de dix à quinze années. « &ix ans
de pratiques conjugales doivent suffire pour
rebuter un homme, dit Proudhon, à moins
que son intelligence ne décline ou que son
cœur se déprave. » Si la jeunesse et la beauté
font l'étreinte conjugale gracieuse et chaste,
passé quarante ans, ce n'est plus que vilain
et grotesque. Le respect dû aux enfants
invite aussi les parents à s'abstenir. D'après
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LA SURPOPULATION 47
Proudhon, le mariage ayant lieu, pour
rhomme, à vingt-huit ans, pour la femme, 5
vingt et un, la durée de Tallaitement étant de
quinze à dix-huit mois, le nombre des enfants
ne peut dépasser cinq par ménage. A ce
compte, la population ne s'accroîtra que
d'un dixième par trente ans et ne doublera
qu'en trois siècles. Au surplus, l'activité
productrice s'accroissant, la période de fécon-
dité se restreindra. Puis, les célibataires
deviendront plus nombreux. Tous les indivi-
dus ne sont pas propres au mariage.
Proudhon a prévu une meilleure économie
des produit^ de la terre, et non point par les
privations, mais par l'extension du bien-être.
Il considère un certain luxe comme une
manière d'épargne. Par la diversité et le raf-
iinement des besoins, on évitera les gaspil-
lages et conséquemment les famines. « C'est
parce que le prolétaire ne consomme pas
assez, dit-il, qu'il mange trop. »
On le voit, Proudhon est là bien près du
positivisme. Mais s'il reconnaît que le pro-
blème est moral et non physique, il est encore
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48 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
trop an-archiste pour convenir qu'il ne peut
y avoir de fonction sans organe, et que pour
régler la population il faut un pouvoir. Même
s'il ne s'illusionne pas trop sur la moralisa-
tion spontanée qui harmonise et équilibre, il
ne saurait lui attribuer qu'une efficacité, celle
de modérer la prolification.
Le positivisme est plus complet. Le pou-
voir spirituel qu'il institue réglera la popu-
lation, d'abord nationalement,puis occidenta-
lement, enfin universellement. Et régler, c'est
aussi bien pousser que retenir. Ainsi, le pou-
voir spirituel « réglera moralement le mariage
sans l'entraver politiquement ». Il tiendra
compte, d'abord, de l'équilibre naturel, il
l'aidera à s'affermir, puis il le perfectionnera.
Le malthusisme déprave. Il détraque. « A
partir de trente ans, le premier accouche-
ment est presque toujours difficile, et parfois
terrible, nous dit un praticien, le docteur
Burlureaux, tandis que les accouchemenls
accidentés sont tout à fait exceptionnels chez
les jeunes mères d'environ vingt ans. > En
tout cas, on ne saurait contester qu'il enraye
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LA SURPOPULATION 49
la sélection, qu'il la fausse et la fait jouer
à rebours, en provoquant, par la stérilité
volontaire, Téxtinction des individus et des
races les plus élevés au profit des individus
et des races inférieurs.
Auguste Comte ne pouvait donc être plus
indulgent que Proudhon pour cette « immo-
rale aberration » qu'est « la doctrine sophis-
tique de Malthus ». Au reste, il s'est peu
occupé de la question de la population, qui
ne se posait pas, alors, dans les mêmes
termes qu'aujourd'hui. Le péril national de
l'oliganthropie restait lointain et obscur, et
Malthus avait attiré l'attention de l'autre
côté. Voici, pourtant, ce qu'en dit Comte :
« Les espèces animales deviennent, en géné-
ral, d'autant moins fécondes qu'elles occu-
pent un rang plus élevé dans la grande hié-
rarchie biologique. C'est pourquoi notre race
serait la moins abondante de toutes, si sa
providence artificielle n'avait toujours com-
pensé de plus en plus son infériorité natu-""
relie. Malgré sa stérilité comparative, la plu-
ralité des enfants y constitue pourtant une
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50 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
condition évidente de sa perpétuité et de son
accroissement. Puisque l'existence s'y pro-
longe ordinairement jusqu'au double de Tâge
où commencent moyennement les féconda-
tions utiles, il faut que chaque couple normal
y produise au moins un enfant de chaque sexe.
Mais, outre que ce nombre rendrait la popu-
lation humaine seulement stationnaire, il ne
suffirait pas même pour y compenser une
fréquente stérilité et la mortalité antérieure
au développement. On est ainsi conduit à
faire provenir de chaque mariage humain
trois enfants dont le sexe diffère, suivant
l'usage statistique de compter cinq têtes par
ménage. Ce nombre suffit, surtout dans
Tordre moderne, pour que notre population
se maintienne et même s'accroisse lentement,
comme l'indique une judicieuse observation,
qui rectifie les dangereuses aberrations d'une
fameuse école économique. »
A. Comte spiritualise le mariage. Le but
du mariage n'est point la procréation, c'est
le perfectionnement réciproque des époux,
l'homme par le cerveau, la femme par le
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LA SURPOPULATION 61
cœur. L'union chaste devient l'idéal. Peu à
peu, après des siècles de promiscuité et de
bestialité, l'homme est parvenu à aimer pure-
ment la mère, la fille, la sœ.ur. De même, il
en viendra à aimer purement l'épouse. Cet
idéal, il va sans dire, on s'en approchera tou-
jours, sans l'atteindre jamais. Grâce à son
relativisme, il ne restreint donc point la fécon-
dité possible. Il n'engage à la chasteté,
comme le catholicisme, que ce qui doit être
chaste, — soit pour le perfectionnement phy-
sique de la race, en évitant ainsi la transmis-
sion des tares, des maladies et des infirmités
héréditaires, soit pour le perfectionnement
moral, en faisant surgir, comme exemples à
approcher, les types de pureté, de sainteté
et de grandeur. Mais le positivisme est plus
humain que tout théologisme, en ne privant
personne, même les stériles, des douceurs
du mariage, des joies de la paternité et du
bonheur réconfortant de la famille, par l'in-
stitution dumariagechaste etlagénéralisation
de Tadoption. Ainsi « sera dignement réglée
la procréation humaine »•
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52 CROITRE OU DISPARAÎTRE
c< Beaucoup de maladies se transmettent,
et même s'aggravent, par l'hérédité, dit
A. Comte; en sorte que des milliers d'enfants
naissent chétifs pour mourir bientôt, sans
que leur existence ait jamais cessé d'être un
fardeau. Dans la civilisation moderne, où
toutes les naissances sont également pro-
tégées, ces tristes résultats se multiplient
davantage que chez les Anciens, qui détrui-
saient la plupart des rejetons débiles. En
scrutant assez cette grande question, on trou-
verait peut-être que le quart des populations
occidentales devrait sagement s'abstenir de
toute procréation, pour concentrer une telle
fonction chez les couples convenablement
disposés. Quand on soignera la propagation
de notre espèce autant que celle des princi-
pales races domestiques, on reconnaîtra la
nécessité de la régler aussi. Mais cela ne
peut résulter que de la libre institution des
mariages chastes d'après la théorie positive
de l'union conjugale, où les relations sexuelles
ne sont pas directement nécessaires. Car l'in-
terdiction légale du mariage, souvent invo-
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LA SURPOPULATION 53
quée par les médecins contre les maladies
héréditaires, offrirait un remède non moins
odieux qu'illusoire. L'influence privée et
publique de la religion positive peut seule
produire, à cet égard, des résolutions qui
manquent autant d'efficacité que de dignité
quand elles ne sont pas pleinement volon-
taires. Dans ces unions exceptionnelles, la
vraie nature du mariage deviendra mieux
appréciable, lorsque les deux âmes seront
bien organisées. Un usage étendu de l'adop-
tion y permettra même l'essor des autres
affections de famille, en soulageant d'ailleurs
les couples spécialement voués à la propa-
gation. »
Si le Maître avait envisagé la question de
la dépopulation, il l'eût résolue de même.
Sous un aspect ou sous l'autre, la solution
du problème de la population est dans l'ordre,
— et celle de tout problème social. Le catho-
licisme et le positivisme sont les deux seules
doctrines complètes et universelles, et donc
les seules qui peuvent mettre fin à Tépou-
vantable anarchie intellectuelle, morale et
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54 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
sociale, dont la question de la population
et les opinions violemment contradictoires
qu'elle suggère ne sont qu'un cas, une mani*
festation. Tout remède empirique, tout trai-
tement spécial, toute idéologie, — surtout
le malthusisme qui ne s'adresse qu'aux inté-
rêts particuliers, aux passions personnelles,
— ne feront qu'aggraver cette anarchie,
démoraliser, troubler, dissoudre, et donc
dérégler plus encore.
En examinant le néo-malthusisme, on
poursuivra cette démonstration.
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CHAPITRE III
LE NÉO-MALTHUSISME
Les économistes s'en tenaient à la t science,
et à de vagues exhortations à la prévoyance.
Le néo-mal thusisme fit mieux et plus. Il
ne s'embarrassa point de préjugés ni de scru-
pules. Il fut logique, sentimental et prati-
que. Logique, brutalement, il obtint l'adhé-
sion des esprits qu'aucune réalité sociale ne
discipline plus et qui suivent tous les mots
qui passent. Sentimental, il invoqua le pau-
périsme, ses hontes et ses douleurs. Enfin,
pratique, cyniquement, il fournit à Tégotisme
individualiste, au vice, avec des justifications,
les moyens de les satisfaire.
Comment n'eût-il pas été entendu à une
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66 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
époque où plus rien n'éclaire, ne guide, ne
relie et ne rallie?
Cette propagande systématique dans le
peuple fut inaugurée, il y a près d'un
siècle, par le socialiste irlandais William
Thompson, disciple de J. Bentham et d'Owen.
Elle fut continuée par le conseiller aulique
allemand Weinhold, un philosophe chartiste
masqué du pseudonyme de Marcus, etc.
Annie Besant, d'abord socialiste, présen-
tement théosophe, et le docteur Drysdale,
récemment décédé, fondèrent, en 1877, la
Mallhusian League anglaise.
En Hollande, lâNiemv-Malthusianish Bond
s'est formée en 1884. Son président, M. Sa-
muel Van Houten, auteur du Principe de
causalité dans la science sociale ^ étant deve-
nu ministre de l'Intérieur, cette ligue fut
reconnue d'utilité publique en 1895. Jus-
qu'en ces derniers temps, le grand journal
libéral De Nieuwe Rollerdamsche Courant
était favorable à cette propagande. Toute-
fois, le parti antirévolutionnaire réclame
rintervention légale pour enrayer l'action
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l.E NEO-MALTHUSISME 57
de la ligue. Il faut noter aussi que, parmi les
principales nations européennes, les Pays-
Bas ont le plus fort excédent de naissances
sur les décès, soit i5,5pour i ,000 habitants
tandis que la France a le plus faible, pas
même 1.
En 1872, M. Hausmeister, de Stuttgart,
essaya de provoquer un mouvement analo-
gue en Allemagne, mais sans succès. Les
conférences néo-malthusiennes de Mme Min-
na Kub viennent d'être interdites, parce que
contraires aux mœurs. En Suisse, la tenta-
tive d^un député socialiste, M. Valentin
Grandjean, échoua également.
En France, l'ancien directeur de l'Orphe-
linat Prévost, de Cempuis, M. Paul Robin,
fonda, en 1896, la Ligue de la Régénération
humaine.
Sans doute, cette ligue n'eut jamais qu'un
nombre très restreint d'adhérents ; mais les
pratiquants étaient légion. Les formulaires et
lespessaires s'enlevèrent. Autrefois, la guerre
nourrissait la guerre par les prises : désor-
mais, la propagande malthusienne nourrira
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68 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
la propagande anarchiste par ce trafic spé-
cial.
Les « apôtres » surgissent, les journaux,
les brochures se multiplient (i). On l'entend
(1). Une de ces brochures, La loi de Mallhus, par
M. G. Hardy, offre un bel exemple des divagations aux-
quelles l'ignorance de la méthode positive, en matières
sociales surtout, peut entraîner une intelligence qui
paraît ouverte, exercée et généreuse.
L'auteur s'explique la société par l'individu et l'indi-
vidu par deux fonctions physiologiques : celle de l'es-
tomac et celle du sexe. Et tout le sophisme malthu-
sien est là. Mais, depuis Malthus, la pensée positive
s'est affirmée. M. G. Hardy ne paraît point se douter
de ce qui en est définitivement acquis : à savoir qu'il
y a une hiérarchie des sciences, que le supérieur ne
saurait être ramené à l'inférieur, que l'individu humain,
par exemple, est irréductible à ses fonctions physio-
logiques, et la société à Tindividu. Sans le malthu-
sisme, assure-t-il, «aucun sujet social, actuel ou futur,
ne peut être envisagé sérieusement et utilement ».
C'est, ajoute-t-il plus loin, « Tunique moyen d'éteindre
la misère, de rendre les guerres impossibles, d'abolir
la prostitution ». Il en est d'autres pour qui c'est la
réforme de l'orthographe, l'espéranto, l'exécration de
toute boisson fermentée, le végétarisme, le kneip-
pisme, etc. Notre anarchie intellectuelle aboutit à
une véritable folie générale. Les esprits ne reviendront
à la raison qu'avec Tordre.
Voici, d'après M. G. Hardy, l'idéal d'un néo-malthu-
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LE NEO-MALTHUSISME 59
bien, chacun de ces petits centres de propa-
gande est une boutique où se débitent, avec
les recettes d' « hygiène », les ustensiles et
les produits « anticonceptionnels >. Et, si
étrange que cela puisse paraître, la plupart
sien. Et il ne peut être que cela. « Supposons, dit-il,
qu'en France s'établisse le régime le plus beau qu'on
puisse imaginer : le communisme... Toutes les misè-
res ont disparu. Plus d'autorité vexatoire. Le travail
modéré a remplacé le travail exténuant... Il est évi-
dent que le commerce des sexes s'établit en toute
liberté. Les unions sont nombreuses et précoces.
Peu importe le nombre d'enfants qu'une femme aura;
peu importe à qui ces enfants appartiendront : la com-
munauté se charge de les élever...» Le seul régime
qui justifierait le néo-malthusisme est le seul qui le
nécessiterait. En effet, si l'humanité pouvait retourner
à cet état primitif, et si la dégénérescence provoquée
par l'abus et la précocité des rapprochements sexuels,
l'abrutissement delà paresse et de l'irresponsabilité, la
propagation dos maladies nerveuses et vénériennes ne
suffisaient point à rétablir le régime démographique
des sauvages, — soit un à dix habitants au maximum
par kilomètre carré, — il faudrait y pourvoir par la
prophylaxie anticonceptionnelle, à laquelle, désormais,
aucun sentiment social ne s'opposerait plus.
Là-dessus, M. G. Hardy a donc gain de cause. Mais
la sauvagerie primitive « n'éteint pas la misère, ne
rend pas les guerres impossibles, n'abolit pas la pro-
stitution », comme il croit : elle les universalise.
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60 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
de ces mercantis sont des convaincus, voire
des fanatiques, dont le désintéressement
personnel et l'abnégation sont certains.
L'aberration n'en est que plus redoutable.
Ce sont les anarchistes qui répondirent
les premiers à l'appel de Paul Robin. L'an-
cien économisme ploutocratique voyait dans
le malthusisme un moyen de conservation;
avec de meilleures raisons, les anarchistes
le considérèrent, dès lors, comme un puissant
ferment de dissolution sociale.
Puis, le néo-malthusisme pénétra dans
les syndicats, entre l'antipatriotisme et le
sabotage.
Dans les Bourses du travail, on prêche
aux femmes la « grève des ventres »; beau-
coup de journaux corporatifs publient les
articles, les réclames, les adresses de sages-
femmes et de médecins malthusiens. Les
ateliers, et surtout ceux des femmes, sont
visités, on y distribue des prospectus, on
y fait des « causeries >. Mme Leroy-AUais
nous a donné de curieux renseignements à
ce sujet. € On fait, dit-elle, aux ouvrières et
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LE NÉO-5IALTHU9ISME 61
à Tatelier même, des conférences socialistes,
anticléricales, féministes, voire pacifistes. »
On reconnaît à ce signe d'où viennent ces
furieuses attaques contre la société française.
M. Paul Robin est franc-maçon. C'est dans
les Loges qu'il a trouvé ses plus solides
appuis. C'est dans les Loges que la propa-
gande se prépare et s'éprouve. On y fait des
conférences sur a le droit à l'avortement »,
on y réclame la suppression de l'article 817
du Code pénal qui vise la répression de
ce crime.
Voyant la franc-maçonnerie dans l'affaire,
les anarchistes qui sont souvent des hommes
d'ardente bonne volonté, mais mal instruits
des choses sociales, les syndicalistes et tous
les prolétaires devraient se méfier. Mais qui
les avertit?...
Le néo-malthusisme est bien plus un effet
qu'une cause. Comme toujours, la théorie
spécieuse n'est intervenue que pour excuser
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62 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
d'abord, légitimer ensuite la pratique occulte.
Au lieu de corriger les instincts nocifs, la
raison débridée les sert. Ainsi, nous voyons
encore qu'une grande doctrine directrice
comme le catholicisme ou le positivisme,
dont le§ dogmes échappent à la critique sub-
jective, est aussi nécessaire à la santé céré-
brale quà Tordre social. En 1866, Louis
Veuillot écrivait : « Le genre humain est
doué d'une sorte de goût à tuer les enfants.
Ce phénomène s'observe sous toutes les
latitudes, dans toutes les civilisations et
dans toutes les barbaries. Pour une raison,
pour une autre, pour conserver la vigueur
de l'espèce, pour honorer les dieux, pour
engraisser les manitous, pour remplacer le
droit d'aînesse, pour épargner les frais et les
fatigues de l'éducation, à Athènes à Sparte,
à Carthage, à Rome à Pékin, à Otahiti, à
Londres, à Paris et dans les environs, on tue
les enfants, ou on les empêche de naître. Il
n'y a guère que le christianisme qui com-
batte efficacement cette singulière coutume,
et là où le christianisme baisse, la coutume
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LE NÉO-MALTIIUSISME 63
vaincue par lui reprend son meurtrier em-
pire... Quand il n*y aura plus de christia-
nisme, comment le progrès fera-t-il pour con-
server des hommes? »
Le néo-malthusisme n'a pu prendre, en
France du moins, que lorsque les notions
essentielles et les institutions fondamentales
de Famille, Patrie, État, Société étaient déjà
obscurcies par la métaphysique individua-
liste et ébranlées par les secousses révolu-
tionnaires. Ce n'est qu'une manifestation con-
tingente de la folie occidentale,.
Mais cette manifestation particulière d'un
mal profond est des plus pernicieuses.
M. Lucien March,par exemple, nous apprend
que, dans la Nouvelle-Galles du Sud, la baisse
de la fécondité a commencé vers 1875, et ce
point de départ coïncide « avec l'introduc-
tion des procédés variés, grâce auxquels les
époux prévoyants règlent l'issue dés effusions
conjugales, ou, ce qui est plus grave, en
anéantissent les conséquences. »
Le caractère morbide du néo-malthusisme
se marque nettement par le succès excep-
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64 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
tionnel qu'il obtient en France, où la folie
occidentale atteint son paroxisme. La plu-
part des étrangers, comme Lombroso, Gum-
plowicz, Bjœrnstjerne Bjœrson, qui noué féli-
citent de notre stérilité, l'attribuent à notre
avance de civilisation. Cela s'entend. Nous*
préférons n'être pas si « avancés », et vivre.
Lenéo-malthusisme, en France, n'a même
pas l'apparence d'un prétexte à invoquer.
En 1890, 1891, 1892, 1895, 1900 et 1907, il
y a eu plus de décès que de naissances, et
dans les six premiers mois de 1909, il y a
eu 28.203 décès de plus que de naissances. Il
y a mieux. C'est précisément dans les dé-
partements où depuis un quart de siècle au
moins il n'y a jamais eu un excédent de nais-
sances, où l'excédent de décès, au contraire,
grossit chaque année, que la propagande mal-
Ihusienne est plus active et mieux accueillie.
Dans le corps social on ne localise point
un mal. Tout se tient. Quand un sentiment
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LE NÉO-MALTHUSISME 65
S altéré, il affecte non seulement le cœur tout
entier, mais encore le cerveau. C'est dire
aussi qu'il trouble Tactivité.
L'individualisme, sous quelque aspect que
ce soit, est morbide, sinon d'abord dans son
inspiration, du moins dans ses manifesta-
tions, et surtout dans ses conséquences. Se
limiter à soi, c'est se nier, car on n'affirme
que ce qui dure. Se refuser à se continuer
par ses enfants, c'est déjà un suicide. C'est
même un meurtre : celui des ascendants qui
vous ont transmis le devoir de les perpétuer.
On verra, d'ailleurs, que le suicide, le crime
et quelques autres indices fâcheux accompa-
gnent la diffusion des pratiques néo-malthu-
siennes.
L'être social se veut survivre dans ses en-
fants comme dans ses œuvres. Il le doit, car
il continue ainsi ses ancêtres, sa race. ,
Mais « devoir » est un mot qui ne s'en-
tend plus. Je me garderai d'en abuser.
De par leur nature, les femmes qui ne
veulent point d'enfants sont des détraquées ;
celles qui ne le peuvent, des infirmes.
5
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66 CBOÎTRE OU DISPARAÎTRE
Les économistes qui conseillaient hypo-
critement la « prévoyance » aux pauvres ne
prévoyaient pas ceci. Un des maîtres de la
gynécologie, le docteur Pinard, déclare :
« Sur cent femmes qui ont à l'heure actuelle
le ventre ouvert parce qu'elles ont des
fibromes, il y en a quatre-vingt-quinze à qui
il a fallu l'ouvrir parce qu'elles n'avaient pas
voulu avoir plus d'un ou deux enfants. » Le
même praticien ajoute : « La femme ne
trouve la plénitude de sa santé qu'à son troi-
sième enfant. » Et le docteur Burlureaux
approuve, en faisant observer que tous les
médecins compétents sont pleinement d'ac-
cord là-dessus. Hippocrate et Gallien disent
« oui » ensemble, — pour une fois. Le pro-
fesseur Desplats, de Lille, avec une extrême
prudence scientifique, avance que ^ les gyné-
cologues découvriront un jour que la gros-
sesse est le meilleur moyen d'éviter un grand
nombre d'affections féminines et de les gué-
rir ». Depuis longtemps on a remarqué que
beaucoup de femmes ne sont en parfaite
santé que durant la gestation et l'allaitement.
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LE NÉO-MALTHUSI8ME 67
L'activité des organes de la mère semble in-
dispensable à une saine économie physiolo-
gique de la femme.
Les avortements surtout sont dangereux,
et mortellement dans 66 cas sur loo. Hormis
dans les cas d'embryonexie thérapeutique,
Tavortement est bien un crime. Cette indus-
trie s'exerce pourtant en grand, et ouverte-
ment.
Presque tous les grands journaux popu-
laires publient des annonces significatives
de sages-femmes, — ce qui n'empêche point
ces journaux de s'alarmer en première page
du péril national de la dépopulation.
MM. Garraud et Lacassagne, professeurs
à la Faculté de Lyon, estiment qu'il se com-
met à Lyon plus d'avortements volontaires
qu'il n'y a de naissances. M. Doléris, accou-
cheur à l'hôpital Boucipaut, constate que,
depuis sept ans, à Paris, le nombre des avor-
tements a plus que triplé. Aux hôpitaux
Saint-Antoine et Tenon, de 1898 à 1904, le
docteur Boissard constate de même que les
avortements ont triplé. Il ajoute : « Je suis
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68 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
sûr que, depuis, cette progression est allée
encore en augmentant. » Aucune statistiqu^e
précise n'est possible ; mais on voit que le
mal gagne effroyablement. « La chose est
tellement grave, dit Mme Leroy-AUais, qu'il
est question de fonder, dans les hôpitaux, un
service spécial pour les avortements, attendu
que les gynécologues ne veulent plus des
avortées dans leur service, ni les médecins,
parce qu'elles infectent leurs malades. Les
gynécologues vous le confirmeront. Il y a un
médecin qui disait : « La morale je m'en
« moque ; mais ce que je sais, c'est qu'on
« tue les femmes. Voilà ce qu'on devrait
« faire connaître. Il faudrait publier des
« petites brochures dans lesquelles on indi-
ce querait certains dangers. Nous, nous avons
« un langage trop scientifique. » Beaucoup
de femmes sont prises par la peur. En leur
disant: « Si vous faites cela, dans trois mois
« vous sierez obligée d'aller à l'hôpital »,
on peut les toucher. Ce n'est pas noble,
mais il faut les prendre comme on peut. »
Les néo-malthusiens réclament, par la sup-
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LE NEO-MALTIIUSISME 69
pression de l'article 817 du Code pénal^ le
« droit » à Tavortement. Là encore, on voit
à quelles insanités aboutit la notion méta-
physique de « droit ».
La plus importante motion du dernier
Congrès d'obstétrique concerne le nouveau
« droit » que la franc-maçonnerie veut nous
octroyer. Cette motion vaut d'être reproduite
ici :
« Vu les statistiques impressionnantes
publiées en France et à l'étranger sur la fré-
quence croissante de l'avortement, les en-
quêtes nombreuses et précises poursuivies
par de nombreux gynécologues et corrobo-
rées par l'observation clinique des signes
spéciaux et l'aveu facilement obtenu d'un
certain nombre de malades,
« La Société obstétricale de France, réunie
en congrès international, considérant qu'elle
n'a pas qualité pour prendre position au
regard des dispositions édictées par le Code
pénal français contre « l'avortement crimi-
nellement provoqué » ;
tt Qu'elle n'a pas davantage à se prononcer
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70 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
sur cette question aux points de vue social,
moral ou religieux ;
« Mais que, néanmoins, elle ne saurait se
dérober au devoir de faire entendre un cri
d'alarme et un avertissement salutaire,
« Adopte les conclusions suivantes :
« Dans Tavortement criminellement pro-
voqué, tel qu'il est observé, un fait est incon-
testable : la grande fréquence et l'extrême
gravité des accidents consécutifs aux pra-
tiques coupables, quelles que soient les pré-
cautions apportées à l'acte criminel et la tech-
nique employée.
« Les statistiques établissent que :
« 1^ Dans la grande majorité des cas, de
longues et sérieuses maladies locales s'en-
suivent :
<r 2** Dans les deux tiers des cas environ,
des affections très graves mettent la vie en
péril et occasionnent une incapacité de travail
allant de plusieurs mois à plusieurs années,
et une incapacité fonctionnelle définitive : les
survivantes restent infirmes ;
« 3^ Dans 6 p. loo des cas, enfin, la mort,
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LE NÉO-M\LTHUSISME 71
qui respecte les accouchées normales à
terme, suit immédiatement ou à bref délai
les pratiques abortives.
« Désireuse, en outre, d'apporter sa con-
tribution à la préservation sociale contre un
fléau qui, d'après les plus récentes statisti-
ques des Maternités des grandes villes,
détruit prématurément le tiers environ des
produits de la conception, la Société obsté-
tricale de France décide la constitution d'un
comité international permanent, en vue de
rechercher et d'étudier les mesures prophy-
lactiques à proposer aux pouvoirs publics. »
Les innombrables théories sophistiques
que notre indescriptible anarchie fait éclore
ont pour fin réelle de justifier les pires in-
stincts, en brisant tous les obstacles que des
siècles de civilisation avaient accumulés pour
les contenir.
Etant de la « libre pensée » comme de la
« libre morale », c'est-à-dire n'admettant
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72 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
aucune règle, ces théories sont insidieuses et
souples. Ainsi, le néo-malthusisme est gros-
sier avec les uns, subtil avec les autres.
Après avoir promis aux uns des luxures sans
frein et sans conséquences, il prêche aux
autres la « génération consciente » pour la
beauté de la race et la prospérité sociale. Cela
est pour la masse, ceci pour les « intellec-
tuels », qui ne s'aperçoivent même pas de la
contradiction.
M. Salomon Reinach, membre de l'Insti-
tut et l'un des rois de notre République, écrit
au journal néo-malthusien. Génération con-
sciente: « La propagande néo-malthusienne
a pour but de substituer la réflexion à l'in-
stinct, la prévoyance à l'insouciance, Yhomo
sapiens à la brute. Ceux qui Taccusent de
favoriser le vice, de prêcher l'avortement,
sont des ignorants, ou altèrent sciemment
la vérité. On peut condamner Paul Robin ;
mais sa condamnation sera inscrite sur la
statue que lui réserve l'avenir. »
Mais de ces « intellectuels », il n'en est
pas de plus candide que M. Brieux. Écoutons-
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LE NÉO-MALTHUSISME 73
le répondre, dans le Malin^ à une enquête de
V Action nationale : « 11 faut conseiller aux
Français atteints de pauvreté matérielle ou
physique de ne pas faire d'enfants. L'homme
qui procrée sans réflexion, qui ajoute un
convive autour d'une table déjà insuffisante,
l'homme qui perpétue ses tares physiques
dans un être nouveau, cet homme-là est une
brute ou un criminel. Par contre, il faut con-
seiller la famille nombreuse à ceux qui sont
bien portants et aisés. Et d'ailleurs, il ne
faut pas oublier que jamais la supériorité
du nombre n'a impliqué la suprématie d'un
pays. Toutes les belles actions humaines
ont été accomplies par de petits peuples. »
Ne demandons pas à M. Brieux quelles
sont « les belles actions humaines » accom-
plies par les Républiques de Saint-Marin,
du Val d'Andorre et la Principauté de Mo-
naco ; ne lui rappelons point celles de son
pays, quand la France étaitla première nation
du monde; ne lui montrons point, après
Adolphe Coste, que la civilisation dans sa
plus haute acception, toutes choses égales,
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74 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
est en rapport avec le chiffre de la popula-
tion nationale et que, contrairement à sa
téméraire assertion, la supériorité du nom-
bre allemand, présentement, implique la
suprématie du pays allemand, — comme
M. Delcassé l'éprouva naguère.
Kt il convient de le répéter, pour M. Brieux
et quelques autres « intellectuels » : pousser
à Textension de la classe aisée, par consé-
quent à multiplier les rentiers, les médecins,
les avocats, les littérateurs, les artistes, les
fonctionnaires, et donc les parasites et les
plus exigeants consommateurs, en conseil-
lant la stérilité à la classe pauvre, autrement
dire, diminuer d'autre part le nombre des
producteurs, — c'est aggraver le paupé-
risme, c'est-à-dire l'insuffisance de la pro-
duction par rapport à la consommation.
On répliquera, sans doute, que ceux qui
exercent des professions libérales, les fonc-
tionnaires et les artistes ne sont pas des
parasites. Ils sont, à tout le moins, de vora-
ces consommateurs : au « banquet de la
vie», un auteur dramatique comme M. Brieux
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LE NÉO-MALTHUeiSMK 75
tient la place de quinze familles ouvrières au
moins. Et s'ils ne sont pas des parasites, en
effet, jusqu'à la quantité qu'il en faut à une
société civilisée, ils le deviennent par le sur-
croît, bien plus nuisible qu'utile. Au con-
traire, il n'y a jamais assez de producteurs ;
car il n'y a qu'insuffisance de production et
désordre-
On parle de « génération consciente » : il
ne faut pas, dit-on, que « l'homme perpétue
ses tares physiques dans un être nouveau ».
Ceci n'implique pas cela. Le positivisme a
aussi le souci d'éviter la dégénérescence, mais
il n'a recours qu'aux moyens efficaces, socia-
lement, parce qu'ils n'outragent pas la mo-
rale et la saine raison. C'est par « l'influence
privée et publique de la religion positive »,
sagement organisée et dirigée par un pou-
voir spirituel respectable et compétent, qu'il
obtiendra que ceux qui risquent de trans-
mettre des maladies ou des infirmités
s'abstiennent dignement de tout rapport
sexuel. Cela seul atteint le but, sans fournir
aucun prétexte aux caprices personnels.
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76 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
En laissant chaque « conscience » juger
elle-même s'il sied d'assumer les charges de
la paternité, sans se priver d'ailleurs d'aucun
plaisir, on aboutit au contraire de ce qu'on
poursuit, la disparition des meilleurs, la pul-
lulation des pires. Les néo-malthusiens ne
sauraient le contester, puisqu'ils se recon-
naissent eux-mêmes, modestement, les plus
a évolués ».
Les répercussions sociales sont curieuses.
La « génération consciente », en fait, con-
fère le monopole de la reproduction au
hasard, ix l'accident, à l'ignorance, aux pires
bestialités. Et cela n'a plus de contrepoids.
Fatalement, c'est la dégénérescence, c'est la
mort de la race. Voici ce qu'écrit à ce sujet
M. Vacher de Lapouge, qui n'est pas, j'ima-
gine, un calotin, non plus qu'un esprit
timide : « Le mal est si profond que l'on peut
regarder les grossesses désirées et volontai-
rement réalisées comme un cas tout excep-
tionnel ; normalement, la conception est le
résultat de ce qu'on appelle un accident, de
rignorance, de la négligence, d'un fait qui
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LE NÉO-MAI.THUSISME 77
a déjoué les prévisions ; souvent, dans les
classes inférieures et aussi parmi les popu-
lations de la Bretagne et du Nord, réputées
si fécondes, d'une ivresse à deux qui inflige
au produit la double tare de Talcoolisme
héréditaire et de lalcoolisme conception-
nel. »
Au surplus, la qualité ne saurait suppléer
la quantité. La viriculture intensive épuise
les sources de vie. Une race se défend et
s'améliore par sélection naturelle et par
entraînement, et donc par la viriculture
extensive. Il y faut beaucoup de naissances
et des décès. € mort ! sœur aînée des
amours! » s'écrie Proudhon. La mort a son
rôle dans la nature. La souffrance aussi.
Dans les meilleures conditions possibles, avec
toutes les précautions, la nature n'évite point
les ratés ni le déchet. 11 faut trier. Il faut se
parfaire soi-même. Plus le choix se fera
entre beaucoup, plus Teffort sera nécessaire,
plus il y a de chance que l'élite soit pure et
grande. Ne nous préoccupons donc pas
d'abaisser outre mesure l'obstacle répressif
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78 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
à la surpopulation qu'est la mortalité, surtout
pour lui substituer l'obstacle préventif qu'est
la stérilité volontaire.
M. le docteur Binet-Sanglé écrit de gros
volumes pour noms persuader que Jésus avait
hérité des siens toutes les tares physiques,
mentales et morales. Ce scientiste nous
fournit là l'exemple cherché contre le scien-
tisme. Il est fort heureux pour la civilisation
occidentale que les pauvres artisans de Gali-
lée aient ignoré la « génération consciente »•
Même si l'obstacle répressif est la guerre,
cela vaut encore mieux que les pessaires, les
cônes et les aiguilles à tricoter, — et non
seulement pour la dignité, la grandeur, mais
encore pour la force, la santé, la prospérité
et la joie humaines.
D'ailleurs, la mortalité, voire la morti-
natalité, n'est pas nécessairement plus
grande en proportion avec une copieuse
natalité. On a déjà vu que la mortalité, en
France, est égale, sinon supérieure, à celle
des nations bien plus prolifiques. On remar-
que même que les départements qui ont une
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LE NÉO-MALTHUSISME 79
faible natalité sont frappés d'une mortalité
élevée. De plus, dans ces mêmes départe-
ments, en Normandie et en Bourgogne, le
nombre des réformés aux conseils de revi-
sion est au-dessus de la moyenne. « Dans
tel département de très faible natalité, comme
l'Eure, note Arsène Dumont, les conseils de
revision accusent [\o réformés sur loo con-
scrits examinés. »
Voilà les résultats de la « génération con-
sciente » ! Ils ne sont pas ceux qu'on annonce.
En réalité, tout contribue, ici, à énerver,
anémier, avilir la race : une sélection insuf-
fisante, le détraquement physiologique et la
corruption des mœurs que produisent à la
longue les manœuvres abortives et la « pro-
phylaxie anticonceptionnelle », l'épanouisse-
ment du plus bas individualisme, qui atro-
phie les centres d'inhibition, qui aboht le
sens de la responsabilité, qui ne contient plus
1 appétit de Jouissances immédiates, par
tous les moyens, et l'intempérance, et la dé-
bauche, et toutes les dépravations abrutis-
santes#
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80 CROÎTRE OU niSPARAÎTRE
Cette population clairsemée, chétive, sans
énergie et sans idéal, qui n'a plus que le
morne désir de s'assurer une existence facile
et jouisseuse, à tout le moins organisera-t-
elle une meilleure éducation? gagnera-t-elle
en intelligence? réalisera-t-elle le mesquin
bonheur à quoi elle sacrifie tant?... c Le seul
moyen d atteindre le bonheur, dit Stuart Mill,
est de n'en pas faire le but direct de l'exis-
tence. »
11 semble, d'abord, que l'enfant unique
doive être mieux élevé, parce que tous les
soins des parents se concentrent sur lui.
Mais il y a un fait certain, quoique inex-
pliqué, c'est que le premier enfant est rare-
ment le plus sensible, le plus intelligent. Au
dernier congrès de psychiatrie qui s'est tenu
à Amsterdam, on a relevé que sur soixante-
quatorze hommes et femmes de génie, écri-
vains, poètes, musiciens, hommes d'État, dix
seulement étaient les aînés. Le plus sou-
vent les génies sont parmi les derniers nés.
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LE NÉO-MALTHUSISME 81
Cooper était le onzième de douze enfants ;
Balzac a été le dernier né de trois; Napo-
léon, le huitième; Franklin, le dernier de
dix-sept. Rembrandt fut le sixième sur six;
Wagner, le septième; Mozart, également;
Schumann, le cinquième; Schubert, le trei-
zième sur quatorze.
En outre, contrairement à ce qu'on sup-
pose d'abord, Tenfant unique est le plus
souvent très mal élevé, et d'autant plus
que la famille est plus relâchée (i). Une
famille nombreuse, bien unie, est une
force organisée, une école de solidarité et
de continuité, une liberté. Pour ruiner nos
libertés, on a dissous toutes nos forces.
Maintenant, on s'en prend à ce qu'il reste
de la famille.
Herbert Spencer a fait ressortir le rôle
(4) « Cet enfant-là lui donnera bien du chagrin. C'est
un enfant unique, bonne raison pour n'être qu*un vau-
rien ; il sait qu'il sera riche, autre bonne raison pour
n'être qu'un vaurien. Et comme il est valétudinaire,
on ne lui apprend rien ; on ne le gêne, on ne le contre-
dit sur rien, troisième bonne raison pour n'être qu'un
vaurien. » (Diderot, Jacques le fataliste.)
6
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82 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
moralisateur et auto-éducateur de la parenté
eftective. « C'est une vérité trop peu reconnue,
dit-il, que la phase supérieure du dévelop-
pement mental chez Thomme et chez la femme
ne peut être atteinte que par Taccom-
plissement convenable des devoirs pater-
nels. »
On s'élève par le commandement comme
par l'obéissance. Mais il n'y a plus d'autorité
dans la famille désorganisée. Chacun y
devient le jouet des caprices de l'enfant. Il
est paré, caressé, flatté, admiré, et l'on n'en
fait qu'une poupée sans cœur, un cabotin
sans cerveau et un affreux égoïste. Ainsi, on
se targue de l'aimer. Ce n'est pas aimer que
d'aimer pour soi. L'amour est une force et
une volonté. L'enfant unique, l'enfant gâté,
ce sera le névrosé, l'aboulique, qui n'aura
que des vanités, des fantaisies, des impul-
sions et des appétits, mais qui sera aussi
incapable de se résigner au nécessaire, à
l'inéluctable, qu'à modifier énergiquement ce
qui est modifiable, — et la vie le conspuera et
le brisera.
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L£ NEO-MALTUUSISME 8&
Les seuls néo-malthusiens qui sachent
bien ce qu'il veulent et où ils vont, ce sont
les anarchistes forcenés qui ont juré la des-
truction complète de toute société, de toute
civilisation, et les pessimistes absolus qui
aspirent à l'anéantissement cosmique.
La baisse de la natalité accompagne tou-
jours les indices sociaux les plus fâcheux :
l'accroissement des suicides, des maladies
mentales, des attentats aux mœurs^ des
crimes, des divorces, de l'alcoolistoe, de la
prostitution, etc.
Les départements qui se dépeuplent le plus
rapidement sont également ceux qui sont
en tête de toutes les régressions sociales.
Le divorce, c'est déjà ce qu'on a nommé
Tamour libre, et cela ne va pas sans la con-
ception libre. L'enfant est un embarras, un
lien. Celui-ci évité, le mariage a perdu sa
plus simple et sa dernière raison d'être. « Le
plaisir étant voulu et cherché pour lui-même
sans la conséquence de progéniture, dit
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84 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
Proudhon, le mariage devient une institution
superflue : la vie des jeunes gens se passe
dans une fornication stérile ; la famille s'éteint,
et avec la famille la propriété ; le mouvement
économique reste sans solution, et la société
retourne à Fétat barbare. »
La moyenne des divorces, qui était de
i4 pour 1.000 mariages en i885-i886, de
20 en i888, a passé à 33,5 en 1906 et à 39,8
pour le premier semestre 1909.
Mais 21 départements dépassent toujours
cette moyenne. Ce sont, en majorité (14 sur
21), ceux qui accusent ordinairement un
excédent de décès sur les naissances. Au
contraire, sur les 1 1 départements qui ont
le moins de divorces, 9 ont un excédent de
naissances.
Du divorce facile à l'amour libre, il n'y a
qu'un pas ; de Tamour libre à la prostitution,
la distance est moindre encore. Elle est vite
franchie. Dans son rapport municipal de 1904
sur l'organisation d'une nouvelle police des
mœurs, le conseiller municipal Turot, socia-
liste et franc-maçon, non des moindres, et
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LE NÉO-MALTHUSISME 85
donc néo-malthusien, préconise les maisons
de rendez-vous en ces termes : « Ces mai-
sons sont très estimables, dit-il, car les
femmes qui les fréquentent ne viennent qu'à
certaines heures du jour ou de la soirée et,
au dehors, elles ont une vie pareille à celle
des autres femmes ; elles peuvent avoir une
famille, des amis ; elles peuvent s'intéresser
à quelque chose, s'occuper de leur ménage...
Elles peuvent venir dans ces maisons à
cause d'un gêne momentanée, d'une note
pressante, d'un embarras transitoire. »
Aussi, en quatre ans, de 1900 à 1904, à
Paris, le nombre de ces maisons, connues de
la police, s'est élevé de 10 à i5o. Aujour-
d'hui, elles sont certainement plus de 3oo.
Les journaux publient leurs adresses
(2 francs la ligne). Et cela n'empêche point
les trottoirs d'être envahis, de plus en plus,
par les filles et les souteneurs. 11 faut être
conseiller municipal pour ne pas voir que
faciliter la prostitution occasionnelle, c'est
recruter pour la prostitution habituelle. Et
la propagation des maladies vénériennes ne
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86 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
saurait être considérée comme un moyen
d'améliorer la race.
Le trafic de son corps est la criminalité de
la femme. Celle de l'homme est plus vio-
lente ; mais elle y correspond trop pour ne
pas suivre le même développement. On sait
avec quelle menaçante rapidité. D'après la
dernière statistique, pour lo.ooo Français,
on compte parmi les prévenus : 46,3 mariés,
62,4 veufs et divorcés et 1 15,3 célibataires.
Ce n'est pas Tordre social, il est vrai,
mais le bonheur de l'individu qui préoccupe
les néo-malthusiens. Montrons-leur donc que
ce bonheur n'est que dans Tordre. « L'indi-
vidu, en ramenant tout à soi, dit A. Dumont,
non seulement a abouti à se détruire au lieu
de se rendre heureux, mais il a rebuté jus-
qu'à la tendance presque invincible de
l'inconscient vers son expansion, il est
devenu stérile. »
Vérifions-le par les faits.
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LE NÉ0-MALTHU8ISME 87
La folie, avec une proportion de plus en
plus considérable de lypémanie (mélancolie)
se répand d'une manière inquiétante. En
trente ans, le nombre des aliénés a passé de
Bo.ooo à 94.000. Les ambitions déçues,
l'abus des excitants, des jouissances, l'atro-
phie de la volonté inhibitrice, l'exagéra-
tion d'un égotisme insensé y contribuent
beaucoup. A toutes les époques tourmen-
tées et troublées il y a ainsi comme une
épidémie de folie. Elle est d'ailleurs en
rapport avec les autres maladies morales,
qui sont aussi des aliénations sociales. Je
n'ai sous la main qu'une statistique déjà
ancienne de Bagehot, citée par M. Yves
Guyot : Pour i.ooo célibataires en âge de
mariage, dans chaque sexe, il relevait
296 aliénés chez les hommes et 821 chez les
femmes; pour i.ooo époux, 76 et 101 ; pour
1.000 veufs, 174 et 188. Mais en voici une
toute récente pour la Suisse. En 1907, on y
comptait sur 1.000 célibataires 9 aliénés ;
sur 1.000 époux, 7 ; sur 1.000 veufs, 18,7 ;
enfin, sur 1.000 divorcés, 81,7.
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88 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
En général, pour la France, ralcoolisme, la
folio et les suicides sont plus fréquents chez
les célibataires, les veufs, et surtout chez les
divorcés que chez les mariés ; et parmi
ceux-ci, moins fréquents chez ceux qui ont
des enfants.
La proportion des suicides est double chez
les veufs, triple et même quadruple chez les
divorcés.
« J'insiste sur les suicides, écrit A. Coste
[)arce que je constate que leur progression
est toujours semblable à celle de la folie, du
vice (alcoolisme, débauche), du divorce, de
la fainéantise (vagabondage), du vol et de la
violence (coups et blessures volontaires). Je
n'identifie pas, bien entendu, ces différentes
aberrations qui sont très distinctes et qui ne
se convertissent guère Tune dans l'autre,
mais elles me semblent toutes les manifes-
tations diverses d'une certaine débilité céré-
brale. — Toujours est-il que, depuis une
cinquantaine d'années, en France, la violence
simple contre les personnes (abstraction
faite de la grande criminalité, qui est en
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LE NÉO-MALTHUSISME 89
décroissance continue) (i) a doublé \ le vola
triplé ; le suicide a quadruplé ; le vagabon-
dage a quintuplé. De toutes les progres-
sions, c'est celle du suicide qui est la plus
régulière et la plus continue, et qui semble
marquer le phénomène le plus simple de
TafiFaiblissement de la volonté. »
De 1827 à i83o, on comptait en France un
suicide par 17.698 habitants (soit 1.739) ; en
i852, un par 9.840; en 1866, un par 7.486.
En seize années, de 1872 à i887, le nombre
des suicides s'accroît encore de 55 p. 1.000.
De 5.275 en 1872, on va à 8.202 en 1887.
En 1904, on atteint 8.876, et 9.945 en 1907.
J'ai devant moi le classement des départe-
ments par ordre de fécondité établi par
Arsène Dumont et celui des suicides. Le
témoignage est décisif : ce sont les départe-
ment malthusiens qui ont le plus de sui-
cides, et ce sont les plus féconds qui en ont
le moins.
(\) Les Principes d'une sociologie objective ont paru
en 1899. Depuis, la grande criminalité augmente
aussi.
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90 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
Reconnaissons-le, pourtant. Les néo -mal-
thusiens ont un argument qui vaut et qui
porte : la misère.
Et, en effet, il y a de la souffrance exces-
sive en bas, une souffrance souvent immé-
ritée, une souffrance qu'on pourrait éviter en
partie, à tout le moins lénifier.
Dans la société dissoute, il n'y a plus
qu'une seule puissance : l'argent. Et ses
détenteurs, qu'aucun pouvoir ne règle, ne
guide et ne contient plus, ne vont pas sans en
mésuser souvent. Le prolétaire n'est plus un
élément social organique, un coopérateur,
mais un moyen pour s'enrichir. Ivre de son
triomphe et de sa royauté, se croyant géante
parce que tout était abaissé, formidablement
puissante parce qu'aucune force ne restait,
la bourgeoisie se persuada que la civilisation,
l'œuvre sacrée des siècles, n'était que pour
elle, présentement. S'étant affranchie de
tous ses devoirs d'humanité, étalant sa
morgue, son luxe criard, sa pourriture pes-
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LE NÉO-MALTHUSISME 91
tilentielle, elle s'imagina stupidement que le
peuple ouvrier et paysan persisterait à la res-
pecter, à l'admirer, à la servir docilement.
La menace d'une débâcle prochaine l'effare
ou l'abêtit, et elle ne sait ni vouloir, ni pou-
voir. Cependant, les bacheliers-fonctionnaires
s'agitent pour obtenir le statut qui garantira
leur torpeur.
Une petite feuille néo-malthusienne pu-
bliait dernièrement cette émouvante statisti-
que dressée par M. Bertillon :
« Sur 1.000 personnes nées à la même
date, restent vivantes^ en France, selon les
classes :
Sur Sur
1.000 riches 1.000 pauvres
Après 5 ans 943 665
— iO ans 938 586
— 20 ans 866 486
— 30 ans 796 408
— 40 ans 695 396
— 50 ans 557 283
— 60 ans 398 172
— 70 ans 235 65
— 80 ans 37 9
« Plus de la moitié des pauvres a disparu à
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92 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
20 ans; la moitié des riches disparaît de
5o à 60 ans seulement. A 70 ans, le nombre
des riches qui restent est plus de trois fois
plus élevé que le nombre des pauvres. »
Quoi qu'en préjugent ceux qui ont repro-
duit ce tableau, Textrême richesse est moins
propice à la vigueur physiologique qu'une
pauvreté décente. Mais il y a aussi Textrème
pauvreté. Il convient de faire remarquer que,
parmi les très pauvres, beaucoup le sont
parce que leurs parents ou eux-mêmes sont
malingres, infirmes ou dégénérés; tandis
que, parmi les riches, beaucoup le devien-
nent parce que leurs parents ou eux-mêmes
sont sains et robustes. Toutes choses éga-
les, la mortalité doit donc être moindre ici
que là.
Il n'en est pas moins vrai qu'il y a des
enfants bien constitués qui languissent et
meurent de privations et faute de soins; que
dans nombre de familles ouvrières, tempé-
rantes et courageuses, un troisième ou un
quatrième enfant survenant trop vite déter-
mine Tindigence; que loin de trouver un
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LE NÉO-MALTHUSISME 93
appui, il arrive que le propriétaire refuse
de louer un logement au trop fécond mé-
nagé ou surcharge le loyer, que le patron
et le commerçant même, indirectement, par
le jeu sournois de Tindividualisme économi-
que, exploitent la détresse de ce père de
famille pour diminuer les salaires, majorer
les prix des marchandises vendues à crédit.
— Il n'en est pas moins vrai que dans les
taudis malsains, sans air, sans soleil, sans
feu et trop souvent sans pain, la misère tor-
ture et tue le corps, dessèche les cœurs,
empoisonne les âmes (i). Et cela excuse
(1) Le capitalisme a voulu exploiter la femme. Dans
rindustrie textile, par exemple, on compte 339.469
femmes sur 825.000 travailleurs, près de la moitié.
Voici ce qu'en disent MM. Léon et Maurice Bonneff
{la Vie tragique des travailleurs) pour la région du
Nord :
4c L'ouvrière se marie jeune. Elle ne cesse pas d'aller
à l'usine : sur 470 ménages ouvriers, M. le docteur
Verhaeghe en a noté 362 où la femme continue à tra-
vailler en « filature » ou en « tissage », soit 72,02
p. 100 des ménages.
« Ses grossesses successives la retiennent à peine.
Et la famille flamande est prolifique (sur 970 familles,
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94 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
toutes les aberrations de l'ignorance et de la
haine, — même le néo-malthusisme.
Mais si Ton peut excuser en passant ceux
qui se fourvoient, ce n'est point pour les
suivre.
872 ont des enfants). I.e total de ces enfants s'élevant
à 3.837, donne une moyenne de plus de 4 enfants
par ménage, 203 familles ont eu chacune 5 à 10 en*
fants; 55 comptent de il à 20 enfants.
« Mais les familles sont trop pauvres pour nourrir
tant de petits. La mortalité des enfants est considé-
rable. Chez les enfants de filles*mères, elle atteint 60
p. 100. Sur 168 femmes mariées, 447 ont perdu des
enfants; le total de ces petits cadavres se monte à 240
(pour 495 naissances)» soit 49 p. 100; 537 familles
ont perdu ensemble 1.462 enfants (soit plus de 2 par
famille); 110 en ont perdu de 3 à 5; 77 ont vu mourir
de 5 à 10 de leurs enfants.
« De quoi meurent tous ces petits? Sur 1.285,622
(près de la moitié) sont morts de gastro-entérite et
d'atbrepsie. Ces causes de mortalité sont consécutives
le plus souvent au manque de soins, au défaut d'hy-
giène alimentaire et notamment à l'allaitement artifi-
ciel par des soigneuses ignorantes et routinières.
« Les enfants de ces ouvriers, privés de soins mater-
nels» meurent donc littéralement de faim et de mauvais
traitements.
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LE NÉO-MALTHUSISME 95
Le paupérisme ne provient point de la
surpopulation, en France du moins, mais
de la désagrégation sociale. Or, le néo-mal-
thusisme ne se soutient qu'en niant les grou-
pes organiques : Famille, Patrie, État. C'est
contre le prolétariat^ et de toutes manières.
C'est le sirtravail, d'après Karl Marx, qui
crée la « réserve », la « population de sur-
plus », par quoi le capitalisme maintient et
étend son exploitation de Thomme. h^ con-
currence des travailleurs les pousse à ac-
croître ce surtravail, qui grossit Tarmée de
« C'est dans les ménages où la mère est forcée de
travailler à Tusine que meurent le plu« d'enfants. Dans
cette énorme quantité de décès, ne sont point comp-
tés ceux des adolescents tuberculeux. »
Le travail des femmes, quel qu'il soit d'ailleurs, est
toujours antisocial, et donc malthusien. « Ainsi, dit
M. Henry Qéraent, dans les professions libérales, il y
a 70 célibataires hommes et 92 femmes pour 100 ; dans
le commerce, 56 hommes et 69 femmes ; dans les ser-
vices publics, 27 hommes et 58 femmes. Ces chiffres
sont inquiétants, car ils montrent que "plus la femme
choisit ce qu'elle croit être une situation indépendante
dans les bureaux des diverses administrations ou
parmi les employés de commerce, elle s'éloigne du
mariage et de la maternité. >
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96 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
réserve. D'où le chômage, le paupérisme. Mais
la surpopulation humaine n'est pour presque
rien dans ce phénomène de Tanarchie éco-
nomique, d'ailleurs très exagéré par Tauteur
du Capital.
Marshall a constaté chez les ouvriers des
Trade-Unions une tendance au malthu-
sisme. On reconnaît là le complément de
l'imbécile Ca canny, (va doucement), père
du sabotage, et Tétroit empirisme de l'ou-
vrier anglo-saxon. Mais si le syndicaliste
français est néo-malthusien, ce n'est que par
malentendu. Il vise plus haut que le trade-
unioniste. Il sait déjà que le mieux-être ne
se réalise que par une plus grande produc-
tion et il n'ignore plus que les principales
conditions d'une plus grande production
sont une meilleure organisation du travail et
une diminution des frais de production.
La classe travailleuse ne peut rien que
par sa force de travail et dans l'ordre.
Les enfants imposent TefFort quand même,
stimulent les activités, les volontés et accélè-
rent donc le progrès sous toutes ses formes.
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LE NÉO-MALTHUSISME 97
Le paradis de lubricité, de gourmandise et
de fainéantise dont on veut nous émerveiller,
s'il se réalisait jamais, deviendrait promp-
tement un cimetière. Le syndicaliste veut
vivre. Il rêve aux épopées, à déployer l'hé-
roïsme de ses énergies exaltées, aux con-
quêtes d'humanité...
Le machinisme exige une main-d'œuvre
surabondante pour une plus parfaite division
du travail; le commerce qui répand les pro-
duits exige des moyens de transports perfec-
tionnés, et il y faut aussi une densité de po-
pulation que la France n'a pas encore at-
teinte, puisque son réseau de voies ferrées,
par exemple, est insuffisant. Là encore, la
Belgique, la Suisse, la Grande-Bretagne,
l'Allemagne nous dépassent, et de beaucoup.
Le syndicalisme s'oppose essentiellement
au néo-maltbusisme comme à lantimilita-
risme et au sabotage. Par la suite, on verra
quel remède il apporte à cette inquiétante
maladie de la dépopulation française.
Au fond, c'est pour jouir et paresser qu'on
ne veut plus d'enfants. Mais Ton ne fait bien
7
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98 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
la noce qu'à la ville, on ne somnole bien, sans
souci du lendemain, sans responsabilité,
sans tracas, que sur un rond-de-cuir de fonc-
tionnaire. Ainsi, nous avons la désertion
des campagnes qui fait renchérir les vivres,
c'est-à-dire diminue les salaires, et la fonc-
tionnarisation à outrance qui alourdit d'au-
tant plus les charges de la production que
celle-ci, par la réduction constante du con-
tingent des producteurs, est plus lente et
plus défectueuse.
Actuellement, la moitié de nos départe-
ments ont moins d'habitants qu'il y a un
siècle. Notre léger accroissement général ne
va qu'aux grandes villes. Et c'est la campa-
gne même, on l'entend bien, non les gros
bourgs, qui fournit cet exode lamentable. Au
dépeuplement physique s'ajoute une sorte de
dépeuplement social. Proportionnellement,
il y a moins de producteurs de pain et plus
de « producteurs de fumier », comme Auguste
Comte nommait les parasites. Au milieu
du siècle, les villes ne comptaient que
pour 9J\ p. 100 de la population. Aujourd'hui,
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LE NÉO-MALTHUSISME 99
la proportion est de 4^ P- loo. En 1891,
il y avait à Paris 1.200.000 provinciaux; de-
puis 1906, il y en a 1.900.000.
Avec le ralentissement de la production,
le protectionnisme s'impose. Un peuple de
rentiers et de fonctionnaires ne peut sup-
porter la concurrence d'un peuple de soldats
et d'ouvriers. Le prix de la vie s'élève donc,
de plus en plus, cependant que les frais gé-
nérauxdel'Étatgrossissent. Nous en sommes,
avec les dépenses des départements et des
communes, à un budget de 5 milliards, — et
rien ne peut arrêter cette mortelle ascen-
sion.
Certes, tous les budgets du monde gros-
sissent, et parfois plus vite que celui de la
France; mais, ailleurs, il y a un mouve-
ment de population et de civilisation qui per-
met de les supporter. En France, la popula-
tion restant à peu près stationnaire, les
charges s'alourdissent pour chacun. Notre
dette est de 33 milliards, en y ajoutant la
dette viagère de 42 milliards, celle de l'An-
gleterre de 19, celle de l'Allemagne de 20.
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100 CROÎTRE OU DISHARAÎTRE
Nous travaillons pour nos rentiers et nos
sinécuristes.
Les néo-malthusiens, qui paraissent avoir
moins de goût encore pour le service
militaire que pour le service civil^ réflé-
chiront peut-être à ceci que, pour tenir
634.000 hommes sous les armes, rAllemagne
n'a qu'un soldat sur 89 habitants, tandis
que la France, pour 602.000 seulement, a un
soldat sur 65 habitants.
Dans une étude récente, publiée dans la
Revue, M. le docteur Lowenthal a montré
que, pour cent naissances vivantes, il y avait
sous les armes en temps de paix : en Rus-
sie, 20 hommes ; en Allemagne, 3o ; en Au-
triche-Hongrie, 22 ; en Italie, 3o ; en France,
79. L'impôt du sang est donc trois fois plus
lourd en France que pour la moyenne des
autres pays.
Un des grands dangers de l'oliganthropie,
c'est le « courant d'air », l'endosmose, c'est-
à-dire l'invasion, d'abord pacifique, des
étrangers, sur lequel j'aurai à revenir,
puisque cela nous a été présenté sérieuse-
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LE NÉO-MALTHUSISME 101
ment comme un remède à la dépopulation.
Remède de Gribouille, en tout cas.
Le docteur Jules Rochard a écrit : « La
population étrangère croît sur notre sol
treize fois plus vite que l'élément indigène,
de telle sorte que, si cela continue, dans
cinquante ans, la France comptera lo millions
d'étrangers. »
Comment pourrait-il en être autrement
pour un pays riche comme la France et qui
n'a que 74 habitants par kilomètre carré, en-
touré, envié, menacé par des pays pauvres
qui ont à faire vivre 200 habitants et plus sur
la même superficie, — 3oo même comme en
Saxe.
Sans doute, les néo-malthusiens répon-
dront qu'il leur est indifférent que ce soient
des Français ou des Chinois qui occupent
notre sol. C'est prétendre qu'il leur est indif-
férent d'être ou de n'être pas. Et cela relève
de la médecine mentale. Le sentiment natu-
rel delà vie, de la conservation physiologique,
la réaction à la douleur ne se discutent point.
D'ailleurs, les travailleurs étrangers, quand
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102 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
les immigrés ne sont pas bonnement des
aventuriers ou des apaches, viennent con-
currencer les nôtres ; ils sont*célibataires, ils
ont peu de besoins, ils n'ont pas de frais
sociaux, ils restent en dehors des organisa-
tions syndicales.
La femme c émancipée » des devoirs et des
joies du foyer et de la maternité devient aussi
une redoutable concurrente qui avilit les
salaires.
Les ouvriers syndiqués Tignorent-ils ? Ne
voient-ils point, précisément, que les salaires
atteignent leur maximum et qu'ils participent
mieux à la civilisation là où la population
est plus dense, où ils sont nombreux et forte-
ment organisés?
Le bonheur social dépend de Tordre, le
bien-être économique de l'intensité de la pro-
duction. Il y faut d'abord une nombreuse po-
pulation prolétarienne.
D'après les néo-malthusiens, c'est dans le
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LE NÉO-MALTHUSISME 103
centre de l'Afrique, dans ces déserts désolés
où l'on ne rencontre pas un habitant par ki-
lomètre carré, que l'abondance régnerait, et
c'est dans les nations très peuplées que la
disette devrait sévir. Or, c'est le contraire qui
est vrai.
L'avenir est aux peuples féconds, — en
hommes et en richesses. On ne l'est pas en
richesses, d'ailleurs, si on ne Pest pas en
hommes.
En Amérique, les Peaux-Rouges ont été
éliminés : il leur fallait trop d'espace pour
subsister.
Le progrès est l'épreuve des races : seules
survivent celles qui montent leur volonté et
leur génie à sa hauteur. Le repos est mortel.
Celui qui s'arrête est renversé par les plus
courageux. Travaille, invente, engendre, dis-
cipline-toi, élève-toi. La terre est aux éner-
gies qui savent la mettre en valeur. La vie
n'est que pour ceux qui l'aiment de tout cœur.
L'idéal humain — ô francs-maçons et néo-
malthusiens ! — ne peut être un rêve de goret.
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CHAPITRE IV
LA DÉPOPULATION FRANÇAISE
D'après l'ouvrage de M. Emile Levasseur,
la Population française^ on peut estimer la
densité de la population française par kilo-
mètre carré ainsi: en Gaule- barbare, 12 à
i3 habitants ; en Gaule sous Antonin, 16 ;
sous Charlemagne, i5ài8; en 1 3^8, 36 à 41 ;
en i58i, 36; en 1700, 4^; en 1716, 34; en
i77o,46,3;en i789,49,2;en 1801, 5o, g; en
i85i,65,8;en 1872,68,2; en 1896,72,8; en
1909^74,3-
La gradation de ces chiffres peut faire illu-
sion. Il leur faut un commentaire.
D'abord, considérons le développement
économique correspondant. Celui-ci est bien
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LA DÉPOPULATION FRANÇAISE 105
plus rapide. On s'étonnera alors qu'en près
de six cents ans, de 1828 h igog, la densité
de la population française n'ait pu que dou-
bler. L'Allemagne n'y a mis que soixante ans.
Si, en outre, Ton compare notre pays avec
les pays qui l'entourent et qui ne le dépas-
sent point en civilisation, on remarque com-
bien la densité de la France (74) est inférieure
à celle de l'Italie (110), de l'Allemagne (116),
du Royaume-Uni (127), des Pays-Bas (15/4)
et de la Belgique (240).
L'accroissement si lent de notre population
ne provient que de la diminution de la morta-
lité et de rimmigration. Nous gardons nos
infirmes, nos malingres, nos malades, nos
enfants et nos vieillards, nos vicieux, nos
faibles d'esprit et nos criminels.
Au dix-huitième siècle, la natalité était de
36 à 41 naissances par 1.000 habitants; au-
jourd'hui, elle atteint péniblement 21. Avec
12 millions d'habitants en plus, nous avons
annuellement 200.000 naissances en moins
qu'en 1780.
Sans doute, la France a connu déjà des
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106 CROÎTRE or DISPARAITRE
périodes de dépopulation,, par exemple sous
Charlemagne, au milieu du quatorzième
siècle et à la fln du règne de Louis XIV. « Les
textes connus du neuvième siècle, nous dit
M. É. Levasseur, loin d'autoriser Topinion
que les familles étaient nombreuses dans
la Gaule carlovingienne sont de nature à
nous faire croire plutôt le contraire. » El
parlant de son temps, au début de la guerre
de Cent ans, Pétrarque écrivait: « L'on ne
croira pas qu'il y eut un temps où l'univers a
été presque entièrement dépeuplé, les villes
sans citoyens, les campagnes incultes et cou-
vertes de cadavres. »
Mais cette dépopulation était accidentelle.
Elle tenait à des causes brutales : la famine,
la guerre, le brigandage, les épidémies. Dès
que ces causes disparaissaient, le pays se
repeuplait rapidement. La race n'en était que
mieux épurée, plus vigoureuse, plus intelli-
gente et plus énergique. La volonté de vivre
n'était pas atteinte.
Aujourd'hui, il en est tout autrement.
Notre dépopulation est due à une maladie
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LA DÉPOPULATION FRANÇAISE 107
sociale très grave, — et mortelle si notre in-
souciance, notre égotisme et notre anarchie
générale la prolongent trop longtemps.
L'accroissement continu — mais faible et
bien inférieur à celui des autres pays — de
la population française signifie donc que la
dépopulation a d'abord été sourdement qua-
litative.
Depuis un siècle et demi, la natalité fran-
çaise décroît. Dans les vingtdernières années,
elle a été même au-dessous de la mortalité :
de 38.000 en 1890, de 10.000 en 1891, de
20.000 en 1898, de 18.000 en 1896, de 26,000
en igoo, de 20.000 en 1907, enfin ce déficit
fut de 3o.ooo au moins en 1909. Cela ne
s'était jamais produit qu'après un excès de
mortalité, non par insuffisance de naissances,
à la suite d'une épidémie ou d'une guerre
meurtrière: en i854 (69.000), en i855(35-Ooo)
en 1870 (io3.ooo), en 1871 (t^t^f^.ooo).
Notre dépopulation n'est donc plus seule-
ment relative et qualitative, elle est absolue
et quantitative. Ce n'est plus seulement le
renoncement, l'abrutissement, c'estle suicide.
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H)S CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
Mais il est encore des Français qui veulent
vivre, — par leurs traditions et pour leurs
possibilités. C'est ceux-là qu'il faut instruire.
Enfantin et Michclet assignaient à la France
le rôle de « Christ des nations » et de « na-
tion martyre » . M alheureusement, les crucifiés
ne ressuscitent plus. La France ne vaudra
pour rHumanité que si elle est d'abord vi-
vante, saine et forte. Et son histoire pro-
clame qu'elle peut valoir beaucoup.
Elle est une catégorie de l'Humanité néces-
saire. Un ramas de Germains et de Slaves,
puis de Jaunes et de Noirs n*y suppléerait
point. Au reste, tout un passé de gloire biffé,
un énorme capital spirituel englouti, un ca-
ractère humain dénaturé, avili, aboli, ce sont
lli des puissances en moins. L*Humanité en
serait appauvrie, affaiblie, diminuée, — et de
sa plus exquise floraison, et du meilleur de son
Ame.
Longtemps, le suicide de l'individu fut
considéré, non sans raison, comme un crime
contre la société, pour l'exemple découra-
geant qu'il donne, sans doute, comme pour
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LA DÉPOPULATION FRANÇAISE 109
le capital social qu'il anéantit. Avec son
admirable sens social, TÉglise, si indulgente
pour les fautes réparables, se refuse ici à
toute miséricorde. De même, le suicide d'une
nation est un crime contre l'Humanité; car
cette nation ne s'est pas faite toute seule.
Tout ce qu'il y a eu de beau, de grand,
d'héroïque dans les peuples anciens a con-
couru à la former. Ce qu'elle a reçu ainsi,
elle en est comptable envers l'Humanité.
Comme nous avons pris la haine du passé
qui nous rappelle nos grandeurs et ce à quoi
elles nous obligent, nous nous refusons à
envisager l'avenir qui nous indique nos
devoirs présents. D'ailleurs, on élabore de
captieuses théories pour déguiser cette stu-
pidité et cette lâcheté. Mais le savoir n'a pas
d'autre fin que de prévoir pour nous per-
mettre de pourvoir congrûment.
D'après ce qui est, présentement, nous
pouvons établir ce qui sera dans un siècle,
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110 CROÎTRE OU DISPARAITRE
demain, si nous ne secouons notre mortelle
torpeur, si nous ne réagissons contre tous
les ferments de décomposition que l'indivi-
dualisme métaphysique et révolutionnaire a
fait surgir, si enfin nous ne réinstaurons pas
les conditions d'ordre et de progrès qui sont
l'élément vital de toute société.
Et voici ce qui est:
Par périodes décennales, le coefficient de
natalité par i.ooo habitants baisse continû-
ment :
1770-1780
38
1851-1860
26,7
1801-1810
32,5
1861-1870
26,4
4811-1820
34,6
1871-1880
24.5
1821-1830
30,8
4881-1890
23,8
1831-1840
28,9
1891-1900
22,1
184M850
27,4
1901-1908
20,9
En igog, il ne dépassa guère 19 et resta
au-dessous du coefficient de mortalité.
De 1826 à 1876, les naissances n'ont dimi-
nué que de 5oo par an; de 1876 à 1900, de
4.000 par an; enfin de 1900 à 1907, de 12.000
par an.
On voit comme la chute s'accélère* Et il
n'y a pas d'arrêt.
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LA DÉPOPULATION FRANÇAISE Ul
Il y a environ 1 1 millions de familles fran-
çaises. Le sixième, soit 1.800.000 n'ont pas
d'enfants; le quart, soit 2.900.000 n'en ont
qu'un; un autre quart, soit 2.600.000 en ont
deux; le cinquième seulement, soit 2.200.000
en ont plus de trois. La moyenne est de
deux enfants par famille. Soixante départe-
ments ont régulièrement plus de décès que
de naissances.
Sans doute, on constate aussi un fléchis-
sement chez tous les peuples européens ; mais
il a commencé beaucoup plus tard qu'en
France, il est bien moins rapide, et il a plu-
tôt tendance à se ralentir encore.
Ainsi, entre lés périodes de 1877-1879 et
1904-1906, le coefficient de natalité a passé :
de 44 à 36,3 en Hongrie; de 39,3 à 34 en
Allemagne; de 38,8 à 34,8 en Autriche; de
37 à 32,3 en Italie, de 36,4 à 3o,9 en Hol-
lande; de 35,4a 27,4 en Angleterre; enfin de
3i ,8 à 26,3 en Belgique.
Mais pour tous ces pays, hormis l'Angle-
terre et la Belgique surpeuplées, contraire-
ment à ce qui se produit en France, la
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112
CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
mortalité diminue plus vite que la natalité. Il
en résulte que l'excédent de naissances sur
les décès s'accroît toujours, tandis que nous
en sommes au honteux déficit.
De i87(>-i88o à 1906, les excédents de
naissances sur les décès pour 1 .000 habitants
ont passé :
Pour la Hongrie, de
— rAIlemagne, de
— TAutriche, de .
— ritalie, de . .
— la Hollande, de.
— TAngleterre, de
— la Belgique, de.
— la France, de .
Au début du siècle, la France était au
deuxième rang pour le chiffre de sa popula-
tion : elle a reculé au cinquième. L'Alle-
magne, rAutriche-Hongrie et l'Angleterre
l'ont dépassée. Bientôt, ce sera l'Italie.
E]n 1909 encore, il y aura eu 800.000 Alle-
mands, 5oo. 000 Anglais, 4^0. 000 Autrichiens,
35o.ooo Italiens en plus, et 3o.ooo à 40.000
Français en moins.
Depuis 1870, les territoires n'ont pas
7,7
à
H,«
13,1
à
U,9
8,2
à
12,3
7.5
à
11,1
13.5
à
15,6
14,5
à
12,1
10,2
à
9.2
2,9
à
0,7
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LA DÉPOPULATION FRANÇAISE H3
changé, et les populations des principaux
États européens se sont accrues ainsi en mil-
lions :
Allemagne, de . .
40,8
à 64 soit
23,2
Angleterre . . .
32
41,9
9.9
Autriche-Hongrie.
37,5
45,4
T,9
Italie
26,6
32,5
5,9
La population russe aurait passé de 78 à
129 millions, soit un énorme accroissement
de 56 millions. Dans vingt ans, il y aura
deux Allemands pour un Français.
En totalisant les populations des princi-
pales puissances européennes, l'Angleterre,
l'Allemagne, l'Autriche, et depuis son unifi-
cation ritalie, M. Levasseur a trouvé que
l'élément français comptait pour 38 p. 100
sous Louis XIV, 25 p. 100 à la veille de la
Révolution, 21 p. 100 après Waterloo, i5
p. 100 en 1872, 12 p. 100 vingt ans après.
Maintenant, c'est à peine 11 p. 100. Dans
trente ans, ce sera 7 p. 100.
Aujourd'hui, l'Allemagne a une armée
active de 684.000 hommes bien choisis, vigou-
reux, et la France ne peut recruter que
8
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114 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
Coîî.ooo soldats, en s'imposant des charges
(écrasantes, en prenant dans le tas misérable
des malingres, des infirmes, des tuberculeux,
des apaches (i ). Nos effectifs n'en devront pas
moins se réduire de Bo.ooo hommes tous les
(juinze ans, alors que les effectifs des nations
rivales ne cesseront de grossir. 11 est ques-
tion d'avoir recours à nos protégés noirs, —
et c'est bien là le pire expédient qui se puisse
imaginer. Mais nous en sommes à préférer
tout à Teffort. Nous en sommes au point où
Rome fît appel aux Barbares.
En attendant, c'est l'indiscipline et la muti-
nerie, la propagation de toutes les tares
physiques et morales. Qui dira les ravages
que peuvent faii'e par contamination un
tuberculeux et un souteneur dans une cham-
brée ! Il en résulte que la mortalité, par
exemple, est bien plus élevée dans l'armée
française que dans l'armée allemande, — et
(i) D'après le docteur Lowenthal, la proportion pour
mille de soldats mis à la réforme a triplé depuis trente
ans et doublé depuis dix ans. Les crimes et délits
militaires ont augmenté de 50 p. 100 depuis dix ans.
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LA DÉPOPULATION FRANÇAISE 115
malgré toutes les précautions, les crèmes au
chocolat, les conférences civiques et la tapa-
geuse sollicitude de la « fée barbue » , et tous
les bluffs.
- *
A grandes phrases pompeuses, et pour
mieux nous exciter à la guerre civile dont ils
vivent, des prophètes suspects nous annon-
cent la pacification universelle.
Cependant le Japon s'arme, amasse son
trésor de guerre, la Chine s'instruit, toute la
formidable masse des Jaunes est en efferves-
cence. Mais pour que la menace se précise,
il faut encore quelques années. Cela semble
lointain. Or voici qui est plus proche pour des
Français : l'Allemagne en est à 64 millions
d'habitants, et son sol, d'après l'estimation
de M. Vacher de Lapouge, n'en peut nourrir
que 5o millions. Sa population s'est pourtant
accrue de 910.000 unités en 1906, à peu près
autant en 1907, en 1908. Tout ce qu'il y a de
vrai dans Malthus est là, et c'est contre la pra-
tique malthusienne, à tout le moins tant que
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116 CROITRE OU DISPARAÎTRE
l'anarchie spirituelle laissera TEurope sans
police, sans conscience et sans direction.
L'Allemand Rominel, dans son livre, Au
Pays de la revanche ^ le dit avec la grâce pru-
sienne : « Le terrain compris entre les Vosges
et les Pyrénées n'est pas précisément fait
pour que les 38 millions de Français y vé-
gètent sans s'accroître, alors que loo mil-
lions d'Allemands y pourraient si parfaite-
ment vivre et proispérer selon la loi divine. »
Et encore : « La politique de races est impi-
toyable. Le moment approche où les cinq fils
pauvres de la famille allemande, alléchés
parles ressources et la fertilité de la France,
viendront facilement à bout du fils unique
de la famille française. Quand une nation
grossissante en coudoie une plus clairsemée,
qui, par suite, forme centre de dépression,
il se forme un courant d'air, vulgairement
appelé invasion, phénomène pendant lequel
la loi et la morale sont mises provisoirement
de côté. »
Il y a les congrès de la paix, la Cour d'ar-
bitrage de la Haye, la diplomatie. On nous
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LA DÉPOPULATION FRANÇAISE 117
console de notre stérilité en nous assurant
que notre alliance avec les Slaves très féconds
rétablit l'équilibre. Équilibre instable, sécu-
rité précaire. Une génération qui joue ainsi
le passé et l'avenir de l'être collectif dont elle
n'est qu'un moment est insensée ou criminelle.
La patrie, l'effort des siècles, les possibilités
ne sauraient dépendre de la sottise et de la
fourberie des diplomates. Quelque chance
qu'on se ménage, quelque mirifique martin-
gale dont on ait le secret, au jeu, il est in-
faillible qu'on perde un jour. Et ici, on
engage plus que tout, ce qui ne se peut rat-
traper.
Supposons même qu'à force de conces-
sions, de patience, — voire de lâchetés, —
nous évitions indéfiniment un dénouement
sanglant : la France n'en disparaîtra pas
moins. Les peuples voisins déborderont sur
elle et la submergeront. Peu à peu, la race
sera absorbée. Le sol restera, le nom peut-
être; mais le sang, l'esprit, l'âme ne seront
plus.
J'aiparlédéjà de la dépopulation qualitative.
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118 CROÎTIIE OU DISPARAÎTRE
Il y aurait beaucoup à dire à ce sujet. Sans
doute, pour Tabsurde suffrage universel,
la brute alcoolique, le dégénéré valent Tin-
dividu sain et robuste; mais la société tient
compte des valeurs. M. Vacher de Lapouge,
entre autres, a indiqué les graves altérations
anthropologiques, provenant en majeure par-
tie d'une sélection à rebours, qui se sont pro-
duites depuis deux ou trois siècles. Il y a là,
peut-être, l'explication de bien des choses :
par exemple, l'odieuse tyrannie de la crapule
radicale, par la bassesse, la ruse vile, la sot-
tise et que jamais le Franc n'eût pu exercer
ni subir si longtemps.
Cependant l'Allemagne s'emploie à ruiner
notre industrie et notre commerce. Elle
inonde le monde de sa vilaine pacotille. De
1891 à 1907, son commerce extérieur a passé
de 9 milliards à plus de 19 ; celui de la France
de 8 à 1 1 seulement. Nous sommes au qua-
trième rang. La prolifique Hollande nous le
le dispute et va nous l'enlever.
Cela n'est pas sans importance. Notre com-
merce extérieur ne se développe pas plus que
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LA DEPOPULATION FRANÇAISE 119
notre population. Ce sont nos négociants,
nos industriels, nos ouvriers qui en pâtis-
sent, — et davantage que s'il s'agissait de
o fr.5o de salaire en plus ou en moins. Le
produit français, par le goût qu'il formait,
l'art qu'il enseignait, la loyauté qu'il manifes-
tait, faisait l'éducation du monde. Peu à peu,
il élevait les peuples arriérés à la civilisation,
il les affinait, les spiritualisait. Gela n'est pas
indifférent, j'imagine, que ce soit la hideuse
camelote et la falsification allemandes qui
supplantent l'article français (i).
Alors qu'il y a plus de 4 millions d'Alle-
mands au dehors, qui sont pour la plupart
des prospecteurs, des commis-voyageurs, il
n'y a pas5oo.ooo Français, Les peuples nous
oublient. Ils ne connaissent plus que les
(1) Voici un simple fait rapporté par M. Louis Ber-
trand, dans son livre Le Mirage oriental, après un
voyage à Constantinople, au Caire, à Beyrouth :
« Maintenant, les images qu'on expose aux yeux du
populaire, ce sont des illustrations de faits divers con-
temporains, — par exemple des épisodes de la guerre
russo-japonaise : sujet passionnant qui excite Tenthou-
siasme des foules musulmanes ! A Damas, je remarquai
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120 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
comptoirs allemands et anglais, — même
dans' nos propres colonies.
En i85i, il y avait en France 878.500
étrangers, soit 10, 58 pour 1000 Français. En
1907, il y en avait i.Sso.ooo, soit 33 p. 100,
— sans compter les métèques. Dans un demi-
siècle, il y aura autant d'étrangers et de mé-
tèques que d'aborigènes.
Si pourtant, depuis vingt ans, le mouvement
d'immigration ne paraît pas s'être plus déve-
loppé, c'est qu'un régime d'irresponsabilité
est toujours de mensonge. Nos maîtres ne
se soucient que de dissimuler. Chaque degré
de notre chute se marque par un expédient
parlementaire. De même qu'on se prépare à
incorporer les nègres dans notre armée qui
fond, on a promulgué la loi du 26 juin 1889
qui impose la qualité de Français à certaines
fort un de ces chromos, où l'on voyait un détachement
d'infanterie nippone culbuter des moines russes bran-
dissant des crucifix sur le front des troupes; et j'ad-
mirai rimpudeur- des Allemands qui fabriquent ces
barbouillages, et qui n'éprouvent aucun scrupule à
flatter ainsi, dans leur clientèle orientale, le fanatisme
religieux et les passions anti-européennes. >
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LA DEPOPULATION FRANÇAISE 121
catégories d'étrangers résidant en France
depuis un certain temps, sans remplir les
charges militaires. On pousse de plus en plus
à la naturalisation (3.ooo par an) . Ainsi , durant
quelque dix ans, on a maintenu à peu près
les chiffres dans les statistiques officielles,
par là on a facilité Tinjustifiable propagande
néo-malthusienne : on a habilement masqué
notre dégringolade. Nous n'en avons que
mieux dégringolé. Le mot « français » n'a
pas créé la chose, car il y faut des siècles.
Au surplus, les émigrés, et surtout ceux qui
se laissent naturaliser, ne sont pas l'élite des
autres pays. C'est pourquoi aussi, avec la
quantité, la qualité s'abaisse toujours.
M. Emile Macquart et, dans les Documents
du progrès, M. le docteur Félix Regnault,
proposent sérieusement de systématiser cet
expédient de politicien sans scrupules en
favorisant l'infiltration étrangère. M. Remy
de Gourmont, qui décidément gâche une belle
intelligence par plaisir du paradoxe, va
jusqu'à écrire dans le Mercure de France :
« L'invasion ne ferait peut-être pas tant de
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122 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
mal que cela à la France. Ce n'est qu'un
moment à passer. 11 faut que les races se
renouvellent. » Dans le Journal des Écono-
misleSj on soutint aussi, et gravement, cette
thèse sophistique que l'immigration est tout
profit pour un peuple puisqu'elle lui fournit
gratuitement des producteurs adultes. On
cita, à ce propos, les États-Unis, dont l'acti-
vité intense, la prospérité seraient dues à
l'immigration. Mais les Yankees eux-mêmes
n'en sont pas bien persuadés, puisqu'ils
s'efforcent maintenant, autant qu'il leur est
possible, d'enrayer l'immigration.
En quelques mois, on peut faire un trap-
peur, un défricheur, un pionnier; en deux
générations, on peut faire un citoyen de
Chicago : un vrai Français a mis des siècles
à se former. La bonne volonté du métèque
et la consécration légale n y peuvent rien.
M. le docteur Hillemand prétend que
Pierre Laffitte a démontré historiquement,
« par l'exemple de Rome, de la France, de
la Prusse, etc., que plus une nation est
mêlée physiologiquemenl, plus grande est
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LA DEPOPULATION FRANÇAISE 123
sa valeur sociologique, si ramalgame a été
rendu suffisamment consistant par la pra-
tique d'une langue commune, d'où il suit que
l'immigration d'éléments étrangers est une
condition favorable à la grandeur d'un peuple,
pourvu que cette immigration ne dépasse pas,
par son abondance et sa soudaineté, les
facultés d'incorporation et d'assimilation du
peuple récepteur. »
Cette réserve s'applique à notre situation
présente. Car il faut reconnaître que « les
facultés d'incorporation et d'assimilation
d'un peuple récepteur » sont d'autant moin-
dres que sa civilisation est plus profonde, ses
morts plus nombreux, son passé plus riche,
et aussi qu'il est moins prolifique.
D'ailleurs, cette sage restriction ne corrige
qu'à moitié une grossière erreur.
Dans son Anthropologie, M. Paul Topinard
nous dit : < En France, où la nature est
cependant si homogène et l'unité si complète,
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124 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
il y a des Français, mais pas de race fran-
çaise. On y découvre, au nord, les descen-
dants des Belges, des Wallons et autres
Kymris; à l'est, ceux des Germains et des
Burgondes; à l'ouest, des Normands; au
centre, des Celtes, qui, à l'époque même où
leur nom a pris naissance, étaient formés
d'étrangers d'origines diverses et d'auto-
chtones ; au midi, enfin, des anciens Aquitains
et des Basques, sans parler d'une foule de
colonies, comme les Sarrasins qu'on re-
trouve çà et là, les Tectosages qui ont laissé
h Toulouse l'usage des déformations crâ-
niennes, et les trafiquants qui passèrent par
la ville phocéenne de Marseille. »
Cela revient à dire que rien ne se crée de
rien. On le savait. A l'origine, la race fran-
çaise est le produit complexe d'un mélange
ou d'une association de plusieurs races, la
civilisation française est la résultante d'une
combinaison d'autres civilisations. Soit. Mais
nous savons, par toute notre histoire, que
cette combinaison, cette association, ce mé-
lange furent heureux. Par tout ce qu'ils ont
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LA DÉPOPULATION FRANÇAISE ]25
donné, nous pressentons tout ce qu'ils donne-
ront encore. Comme l'a dit M. le docteur
Laumonnier, celte civilisation est « l'aire de
convenance et d'adaptation optima » de cette
race. Notre caractère propre, notre âme,
tout ce qui nous différencie est notre raison
d'être désormais. La petite Lorraine Colette
Baudoche qui refuse de s'unir avec le Prus-
sien Asmus, ce n'est pas seulement une
Messine qui se souvient de 1870, mais encore
une pure Française dont le sang répugne
à s'abâtardir.
Allemands et Français, nous sommes
composés de trop de morts, et qui s'opposent,
pour que nous les puissions confondre.
Que des Allemands, en France, s'unissent
à des femmes françaises, nous n'aurons
même pas une race nouvelle à assimiler, à
enraciner, nous aurons des Allemands et
des Français. Mais il en va comme au jeu
de hasard : inéluctablement, le plus riche
ruinera le plus pauvre, l'Allemand prolifique
absorbera le Français stérile. Et l'Allemagne
même y perdra. N'étant plus stimulée par
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126 CROItBE ou DISPARAÎTBE
la concurrence des autres nations, et sur-
tout de la France, elle s'amollira, elle ne main-
tiendra plus son caractère, elle perdra aussi
sa raison d'être. Alors l'Asie déversera sur
l'Europe ses masses humaines affamées de
pain, de haine et de gloire.
Pierre Laffîtte n'a pas tenu compte de ces
deux faits bien connus des anthropologistes :
la dégénérescence des métis et le retour à
l'un des types primitifs.
Chez les métis, non seulement la mortalité
est plus grande, la natalité moindre, parfois
la stérilité complète (i) ; mais encore l'intel-
ligence, la moralité, la socialité sont infé-
rieures à chacun des types moyens des deux
générateurs. La société métisse, c'est Haïti,
c'est Libéria. Dans le métis de nègre et de
blanc, oii prédomine le sang noir, Topinard
a trouvé que la capacité cérébrale était
moindre que chez le nègre pur.
(1) D'après Daily, € il n'y a pas un seul cas de popu-
lation métisse, vivant par elle-même, qui ne soit à la
veille de disparaître par voie d'extinction ou de des-
truction. »
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LA DEPOPULATION FBANÇAISE 127
L'aventurier cosmopolite, le métis social
n'est pas un meilleur produit. Les races so-
ciales, — et cela plus elles sont avancées en
civilisation, c'est-à-dire caractérisées, — ne
sauraient se confondre sans perdre toutes les
qualités qui les distinguent et additionner les
défauts qui leur sont communs.
L'étranger est essentiellement parasitaire.
Il vient vivre sur un capital que ses ascen-
dants n'ont point contribué à créer, et pour
en emporter ce qu'il pourra chez lui. Céliba-
taire le plus souvent, il ne participe que fai-
blement aux frais sociaux. Il commet plus
de crimes. Il est moins retenu par l'opinion
publique. Il est porté à bafouer notre idéal
dont le sens lui échappe. Il gâte notre goût,
il adultère notre langue, il trouble nos
mœurs.
Même s'il s'installe définitivement sur
notre sol, s'il tâche à s'adapter, si Ton en
fait un électeur, s'il en vient à aimer la terre
hospitalière qui a accueilli sa misère, ni lui,
ni ses enfants ne sentiront comme nous. Il
n'adhérera que d'esprit, non de cœur. Il
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128 CROITRE OU DISPARAÎTRE
souhaite d'être Français, il en a compris
Tavantage et l'honneur ; mais ses morts pro-
testent. A l'ordinaire, sa raison les fera taire ;
mais dans les conjonctures tragiques, où le
sentiment l'emporte, où le sort de la patrie se
décide, il suivra son instinct — qui, alors, se
heurtera au nôtre. « Nous sommes de plus
en plus gouvernés par nos morts », a dit
Auguste Comte. Ce que nous pouvons être
en dehors d'eux est peu de chose, — ce que
serait un petit enfant nu, abandonné dans la
brousse africaine.
Si, présentement, il y a tant de trouble
dans les esprits et dans les cœurs, c'est que
d'autres morts se font entendre chez nous,
et avec l'impudence qu'autorise notre scepti-
cisme de décadence.
<( Il n'y a point de place dans l'histoire,
dit Arsène Dumont, pour une nation dépour-
vue d'une puissante individualité et point
d'individualité pour une nation formée de
détritus par les alluvions accumulées, de
l'immigration étrangère. Un peuple, comme
une famille, comme une race animale, va
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LA DEPOPULATION FRANÇAISE 129
s'accentuant dans son genre et fortifiant ses
caractères propres, s'il parvient à se main-
tenir pur de mélanges pendant un grand
nombre de générations ; mais il est évident
qu'il ne peut repousser les apports du dehors
que si lui-même est assez prolifique pour
égaler la densité croissante des populations
limitrophes. »
On a attribué notre dépopulation à l'énorme
consommation d'hommes jeunes et vigoureux
faite par la Révolution, TEmpire, puis par la
dernière guerre et la Commune. Ces héca-
tombes n'ont pu avoir pourtant qu'une
minime influence, puisque les femmes y
ont échappé. Une épidémie qui les atteint
comme les hommes a bien plus d'impor-
tance. D'ailleurs, il s'agit de la baisse de la
natalité, non de la mortalité, et l'on sait
qu'après une guerre la natalité s'élève tou-
jours. « Une nuit de Paris, comme disaient
Condé et Napoléon, répare un jour de champ
de bataille. )>
9
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130 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
Herbert Spencer nous dit : « L'évolution
individuelle est en antagonisme avec la dis-
solution procréatrice. Soit à cause du déve-
loppement plus considérable des organes qui
concourent à la conservation de l'individu,
soit en raison de leur plus grande com-
plexité de structure, soit parce que leur acti-
vité est accrue, la quantité de matériaux
qu'ils exigent et qu'ils absorbent diminue
d'autant la réserve des matériaux destinés à
perpétuer la race. Et il y a lieu de croire que
cet antagonisme entre Tindividualisation et
la procréation se marque d'une façon toute
particulière en ce qui concerne le système
nerveux, à cause des dépenses particulières
qu'exigent la formation et le jeu de ses orga-
nes. »
Cela peut expliquer le léger fléchissement
de la natalité que les principales nations
européennes accusent, non la dépopulation
française.
Dans le fait que, pour loo naissances de
filles, il y en avait 107 de garçons en 1801,
io5 en 1882-1886, 104 en 1893-1896 et io3 en
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LA DÉPOPULATION FRANÇAISE . 131
1902-1906, c'est-à-dire que la proportion des
garçons diminue, M. Alfred Fouillée croit
reconnaître un signe de fatigue physiolo-
gique.
On sait que dans les villes naissent plus
de filles et dans les campagnes plus de gar-
çons ; mais cela doit être attribué surtout à
une meilleure alimentation dans les villes.
Au surplus, si les jeunes ménages ont sur-
tout des garçons, si les pratiquants du self
restraint désirent surtout un garçon et, quand
ils ont d'abord une fille, se laissent aller plus
volontiers à une deuxième ou à une troi-
sième tentative, encore que ce désir soit
rarement plus vif que celui d'éviter les
soucis, les devoirs et les charges de la
parenté, on ne saurait vraiment en conclure
que la diminution des naissances masculines
témoigne d'un affaiblissement physiologique.
La fatigue apparaît plutôt dans les villes, et
elle est bien plus un effet de la dépopulation —
j'entends de la maladie morale dont la dépo-
pulation relève — qu'une cause. Elle tient à
l'arrivisme, à la vanité, à l'égoïsme exacerbé,
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ISS CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
à l'abus des jouissances physiques, et c'est
pour mieux s'y livrer qu'on ne veut plus
d'enfants. C'est le même individualisme dis-
solvant qui pousse le paysan vers les villes
et les ménages à être inféconds. Quand on se
déracine, le plus souvent on se désolidarise,
on se désocialise.
En somme, les Français ont un premier
enfant aussi souvent que les autres. « C'est
à partir du second et des suivants qu'on con-
state les abstentions », nous dit M. Levasseur.
Fréquemment, les familles qui perdent un
enfant s'empressent de s'en donner un autre
l'année suivante. U y a aussi les « petits ravi-
sés » dont nous entretient M. Paul Bureau,
et qui sont parfois l'importune conséquence
d'un accident d'hygiène. La pelure d'oignon,
dont parlait quelque gente dame du dix-
huitième siècle, se crève parfois.
Les Français, transportés dans un milieu
favorable, sont suffisamment féconds, comme
en Algérie, excessivement, comme au Ca-
nada. Il y a là 46 naissances pour i .000 habi-
tants, au lieu de 20 en France. Onze mille
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LA DÉPOPULATION FRANÇAISE 133
Normands ont produit un million et demi
d'habitants, deux millions si Ton compte les
émigrés aux États-Unis. En 1768, quand
Louis XV céda aux Anglais ces « quelques
arpents de neige », ils n'étaient encore que
63.000. La moyenne des enfants est de 7 à 8
dans les ménages de souche anglaise et de
12 dans les ménages de souche française.
Notre dépopulation est donc bien volon-
taire. On a relevé plus de soixante motifs qui
déterminent les Français à n'avoir pas d'en-
fants. Le mal est certain. Il est mortel. Quel
est le remède ? On l'indique d'un mot : l'ordre.
Mais il faut préciser.
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CHAPITRE V
LES FACTEURS DE LA DÉPOPULATION
FRANÇAISE
Un fait social constaat est déterminé par
des faits sociaux. Les antécédents physiques
ne sont jamais que des éléments composants.
C'est donc une grave faute de méthode que
de s'en tenir à ceux-ci. Il vaut mieux les
omettre, comme font les empiriques, que de
leur supposer un rôle prépondérant. Parfois,
les rebouteurs sont préférables aux vétéri-
naires qui se prétendent médecins. Le plus
chimérique socialiste est souvent moins loin
de la réalité sociale que l'outrecuidant écono-
miste.
Ainsi, par exemple, un anthropologiste
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LES FACTEURS DE LA DÉPOPULATION FRANÇAISE 135
sera porté à donner à la dépopulation fran-
çaise une origine biologique, et un écono-
miste une cause mercantile. C'est trancher
du supérieur par l'inférieur, du complexe
par le simple, du tout par la partie.
On a vu d'où provient la fatigue physio-
logique dont quelques indices apparaissent
dans les villes. II en est de même pour toutes
les soi-disant causes biologiques qui se
peuvent relever.
Sans doute, il y a une stérilité involon-
taire. Sur 11 millions de familles françai-
ses, 1.800.000 sont sans enfants. Les pro-
fesseurs Pinard et Richet estiment que la
majeure partie, soit plus d'un million, doivent
leur impuissance aux maladies vénériennes
contractées dans la jeunesse par un des con-
joints, surtout par l'homme. Mais la stérilité
complète est aussi fréquente à l'étranger. Le
professeur Neisser, de Breslau, déclare que
4o à 5op. 100 des mariages stériles doivent
leur stérilité à des affections gonorrhéïques.
Noeggerath nous assure que, sur i.ooo hom-
mes mariés à Nev^-York, 800 sont ou ont été
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136 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
atteints de gonorrhée. La Russie, notamment,
qui a le plus fort taux des naissances en
Europe (48 p. i.ooo), a bien plus d'avariés
que la France.
Au surplus, s'il cessait d'être exact que
les Français ont un premier enfant aussi
souvent que les autres et qu'on dût l'impu-
ter à la propagation des maladies vénérien-
nes, il resterait à creuser encore pour trou-
ver les racines sociales de cette impure
floraison. Qu'elle s'épanouisse surtout dans
les grandes villes, cela ne laisse point d'être
significatif.
En 1896, le docteur Ganu affirmait que
« l'ovariotomiea fait plus de mal à la France
en dix ans que les balles en 1870 ». D'après
lui, il y avait alors Soo.ooo Françaises sans
ovaires. L'ovariotomie strictement thérapeu-
tique serait pourtant rarement indiquée.
Mais les femmes qui sollicitent, paraît-il,
cette opération et les chirurgiens qui les
opèrent savent ce qu'ils veulent. Et ce qu'ils
veulent, s'ils ne l'obtiennent point de cette ma-
nière, ce sera d'une autre, non moins nocive.
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LES FACTEURS DE LA DÉPOPULATION FRANÇAISE 137
M. Vacher de Lapouge s'écarte autant de
la méthode positive quand il écrit : « Le
rôle de la volonté proprement dite est encore
moindre qu'il ne paraît. C'est qu'en réalité
cette apparente volonté est la conséquence
d'un rétrécissement ou d'une perte complète
de l'instinct de la paternité, et surtout de la
maternité, et je regarde cette perte comme
une conséquence du conflit des hérédités
mentales. L'indifférence de l'avenir, le peu
de souci de laisser des enfants, la dysgéné-
sie réelle paraissent des syndromes com-
muns de cet état neutre qui chez les races
métissées précède immédiatement la dislo-
cation. L'instinct le plus nécessaire à l'es-
pèce, le plus primordial, le plus loin hérité
se trouve tellement affaibli qu'il est mis en
échec par des considérations de l'ordre le
plus misérable, et cet affaiblissement a une
importance qui dépasse de beaucoup celle
des causes occasionnelles, *
Il est douteux que le métissage en France
ait déjà l'énorme importance que lui accorde
ce savant. Le prouverait-on dûment qu'il
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138 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
faudrait remonter aux sources sociales de
tout ce qui nous entraîne contre notre cou-
rant naturel, contre Tinstinct de vivre et de
se développer. J'ai déjà fait remarquer que
ce phénomène collectif est de même nature
que le suicide. Or le suicide est propre à
rhomme, animal social.
On a soutenu que la population croît cha-
que fois que le rapport entre les ressources et
les besoins augmente, et décroît s'il diminue.
Cela n'est vrai que si Ton entend bien que
les ressources dépendent de l'organisation
sociale et les besoins de l'éducation sociale.
Si l'on ne donne à cette formule vague qu'un
sens économique, on se trompe encore.
M.YvesGuyota écrit : « Toutes les causes
qui peuvent raréfier le travail, par conséquent
abaisser le salaire, provoquer le chômage,
rendre la vie matérielle plus onéreuse, gre-
ver d'une cherté factice les objets d'alimenta-
tion indispensables, constituent des obsta-
cles économiques au développement de la
population. » La logique économique ne vaut
que pour les choses économiques. Dans les
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LES FACTEURS DE LA DÉPOPULATION FRANÇAISE 189
questions sociales, qui les dominent, cette
logique nous fourvoie. Le prix des subsistan-
ces, le taux des salaires, la misère peuvent
influer sur la mortalité, non sur la natalité.
Or la mortalité n'est pas en jeu. Au reste, ce
sont les plus pauvres qui ont le plus d'en-
fants.
Des socialistes s'en prennent au machi-
nisme, qui remplace les hommes. Mais les
départements qui ont encore un excédent de
naissances sont précisément ceux où le ma-
chinisme est le plus développé, le Nord et le
Pas-de-Calais, par exemple. La machine, au
contraire, surexcite l'activité industrielle, et
donc nécessite une main-d'œuvre de plus
en plus nombreuse. D'ailleurs, les pays de
grande industrie comme la Belgique, l'Alle-
magne, l'Angleterre ne se dépeuplent point.
La mortalité, ai-je dit, n'est pas en cause.
Elle diminue en France comme dans les
autres pays. Elle était de 26,2 pour 1.000
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140 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
habitants en 1806-1810, de 28,2 en 1841-
i85o et de 22 en 1881-1890. En 1906, elle
citait de 1 4,8 en Hollande, 18, 2 en Allemagne,
22,5 en Autriche, i5,6 en Grande-Bretagne,
20,8 en Italie, 34,7 en Russie et 19,9 en
France.
Elle serait bien moindre pour nous, s'il n'y
avait encore une trop forte mortinatalité de
1 p. 1.000 habitants ou de 9,4 p. 100 enfants
nés vivants (au lieu de 6,1 en Angleterre,
0,7 en Allemagne, 7,9 en Italie), et si le cin-
quième de nos bébés, soit 170.000, ne mou-
raient point avant deux ans. La loi Théophile
Houssel,qui interdit aux mères d'être nour-
rices au sein tant que leur propre enfant n'a
pas sept mois, a fait beaucoup. Elle ferait
plus encore si elle était mieux appliquée. On
sait ce que fut l'industrie abominable des rem-
plaçantes. Sous l'Empire, le docteur Le Bon
disait que cette industrie faisait « plus de vic-
times que n'en font la guerre, le choléra et tous
les fléaux réunis ». Certaines remplaçantes
se chargeaient de sept nourrissons. Brochard
put citer deux communes du département
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LES FACTEURS DE LA DEPOPULATION FRANÇAISE 141
d'Eure-et-Loir d'où aucune de ces petites
victimes ne revenait. Et ces nourrices-là
étaient très recherchées. Là-dessus, un haut
fonctionnaire répliquait : « II y aura tou-
jours trop d'enfants ! » Un maire avouait : « Je
sais que ces enfants sont voués à la mort;
mais c'est le bien-être de ma commune! »
Cela n'empêche point M. le professeur
Debove, qui s'en tient à un détail, de dire de
la loi Roussel : « Indiscutablement, cette
loi est excellente, mais certainement aussi
elle a eu pour effet de restreindre le nombre
des naissances. Dans les pays à nourrices,
celles-ci se font rares. C'est que la jeune
mère n'est plus pour sa famille et son mari
un « placement de rapport ». Ce n'est
peut-être pas sentimental, mais c'est la
vérité. »
L'excessive mortinatalité et la mortalité des
premiers mois, c'est encore du malthusisme.
Ainsi, d'après M. de Foville, « la France
est devenue plus riche en vieillards et plus
pauvre en adolescents que tous les autres
États européens. »
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us CBOtTRE OU DISPARAITRE
Sur i.ooo habitants, il y a en France
5'U> adultes de ao à 60 ans et 127 vieillards
de Go ans et plus ; en Italie, 485 et 96 ; en Autri-
olu\ 478 et 74; en Angleterre, 473 et 78; en
Allemagne» 4?^ et 78. Avant peu, pour un
garçon de moins de vingt ans en France, il y
en aura deux dans chacune des grandes
puissances rivales. Nous ne renouvelons
pas notre capital humain.
Ce sont bien les naissances qui diminuent:
950.000 en 1875 ; 8ao.ooo en 1904; 790.000
en 1908 ; — r>o.ooo garçons en moins chaque
anniV.
Pour i.ooo femmes mariées, on compte,
par an, •u>r> naissances en Russie, 202 en
Allemagne, 190 en Angleterre, i85 en Italie
et n5 en France. Sous le premier Empire,
la moyenne des enfants par ménage était
do quatre, bientôt elle ne sera plus que de
deux.
Les mariages sont aussi nombreux en
France. Il yen avait 284.000 en i85o-i854,
3o2.ooo en 1908-1907 et 3i6.ooo en 1908.
L'augmentation n'est due qu'à l'accroisse-
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LES FACTEURS DE LA DEPOPULATION FRANÇAISE 143
ment de population d'abord et aux divorces
maintenant. Dans tout le cours du siècle, la
nuptialité s'est maintenue entre 7 à 8 p. 1000.
C'est à peu près le taux de l'Allemagne, de
la Hollande et de la Grande-Bretagne. Nous
avons même plus de femmes mariées de i5
à 45 ans. Nous n'avons pas plus de céliba-
taires.
En France, les mariages sont donc aussi
nombreux qu'ils peuvent l'être. Peut-être
même le sont-ils trop. La récente loi Lemire,
en simplifiant les formalités, a facilité encore
les unions légales ; mais, contrairement à ce
que se proposait le naïf législateur, les nais-
sances ne se sont pas accrues. Les vertus
françaises n'ont pas été fortifiées par un
texte.
On ne se marie aussi aisément, aussi
inconsidérément, que parce que le divorce
s'élargit de plus en plus. En s'unissant, on
est bien résolu à en profiter. Aussi les motifs
les plus grossiers l'emportent. Les considé-
rations morales qu'on ne pouvait négliger
lorsqu'il s'agissait de s'engager pour la vie
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144 CROITRE OU DISPARAÎTRE
entière ne comptent plus. En douze ans, le
nombre des divorces a doublé. Seuls, les en-
fants restent un embarras pour les divorcés.
Le mieux est de n'en pas avoir.
Arsène Dumont a groupé presque tous les
antécédents sociaux de la dépopulation fran-
çaise sous la dénomination pittoresque, mais
imprécise, de « capillarité sociale » . En somme,
ce sont les diverses manifestations de la dé-
sorganisation économique, politique, reli-
gieuse et morale.
Voici, d'après ce démographe, la règle de
la capillarité sociale : « Le progrès de la na-
talité est en raison inverse de la capillarité
sociale. Le progrès de l'individu, soit en va-
leur soiten jouissances, est en raison directe
delà capillarité sociale. D'où cetteconséquence
que le développement de la race en nombre
est en raison inverse du développement
individuel en valeur ou en jouissances. Plus
un foyer de culture est lumineux, plus il exerce
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LES FACTEURS DE LA DÉPOPULATION FRANÇAISE 145
d'attraction, et plus il exerce d'attraction plus
il est lumineux. C'est « uneffetqui s'augmente
par son effet même ». Plus l'attraction exer-
cée est considérable, plus ceux qui la subis-
sent sont rapidement consumés au foyer. Le
plébéien met le but plus haut que le fils de
l'aristocrate. Il est aussi plus âpre à la jouis-
sance, quand il se tourne de ce côté. La
démocratie se trouve ainsi représenter la
viriculture intensive, comme à l'extrême
opposé le régime des castes représente la
viriculture extensive. »
Mais la viriculture intensive a pour condi-
tion la viriculture extensive. Le sangs^épuise
comme le sol quand on ne le nourrit pas et
qu'on le surmène. Si donc la capillarité so-
ciale est inhérente à la démocratie, il faut se
résoudre à condamner la démocratie.
La capillarité sociale, c'est le désarroi, —
chez les individus et dans la société : chez
les individus, qui aspirent à être ou paraître
plus qu'ils ne sont, non à se perfectionner
dans ce qu'ils sont, on l'entend bien, mais à
être ce qu'ils ne sont pas, à se montrer autres,
10
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146 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
comme Mme Bovary ; dans la société, qui
n'a plus de quais, plus de cadres, qui n'or-
donne plus, qui ne se défend plus contre la
décomposition. Sans doute, comme Ta dit
Arsène Dumont, « tout homme tend à s'éle-
ver des fonctions inférieures de la société à
celles qui sont au-dessus ». Tant qu'elle est
sagement canalisée, cette ambition est légi-
time, elle stimule les énergies ; mais si elle
inonde au lieu d'irriguer, si elle n'est que
l'explosion d'un individualisme exaspéré, elle
est funeste, elle est mortelle.
11 n'est pas donné au commun des hommes
de s'élever par leurs propres moyens. Quand
on se désorbite de la solidarité et de la con-
tinuité, on n'est plus qu'un passant égaré,
une épave flottante dans le chaos. Le génie
seul peut être égotiste, et donc excentrique,
parce qu'il est l'expression synthétique d'un
moment social. Il porte en soi-même son
centre d'attraction. Proprement, il est divin.
C'est un Moïse, un Confucius, un Aristote,
un saint Paul, un Mahomet, un Comte. Il y
en a un par millénaire, et l'Humanité n'en
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LES FACTEURS DE LA DÉPOPULATION FRANÇAISE 147
supporterait pas plus. Le génie incomplet,
raté est un monstre, parfois criminel.
Après la France, ce sont deux grands États
démocratiques qui accusent la baisse la plus
rapide de la natalité: les États-Unis et l'Aus-
tralasie.
Cela donne à réfléchir. Mais notre démo-
cratie reste à organiser. « Si la capillarité
sociale nie famille et forte natalité, écrit Du-
mont, réciproquement une forte organisation
de la famille niera la capillarité sociale ou
du moins s'opposera à ses mauvais effets sur
Tindividu et sur la race. » On en peut dire
autant de tous les groupes organiques : cor-
porations, classes, régions, églises, etc.. Ce
n'est pas la démocratie, c'est le délire méta-
physique et révolutionnaire quia dissous les
libertés vitales, confondu les catégories orga-
niques, et qui n'a plus laissé subsister qu'un
seul titre de valeur sociale, que chacun pou-
vait espérer acquérir, et par les pires moyens :
l'argent.
Tout s'y rapporte et s'y mesure ; mais ce
n'est pas pour ordonner ni pour élever.
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148 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
Il n'y a pas de progrès sans ordre. L'anar-
chie ne va qu'avec la sauvagerie. Quand elle
n'en émane pas, elle la ramène. Dans une civi-
lisation, elle est donc mortelle, et d'autant
plus que la civilisation est plus avancée. C'est
pourquoi la France dissociée ne se perpétuera
plus bientôt que par ses sauvages, ses misé-
rables, ses incultes, ses brutes, ses tarés et
ses retardés. Et ainsi se découvre le sens
émouvant d'un fait maintes fois constaté,
mais toujours mal défini : à savoir que la
pauvreté, l'ignorance et la grossièreté coïn-
cident toujours, « au moins en France », dit
A. Dumont, avec une forte natalité ; tandis que
Paisance, l'instruction, la délicatesse, « tout
ce qui constitue la civilisation », accompa-
gnent la stérilité.
Sans assise et sans norme, c'est en vain
qu'on chercherait à s'organiser et à s'amé-
liorer.
Aussi ne se propose-t-on plus que de jouir.
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LES FACTEURS DE LA DÉPOPULATION FRANÇAISE 149
L'héroïsme avec lequel on s'y applique est
touchant. Tenons le riche, qui n'est que le
riche, c'est-à-dire le producteur de fumier,
pour plus pitoyable que le dernier des gueux,
des « las d'aller ».
Rien ne pouvant plus nous faire conver-
ger vers quelque but qui nous dépasse et
nous survive, on rapporte tout à soi. A quoi
bon alors des descendants? Quelle œuvre
auraient-ils à continuer? quels souvenirs
auraient-ils à conserver et à transmettre ? Le
plus sûr moyen d'échapper au dur jugement
de la postérité, c'est de tuer les générations
futures, à tout le moins de les pourrir.
L'individualisme dénature comme il déso-
cialise : il désexue, il déclasse, il déracine»
il dévoie, il déforme.
D'après M. L. March, « la France est le
pays où les industries féminines ont pris le
plus grand développement ». Dans l'indu-
strie, chez nous, il y a deux fois plus de femmes
employées (5i pour loo hommes) qu'en Alle-
magne, en Angleterreet aux États-Unis (25).
On sait que le travail au dehors, en commun,
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150 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
provoque une démoralisation profonde de la
femme, démoralisation propice au néo-mal-
thusisme, à la prostitution et à la propaga-
tion des maladies vénériennes. Le nombre
des prostituées s'accroît progressivement
avec celui des ouvrières. En outre, Tenfant
est un terrible embarras pour la femme qui
travaille. Si Tenfant survient pourtant, en
dépit des parents, malgré Tanémie, les fa-
tigues de la mère, exerçant durant la gesta-
tion un métier souvent malsain, dans un ate-
lier ou un magasin sans air et sans jour, il
mourra, deux fois sur trois, dans les premiers
mois. S'il survit, le plus souvent, il restera
chétif ou infirme.
M. le professeur Debove indiquait derniè-
rement, comme une des causes importantes
de la dépopulation, les lois sur le travail des
femmes et des enfants et sur la scolarité :
l'enfant ne pouvant plus être exploité devient
une charge au lieu de rapporter, et Ton n'en
veut plus. Mais la chute de la natalité fran-
çaise a commencé bien avant l'application de
ces lois. On pourrait dire plus justement
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LES FACTEURS DE LA DÉPOPULATION FRANÇAISE 151
qu'elle a son origine dans Tindividualisme
économique qui a pris son essor après la
Révolution, qui a permis Texploitation de la
femme et de l'enfant, en désorganisant le
prolétariat, en détruisant la famille, les cor-
porations, tous les groupes sociaux.
Ce sont les départements où des conditions
économiques rigoureuses maintiennent un
certain classement, c'est-à-dire reforment un
prolétariat agricole ou industriel, qui ne se
dépeuplent point.
Mais résultant de forces brutales, inhu-
maines, la fécondité de ces travailleurs
aggrave leur misère et permet qu'on les ex-
ploite plus encore. La mortinatalité est exces-
sive. La race dégénère. Le déchet est consi-
dérable. Et d'autant plus que cette population
n'échappe point à l'individualisme moral qui
l'entraîne à la débauche et à l'ivrognerie.
On n'a pas les vices et les insanités qu'on
veut.
En Suède, Gerhard Westfeld a observé
que le chiffre des naissances masculines di-
minue parallèlement à l'augmentation de la
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152 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
consommation alcoolique dans ce pays. « On
peut en dire autant, ou à peu près, hélas !
de notre Normandie », ajoute le docteur
E. Monin.
Mais il ne faut pas trop se hâter de con-
clure. La Bretagne prolifique s'intoxique
autant pour le moins que la Normandie qui
se dépeuple. En quarante ans, de i856 à 1906,
Taccroissement de la population, qui a été
de 8,83 p. 100 pour la France entière,
s'élève à 14, 77 pour la seule Bretagne. Aux
États-Unis, la natalité n'est guère supérieure
à la nôtre. Dans certains États, elle y est
même inférieure, et c'est précisément dans
ceux-ci que la vente de l'alcool est prohibée.
En France, l'ivrognerie favorise certaine-
ment la fécondité, ce qui est, d'ailleurs, dé-
plorable.
Utilisant les travaux démographiques de
Dumont, M. le docteur Félix Regnault écrit
dans les Documents du progrès : « Le pro-
létariat industriel est fécond. L'ouvrier vit
insouciant, il vit au jour le jour. Il accepte
les enfants qui ne lui occasionnent pas un
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LES FACTEURS DE LA DEPOPULATION FRANÇAISE 153
grand surcroît de dépenses. Il suffit d'éle-
ver une usine dans une commune pour voir
la natalité de celle-ci s'élever. Dans les pre-
mières décades du dix-neuvième siècle, le
canton de Lillebonne (Seine-Inférieure) avait
une natalité très faible. Les tisserands à domi-
cile formaient la majorité de la population ;
ce sont là des ouvriers, mais un genre d'ou-
vriers qui possèdent les qualités paysannes,
qui sont économes, rangés, casaniers, pré-
voyants, peu féconds. Quand se furent fon-
dées les grandes usines de tissage et les
grandes filatures dont chaque jour 5oo
ou 600 ouvriers franchissent le seuil, la
natalité doubla, atteignit le chiffre énorme
de 40 p. 1.000... Le prolétariat agricole est,
lui aussi, fécond. Dans le canton d'Isigny
(Calvados), la constitution d'un prolétariat
agricole amena le relèvement d'une natalité
auparavant très faible et produisit une natalité
naturelle la plus élevée que l'on connaisse,
au point que ce canton forme, au milieu de
la Normandie, une exception démographi-
que. »
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154 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
L'influence économique de l'industria-
lisme, ici, n'est pas beaucoup plus im-
portante que rinfluence physiologique de
l'alcoolisme. M. L. March a constaté
que « les départements où la natalité a
le moins diminué sont moyennement des
départements de grande culture ou de grande
industrie. La natalité paraît avoir surtout
baissé dans les régions de petite culture ou
de petite industrie. » Je le répète, cela ne
tient nullement au genre de travail, à sa rému-
nération, mais uniment à ce que de grandes
forces économiques concentrées, comme
toutes les forces, rétablissent un certain
ordre.
L'ouvrier d'une grande entreprise ne pré-
tend point à diriger, il reste dans son corps,
parfois même il tente de s'y fortifier par le
syndicat, il se relie, il ne perd pas la saine
et heureuse insouciance qui convient à sa
fonction productrice. A cet égard, l'indivi-
dualisme révolutionnaire ne Ta pas conta-
miné. Ni les inquiétudes d'une responsabilité
d'administration, ni la fièvre de l'ambition
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LES FACTEURS DE LA DEPOPULATION FRANÇAIS: 155
ne le détournent de se reproduire. Si tout
notre parlementarisme ne s'employait à di-
viser le prolétariat et à l'abrutir, c'est par ce
prolétariat que se reconstituerait la société
française.
Aujourd'hui, être fort, être grand, c'est être
riche. Valoir, c'est posséder tant. C'est d'un
temps où l'argent est l'universel mètre des
choses et des gens que de ne donner plus
qu'une acception pécuniaire aux mots « va-
leurs » et « biens ».
L'épargne est le plus honnête moyen de
valoir ainsi, et c'est parfois de l'assassina t. Ce-
pendant qu'ils préconisaient le malthusisme,
les économistes n'ont jamais manqué de re-
commander l'épargne au populaire. Ces deux
« prévoyances > antisociales sont de même
sorte. Aussi notre régime parlementaire, qui
nepeutsupporter aucune association d'intérêt
social ou d'idéal moral, n'a pas assez de solli-
citude pour les sociétés d'épargne, et Técole
laïque enseigne surtout aux pauvres marmots
qu'un sou est un sou, et qu'en se privant cha-
que semaine d'un sucre d'orge, d'une image.
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166 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
si beaucoup de leurs petits camarades péris-
sent, à vingt ans ils posséderont deux à trois
cents francs pour aller faire la noce à la
ville.
M. de Foville le dit en excellents termes :
« A tous les degrés de Téchelle sociale sévit
Vauri sacra fames^ et grands et petits aiment
mieux faire des économies que de faire
des enfants. Et l'État n'encourage que trop
cette préférence. L'État est prodigue, lui;
mais pour pouvoir Têtre, il veut que nous
ne le soyons pas. Aux moutards qui vien-
nent user leurs culottes sur les bancs de
Técole primaire, l'instituteur ne parle plus
du Dieu devant lequel leurs parents s'age-
nouillaient; mais il leur par le, en termes émus^
de la Caisse d'Épargne, notamment de la
Caisse scolaire. » Ainsi, le capital déposé
aux caisses d'épargne a passé de 1.280 mil-
lions en 1880 à 4-981 millions en 1908. Il y
avait 4 déposants par 1.000 habitants en
x835, 34 en 1860, io4 en 1880, i85 en 1900,
198 en 1907.
Dans la Réforme sociale^ je trouve un
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LES FACTEURS DE LA DÉPOPULATION FRANÇAISE 157
document décisif. En Allemagne, Mom-
bert a examiné 78 territoires de l'Em-
pire en les classant d'après leur degré de
fécondité et en recherchant dans chacun
d'eux le nombre de livrets de Caisse d'épar-
gne par 1.000 habitants. Voici les résultats
de son enquête :
Moyenne de fécondité
pari. 000 femmes mariées
Livrets de Caisse
d'épargne par 1.000 habitants
386
140
333
206
297
264
362
324
230
331
L'épargne inspire de bas calculs, désoli-
darise, stérilise, et elle ne peut plus être
le fonds d'une famille, la fondation d'un
capital utile. A chaque génération, notre
régime successoral en fait de la poussière*
On a remarqué que les pêcheurs ont beau-
coup d'enfants parce que la mer ne se par-
tage point.
En condamnant l'indivision au nom d'un
principe abstrait, les légiste sont cru redres-
ser la nature et la société. Tous les enfants
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158 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
égaux devant ce qu'il y a de plus sacré dé-
sormais après soi-même : Targent. Chacun
a (( droit » à son morceau, — et tant pis pour
le groupe familial s'il se désagrège, pour la
production nationale si elle en souffre. Au
nom do Tégalité, il faut que chacun ait son
« dû ». 11 faut surtout qu'aucune force sociale
ne s'oppose plus à la piraterie politicienne
et financière.
Mais la nature et la société ne se laissent
point manier ainsi. La loi se tourne. Pour
préserver sa terre d^un destructeur émiette-
ent, la famille rurale eut tout de même
son <( aîné », — en évitant les « cadets ».
Mais la loi tyrannique et rétrograde n'a
pas seulement pour conséquence désastreuse
de priver la population française de tous les
« cadets i> qui ne viennent point fragmenter,
ruiner le domaine patrimonial. Quand par
accident, ignorance ou imprévoyance, il y a
néanmoins pluralité d'enfants, ceux-ci n'ont
plus le cœur de peiner sur un maigre lopin
viager. Pour le « citoyen » qui a ses « droits f ,
la ville présente plus d'attraits.
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LES FACTEURS DE L.\ DEPOPULATION FRANÇAISE 169
Issu de l'anarchie, le parlementarisme
doit l'entretenir. Pour s'épanouir, il lui faut
Taggraver. Toute force sociale lui es-t con-
traire. Il ne peut supporter rien de ce qui
s'agrège et de ce qui dure. Aussi sa législa-
tion pulvérise et interrompt. Elle ne connaît
que le passant, l'individu. Si, néanmoins,
l'instinct social et la santé morale résistent
à sa contre-éducation et à sa malfaisante
contrainte, elle les moleste et les rançonne de
toutes manières.
Ainsi, ceux qui se marient sont surchar-
gés. Pour chaque enfant qui survient en-
suite, le ménage encourt une pénalité savam-
ment graduée. Le père de famille est le con-
tribuable à merci. Il offre de la prise et il se
défend mal. Il a un fonds, il est stable, il
est timide. Par contre, notre système d'im-
position, notre individualisme économique
instituent de véritables primes au vagabon-
dage, au célibat, à la stérilité, au viager, à
tous les genres de vie parasitaire. Et chaque
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160 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
année le rezzou de la tribu radicale-socia-
liste devient plus audacieux et plus exigeant.
Pour qu'il y ait encore des Français qui con-
sentent à travailler et à enfanter, il faut que
l'instinct social soit singulièrement vivace
chez eux.
Cela commence à l'école. Arsène Dumont
a établi que, « dans un département, une forte
proportion d'époux et d'épouses totalement
illettrés coïncide généralement avec une nata-
lité élevée ». Est-ce à dire que l'instruction
soit antisociale? Non, — pas plus que le
bien-être, l'aménité, la délicatesse des mœurs,
etc. C'est constater, uniment, que l'enseigne-
ment d'État est pernicieux.
Le pouvoir temporel est inapte à l'éduca-
tion, et l'instruction sèche ne peut que four-
nir des sophismes pour justifier toutes les
aberrations. Les trois quarts des Français
lisent pour se gâter et s'abrutir. Pour le
mieux, on ne vise qu'à faire des diplô-
més, et les diplômes, a-t-on dit, c'est une
lettre de change tirée sur l'État qu'il faut
payer tôt ou tard par une place ou par une
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LES FACTEURS DE LA DÉPOPULATION FRANÇAISE 161
révolution. Les titres des trois volumes de
Jacques Vinglras, par Jules Vallès, nous en
présentent un saisissant raccourci : UEn-
fanl^ Le Bachelier y L'Insurgé.
L'enseignement officiel déclasse, désa-
nime et déracine. Il ne fait que des fonction-
naires, des journalistes et des bohèmes.
Suivant Timpulsion qui prévaut de la pa-
resse, de la vanité ou des appétits, le jeune
Français n'aspire qu'à être fonctionnaire,
littérateur ou politicien.
Or, pour préparer un enfant à quelqu'une
des professions libérales encombrées ou aux
fonctions publiques, il faut dépenser de i5
à 40.000 francs. D'autre part, pour marier
une fille à l'un de ces messieurs, il faut lui
constituer une dot équivalente. A ce prix,
Tenfant est considéré comme un produit de
grand luxe.
Ces chiffres cités par la Réforme sociale
sont instructifs : A Munich, en 1895, la
population totale se composait : bourgeois,
20,57 p. 100; ouvriers, 52,98; fonction-
naires, 26,45. Les naissances se répartissent
11
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162 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
ainsi: bourgeois, 18,7: ouvriers, 65,4; fonc-
tionnaires, 15,9. Ce qui signifie que les
ouvriers avaient i3 p. 100 plus d'enfants,
les bourgeois 2 p. 100 moins, et les fonction-
naires, 11p. 100 moins qu'ils n'en devaient
avoir proportionnellement à la part de la
population totale qu'ils formaient.
Le bas matérialisme qu'on prêche, l'irré-
ligion qu'on impose ne sont pas la moindre
partie de cette œuvre abominable de désocia-
lisation.
C'est au catholicisme qu'on en a surtout,
parce que cette grande doctrine a fondé
la civilisation occidentale et parce qu'elle
reste l'armature de la société française.
Mais il faut s'entendre. La religion, ici,
n'a d'efficace que dans son sens social. Il ne
s'agit donc point des croyances," mais de
l'organisation positive qu'elles ont réalisées
et qu'elles continuent à vivifier, c'est-à-dire
de l'Église. Lorsqu'un Briand, tout mielleux,
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LES FACTEURS DE LA DEPOPULATION FRANÇAISE 163
tente de susciter unmouvementschismatique,
c'est un fourbe, certes, mais non un imbé-
cile. Il sait ce qu'il fait. Il laisserait volontiers
les catholiques croire à la Sainte-Trinité, à
condition qu'ils ne constituent point un État
organique dans l'État parlementaire, un
ordre dans l'anarchie générale. Un positi-
viste seul peut révéler à l'Église ses vertus
essentielles. r
Si les pieux Bretons sont féconds, des
départements conservateurs et dévots comme
l'Orne donnent le détestable exemple, depuis
plus d'un demi-siècle, des excédents de
décès sur les naissances. D'autre part, l'ou-
vrier des manufactures, socialiste, anticlé-
rical, est prolifique à souhait. A Paris, les
riches affichent plus d'attachement au culte
que les pauvres. Eh bien, ceux-ci ont trois
fois plus d'enfants que ceux-là !
Sans doute, TÉglise condamne tout ce qui
peut déterminer l'infécondité, volontaire ou
non; mais les statistiques ne laissent point
d'être troublantes. Serait-ce que, des pres-
'îriptions de leur foi, les croyants ne suivent
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164 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
plus que ce qui s'accorde avec leurs humeurs^
leurs préjugés, leurs plaisirs ou leurs intérêts ?
En Prusse, de 1875 à 1900, on trouve ce
nombre d'enfants par mariage : entre catholi-
ques, 5; entre protestants, 4; entre juifs, 3,7;
entre dissidents, 3,4; mariage mixte, 3,i.
En Suisse, dans les mariages catholiques,
il y a 0,67 divorces p. 1000; dans les ma-
riages protestants, 2,65; dans les mariages
mixtes, 4»02.
M. Henri Joly avance « qu'il est probable
que le mariage mixte dissout à la fois et la
religion de l'un et la religion de l'autre ;
que le mariage mixte est un signe d'indiffé-
rence, un acheminement au scepticisme ».
Si le mariage mixte, en effet, est un signe
d'indifférence souvent, il n^en est pas toujours
ainsi. Et quand un protestant très convaincu
s'unit à une catholique très pieuse, le ré-
sultat est aussi fâcheux. Pourquoi, sinon
parce que les époux réagissent l'un sur
l'autre, se font une croyance spirituelle à
eux, qui n'est plus ni du catholicisme,
ni du protestantisme, individualisent leur
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LES FACTEURS DE LA DÉPOPULATION FRANÇAISE 16S
théologisme et peu à peu se soustraient à la
discipline des dogmes, à la direction spiri-
tuelle de leurs pasteurs ?
Ce n'est pas seulement la croyance qui so-
cialise, c'estsurtout l'organisation spirituelle,
l'Église, la religion en un mot. Une croyance
théologique peut être aussi insensée, aussi
irréligieuse, aussi anarchique que la pire
métaphysique matérialiste. Témoin le spiri-
tisme et le déisme romantique. Quant aux
sanctions ultra-terrestres, ce sont évidem-
ment des croyances plus sociales que théolo-
giques. Ceux qui se bornent à rêvasser sur
un Dieu vague, épars dans l'Univers et assez
discret pour ne gêner aucune divagation,
aucun dévergondage, aucun égoïsme, et les
belles madames qui vont à la messe pour
exhiber leurs toilettes et tenir leur rang
d'argent sont aussi irréligieux que le plus
crapuleux des athées. « Il y a deux sortes
d'athéisme, a dit Joubert : celui qui tend à
se passer de l'idée de Dieu et celui qui tend
à se passer de son intervention dans les
affaires humaines. »
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166 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
L'irréligion est donc bien un facteur d 'anar-
chie, — et donc de dépopulation. Au fond,
ce n'est pas aux dogmes catholiques que s'en
prennent la brute anticléricale et le monstre
intellectuel. Ils sont d une même inaptitude
de l'esprit et du cœur à les comprendre.
C'est à la règle qui contiendrait ses vaniteuses
divagations que celui-ci en a ; c'est au frein
moral qui limiterait son grossier égoïsme
que celui-là en veut. Ce n'est pas le théolo-
gisme du catholicisme qui les enrage, c'est
son positivisme.
A la campagne, on reste encore discipliné
par quelques réalités vivantes. Parce que la
collectivité se connaît, elle réagit sur les indi-
vidus. Il y a encore une opinion publique.
A la ville, dans le tourbillonnant chaos
d'une foule qui se côtoie et se heurte sans
s'organiser, on ne subit plus la pression des
devoirs sociaux. Chacun n'est limité que par
ses désirs, sa « conscience », — soi-même :
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LES FACTEURS DE LA DEPOPULATION FRANÇAISE 167
On est ce qu'on paraît, et l'argent est le meil-
leur vernis. L'argent y est donc tout, et l'on
en veut le plus possible, par tous les moyens,
dont le plus honnête, ai-je dit, est la double
prévoyance : épargne et malthusisme. Il n'y
a encore une police que pour ceux qui en
manquent.
Tout concourt à la désertion des campa-
gnes. Le dégoût des travaux agricoles chez
un peuple qui les a tant aimés et qui doit
tout à l'heureuse fertilité de son sol a été
provoqué aussi par la centralisation, l'absen-
téisme, la gabegie, les impôts qui écrasent
de plus en plus la propriété foncière. La
moyenne annuelle de l'impôt est de 5o francs
par an pour l'Anglais, 62 francs pour l'Ita-
lien, 58 francs pour l'Allemand et 99 francs
pour le Français. Et si celui-ci est agricul-
teur, il doit verser au fisc,4i P- 100 de son
revenu, soit i38 francs. Dans son excellent
ouvrage, la Dépopulation en France^ M . Henry
Clément fait remarquer qu' « une propriété
de famille est dévorée par le fisc et les pro-
cédures dans un maximum d'environ quatre-
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168 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
vingts ans ». D'autre part, les économies, les
capitaux sont aspirés, raflés par la grande
flibuste financière.
Mais si Ton ne tient plus à sa fonction
propre, si l'on ne se considère plus comme un
agent social, si Ton veut acquérir beaucoup
d argent, vite et sans peine, c'est pour pa-
raître, c'est pour jouir bassement. Dans un
État où aucune direction n'est plus éveillée,
contenue par une responsabilité précise, tous
les vols, tous les attentats contre la société
sont tolérés, voire consacrés. C'est la produc-
tion, c'est-à-dire le travail et jla terre qui
payent. S'il s'élève des protestations, les dé-
magogues détournent l'attention populaire
sur quelques mirages évoqués à propos. Ce
n'est point pour autre chose que la presse
démagogique est stipendiée par la plouto-
cratie. Chaque politicien dont l'ascension
rapide surprend les naïfs a son patron à la
Bourse. C'est un Jacques Reinach qui « fait »
un Bouteiller. L'association de Robert Ma-
caire et de Bertrand est ingénieuse. L'un
ahurit le patient par sa jactance, cependant
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LES FACTEURS DE LA DÉPOPULATION FRANÇAISE 169
que l'autre explore les poches. Le parlemen-
tarisme n'a pas d'autre signification. Mais
nous aimons l'éloquence.
Nous savons pourquoi le citadin ne veut pas
d'enfant. On lui a suggéré, on lui a imposé,
il s'est fait enfin une conception de la vie
antisociale, c'est-à-dire négatrice de la soli-
darité comme de la continuité. S'étant délié
de sa terre et de ses morts, logiquement il se
dégage des siens, de ses compatriotes, de la
postérité. Désormais, il ne vivra que pour le
présent et pour soi-même, c'est-à-dire pour
l'illusion de rien. Ainsi, avec le sentiment
social, s'obscurcit et s'atrophie le sens vital.
Les grossières apparences avec quoi on s'ef-
force de le suppléer ne duperont point long-
temps. L'homme ne vit que par et pour les
autres, — socialement.
A Rome, la dépopulation s'accompagna des
mêmes symptômes morbides de décomposi-
tion. Auguste s'en inquiéta. Rome avait alors
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170 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
2 raillions d'habitants ; mais les campagnes
étaient désertes. En vain Virgile célébra les
travaux de la terre : rien ne valait le pain et
les spectacles démocratiques.
M. le comte J. Imbart de la Tour écrit:
« Le mouvement de diminution commença
avec la Fronde, s'accentua avec l'industria-
lisme sous Colbert, avec Louis XIV et
Louis XV. La Touraine perd le quart de sa
population, TAuvergne le cinquième, le Dau-
phiné le sixième... Le Régent, pour repeu-
pler, exempte de six années de tailles
les soldats libérés qui défricheront les
terres abandonnées. » Mais c'est surtout
depuis soixante ans que le mal s'est pro-
pagé.
En 1801, il y avait en France trois villes au-
dessus de 100.000 habitants, il y en a quinze
aujourd'hui, et leurs habitants comptent
pour un septième de la population totale.
D'après M. RenéLavollée,au commencement
du dix-neuvième siècle, « les trois quarts de
la race française vivaient aux champs...
Aujourd'hui, l'écart entre les districts ruraux
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LES FACTEURS DE LA DÉPOPULATION FRANÇAISE Ifl
et les districts urbains est retourné au profit
de ces derniers ». En 1846, la population
urbaine ne représentait pas le quart de la
population totale; elle en constitue aujour-
d'hui près de la moitié (cinq douzièmes).
Depuis 1871, 8 millions de ruraux ont
déserté les champs. Plus d'un million et
demi sont venus. s'échouer à Paris et dans la
banlieue. De 1901 à 1906, la population pari-
sienne s'est accrue de 180.000 habitants, et
les autres grandes villes dans les mêmes
proportions. En 1789, Paris avait 65o.ooo
habitants; en 1840, un million; en 18H9,
2.3oo.ooo; en 1906, 2.763.000. En un siècle,
Toulouse et Bordeaux ont triplé le chifl're
de leurs populations; Lyon, Marseille, Lille
l'ont quintuplé; Le Havre Ta sextuplé ; Rou-
baix Ta décuplé.
Ce sont surtout les régions agricoles qui
sont abandonnées. Où il y a une grande
ville, l'immigration compense l'excédent des
décès sur les naissances. En additionnant la
population des petites communes de moins
de 2.000 habitants, on atteint difficilement le
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172 CROtTRE OU DISPARAÎTRE
total de 22 millions, et, tous les ans, il faut
abaisser ce chiffre de loo.ooo.
Voici les chiffres cités par IM. Imbart de la
Tour : « En 1866, il y avait en France 8 mil-
Iionsd'habitantsurbains;eni886,i3.8oo.ooo,
soit une augmentation de 5.3oo.ooo, tandis
que les campagnes en perdaient 2 millions.
En 1846 la population rurale comprenait
75,53 p. 100 de la population totale; en i856,
72,30; en 1866,69,54; en 1876, 67,56; en 1886,
64, 5i ; en 1896, 60,9; eten 1906 la proportion
est encore en décroissance (1)... En 1866, les
professions agricoles représentaient 5i,5 p.
100; en 1876, 5 1,4; en 1886, 47>8 en 1896,
43,5. »
En 1873, sur 10.000 Français, 5.270 se
livraient à Tagricultureet 845 au commerce;
en 1881, 5.io3 et i.o63; en 1891, 4-758 et
1.076.
Sans doute, comme Ta dit Adolphe Coste,
« les villes sont, en définitive, les seuls
organes d'entente, d'instruction et de coo-
pération qui entretiennent et développent la
(1) 57,9 p. 100.
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LES FACTEURS DE LA DÉPOPULATION FRANÇAISE 173
vie des sociétés et qui fassent passer les
populations brutes de l'état amorphe à Tétat
organisé > ; mais encore faut-il que leur exten-
sion soit en rapport avec le développement
de la population nationale et delà civilisation
sociale.
Ainsi, alors que la population de Paris
doublait en un demi-siècle, celle de Londres
triplait, celle de Vienne quadruplait, celle
de Berlin quintuplait. Il n'y a pas à s'en
réjouir. Si l'on constate ailleurs le même
exode des campagnes vers les villes; si, dans
toute l'Europe, depuis quelques années, on
semble délaisser peu à peu l'agriculture
pour l'industrie, — ce n'est point pour nous
rassurer. Chaque année, l'Allemagne, par
exemple, n'en accroît pas moins sa popu-
lation de près d'un million. Si, en multipliant
ainsi les bouches à nourrir, elle restreint
sa production agricole, il est évident que
l'impérieuse nécessité l'incitera — malgré
M. d'Estournelles de Constant — à s'emparer
de notre plantureuse Bourgogne. Comme
une simple loi de dévolution n'y suffira
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174 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
peut-être pas, elle y emploiera son artillerie.
En France, sur 112 villes de plus de
20.000 habitantâ» 78 ont plus de décès que
de naissances. Si^ dans les grandes villes, il
semble qu'on se marie plus et si les nais-
sances paraissent plus nombreuses, il ne faut
l'attribuer qu'à une plus grande proportion
d'adultes parmi les immigrés. Ainsi, la
France entière ne compterait que 610 per-
sonnes de i5 à 59 ans pour 1.000, et Paris
seul 728. « Si l'on compare le nombre des
mariages à celui des mariables (18 à 60 ans),
dit Arsène Dumont, pour 65 mariages en
Fi ance, on n'en trouve plus que 54 à Paris.
Pareillement, si l'on compare le nombre des
naissances en moyenne pour 100 femmes de
1 5 à 45 ans , on constate qu'il y a 1 o naissances
en moyenne dans le département de la Seine,
alors que l'on en compte de 12 à i5 dans
l'ensemble des autres départements. »
Dans les villes, on meurt plus tôt. U y a
125 vieillards pour 1.000 à la campagne, et
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LES FACTEURS DE LA DÉPOPULATION FRANÇAISE 176
seulement 81 à Paris. La mortinatalité y est
plus considérable, et pour tous les immigrés.
M. Vacher de Lapougea cité cette statistique
de Wieth Knussen qui montre une curieuse
connexion entre la proportion d'étrangers au
département, d'une part, et la mortinatalité
d'autre part :
RoBbn dt
déptrtoaMta
Sur 1.000 rMM-
lés (1901) eoB-
bin Bét dau u
MtndépartemBt
MoBbri dt ftB-
mi8 nariéM di
15 à 4S uf
lailMOCM légi-
tiaM, Bort-Bte
MBprii, ponr
ri«Ml 891-1901
■ort-Bit pmr
1.000 BBinaaM
Seine 1
1" groupe 13
2- - 20
3- — 18
4- — 18
Ô- — 17
574
476-230
229-170
169-128
127- 88
87- 26
622.900
848.400
876.100
852.800
875.600
860.200
121
176
160
167
181
224
546
445
434
428
402
382
France 86
196
4.826.000
168
436
Est-ce là, comme le croit M. Vacher de
Lapouge, un facteur biologique de la dépo-
pulation ? Non pas. J'ai dit pourquoi le Fran-
çais coupe les racines qui l'animaient. Quand
le foyer subsiste, quand la famille reste une
force sociale, l'homme sait oii est le devoir,
où le bonheur. Il aime ce qui le prolonge, le
continue, l'élève. Quand cette cellule sociale
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176 CROITRE OU DISPARAÎTRE
so dissout, en eflFel, rhomme ne nous appa-
raît plus soumis qu'aux lois de Tanimalité;
mais nous savons d'expérience qu'il perd
alors tous ses caractères d'humanitéetqu'il en
meurt. Comme animal, l'homme est inférieur
à n'importe quel fauve et il doit disparaître.
La prostitution, qui détourne les jeunes
gens du mariage, qui propage les maladies
vénériennes, est d'origine urbaine, elle ne
s'étale avec cynisme que dans les grandes
villes. Elle en constitue aussi une attraction.
D'après Parent-Duchâtelet, sur i.ooo pro-
stituées, 876 seraient originaires du départe-
ment de la Seine. Paris est le refuge de toutes
« les jeunes bêtes sans tanière », comme dit
Maurice Barrés. Sur les sept jeunes Lorrains
déracinés que cet auteur nous présente, un
péril sur l'échafaud et un autre n'y échappe
que parce que la police des villes est mal faite.
Et Barrés n'a pas noirci le tableau. Les trois
quarts des quémandeurs de secours sont des
immigrés. Sur trois délinquants arrêtés par
la police parisienne, deux sont des provin-
ciaux. « S'il suffit, par hypothèse, a dit
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LES FACTEURS DE LA DÉPOPULATION FRANÇAISE 177
A. Tarde, de trois agents pour maintenir dans
Tordre une ville de loo.ooo âmes, n'allez pas
croire que, pour une ville d'un million
d'âmes, il suffise de trois cents agents. Non,
pour que la sécurité reste égale, il en faudra
bien davantage. Pourquoi? parce que les élé-
ments mauvais, précédemment dispersés, qui
se rassemblent dans un grand centre, ne s'y
additionnent pas seulement, ils s'y multi-
plient les uns les autres pour ainsi dire. »
La débauche, l'extrême misère, la crimi-
nalité, incontestablement, sont des facteurs
de dégénérescence, — donc de dépopulation,
— et des facteurs qui s'aggravent les uns les
autres, et par leurs résultats mêmes.
Pour combattre la désertion des campa-
gnes, on parle de créer une dot terrienne,
d'organiser le homesieady l'instruction agri-
cole, l'enseignement ménager, de protéger,
d'assurer le travail agricole... De même que
la plupart des remèdes qu'on propose pour
combattre la dépopulation française, ce sont
des palliatifs. Il y faut plus. C'est ce qu'il
reste à examiner.
12
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CHAPITRE VI
CONTRE LA DÉPOPULATION
I. — Les expédients.
Le dépeuplement est l'aspect actuel, pour
les Français, de la question delà population.
C'est celui qui nous inquiète. Mais Tautre
aspect, le surpeuplement mondial, n'est pas
à négliger. N'envisager exclusivement que
Tun ou l'autre aspect, c'est mal poser la ques-
tion. Mauvaise condition pour la résoudre,
et donc pour bien traiter cette grave maladie
de la dépopulation.
Les spécialistes démographes, à tout le
moins, fournissent les matériaux de leurs
statistiques ; mais les amateurs, les politi-
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CONTRB LA DÉPOPULATION 179
ciens, les utopistes, les scientistes, les jour-
nalistes, les littérateurs, les philanthropes
n'y peuvent rien entendre. Comme le dit bien
M. le docteur Ch. Fiessinger, dans son livre
Erreurs sociales et maladies morales^ « le
problème de la dépopulation, abordé en sur-
face et par ses côtés secondaires, n'aboutit
qu'à des solutions puériles et inefficaces ».
11 en est même de dangereuses et de no-
cives. Si la légiféra ti on ne peut développer
et créer la vie sociale, elle a une terrible
puissance pour la détraquer et la détruire.
La société, c'est l'organisation des forces
naturelles pour les fins humaines. Toute ques-
tion sociale est donc de constitution ou re-
constitution. L'hygiène sociale, c'est de ré-
gler. De même qu'une bonne hygiène fait
maigrir les obèses et grossir les trop maigres,
une force régulatrice pousse et retient où il
faut. Ce qui nous guérira de la dépopulation
présente obviera à la surpopulation future.
Mais nous sommes si bas aujourd'hui
qu'on ne peut repousser les plus douteux
stimulants provisoires. Même malade, il faut
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180 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
vivre avant tout, il faut durer. Parmi les ex-
pédients législatifs qu'on propose, il en est
qui ralentiront la chute de la société fran-
çaise et lui laisseront le temps de se re-
prendre. Malheureusement, il en est aussi
qui ne peuvent qu'aggraver la fièvre qui
répuise. On les reconnaîtra. On choisira.
En tout cas, cela témoigne que tout ressort
n'est pas brisé et qu'il se forme enfin une
volonté de saine réaction qui s'éclairera.
C'est un bon exercice de méthode. A l'exa-
men, on constatera encore que rien ne sup-
plée l'ordre. De même que les procédés
néo-malthusiens ne retiennent que là où il
faudrait pousser, on verra que les trucs
l^islatifs des repopulateurs, quand ils ont
quelque effet, ne poussent que là où il fau-
drait plutôt retenir.
D'ailleurs, la plupart de ces mesures, qui
paraissent originales et ingénieuses, ont été
éprouvées déjà. « Souvent, écrit M. Jules
Roche, en bien des pays, pour bien des
causes, les gouvernants eurent à s'alarmer
du ralentissement ou de la diminution du
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CONTRE LA DÉPOPULATION 181
nombre des naissances et tentèrent de con-
jurer ce péril par tous les systèmes imagi-
nables de peine ou de récompense : jamais
ils n'aboutirent au moindre résultat. »
Ainsi, à Sparte, on restait soldat tant
qu'on n'avait pas donné trois fils à la patrie.
Les célibataires endurcis étaient fouettés par
les femmes dans les temples d'Hercule.
A Rome, Camille astreignit les célibataires
à épouser les veuves des citoyens morts au
service de la Cité. « César donna des récom-
penses à ceux qui avaient beaucoup d'enfants,
dit Montesquieu ; il défendit aux femmes qui
avaient moins de quarante-cinq ans et qui
n'avaient ni maris ni enfants de porter des
pierreries et de se servir de litières, méthode
excellente d'attaquer le célibat par la vanité. » /
Auguste prescrivit de réserver les emplois
publics aux pères de famille. Les lois cadu-
caires, Julia et Papia Poppœa, établirent des
incapacités, dont celle d'hériter, des charges
pour les célibataires, les paires solitariij et
des privilèges considérables aux familles
nombreuses. « Ces lois furent odieuses et à
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182 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
bon droit, dit Arsène Dumont, puisqu'elles
étaient vexatoires et qu'elles encourageaient
les délateurs ; mais de plus elles furent tota-
lement inefficaces. Quand Constantin les
abrogea, elles avaient duré trois siècles, et le
mal qu'elles devaient empêcher avait suivi
librement son cours. N'eussent-elles point
été éludées par des fidéicommis, le résultat
eût été le même. Quand le monde romain rou-
lait à sa ruine, que pouvait cette toile d'arai-
gnée pour arrêter une telle avalanche ! »
Au seizième siècle, pour réprimer les in-
fanticides trop fréquents, on prescrit de dé-
clarer les grossesses. Au siècle suivant, le
roi fait promulguer deux édits de Colbert,
en novembre et en décembre 1666, le pre-
mier qui exempte de la collecte et des autres
charges publiques les pères de dix enfants,
des tailles les pères de douze, et le second
prohibant l'accroissement des communautés
religieuses. Le premier de ces édits fut rap-
porté en janvier i683, sans avoir donné
aucun résultat appréciable, et le second tomba
aussitôt en désuétude.
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CONTRE LA DÉPOPULATION 183
La Révolution a tout dissocié (i). Elle a
fait de Tindividu abstrait l'unité sociale. En
fait, c'était privilégier le célibataire et le mé-
nage stérile. Toutes les mesures fiscales ou
autres qu'on propose maintenant en faveur
des familles nombreuses ne peuvent que
restreindre très faiblement le privilège du
célibat et de l'infécondité. Les immunités
d'impôt, les primes ne compenseront jamais
les charges d'une famille.
Jusqu'ici, d'ailleurs, on a très peu fait en
ce sens. N'est-ce point réagir? Le parle-
mentarisme ne le permet pas.
A Lille, — et peut-être dans quelques au-
tres villes, — les familles ouvrières qui
ont plus de trois enfants sont inscrites
(4) Et c'était nécessaire pour détruire, s'il y avait à
détruire; mais, après, il eût fallu reconstruire. L'ar-
gent, qui ne peut être tout que par la dissolution des
forces sociales, pour ne pas reprendre son rang su-
balterne, pour rester tout, s'y est opposé. Mais de
telles tyrannies ne durent pas. L'anarchie se dévore
elle-même.
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184 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
d'office à l'Assistance publique. Quelques Ad-
ministrations publiques, Contributions indi-
rectes, Douanes, Postes et Télégraphes, etc.,
allouent à leurs employés un supplément de
traitement annuel par enfant au-dessus de
trois (20 à DO francs). Les Compagnies de
chemin de fer, le Crédit foncier, etc., font
de même. Des Conseils généraux et munici-
paux accordent de minimes subventions
aux familles nombreuses. La loi de 1901
sur les dévolutions successorales a rendu
progressif le taux des droits de mutation
par décès, le déterminant non plus d'après
l'actif total de l'héritage, mais d'après le
quantum des parts individuelles. La loi mi-
litaire du 21 mars igoS spécifie que les ré-
servistes, pères de quatre enfants vivants,
passent de droit dans l'armée territoriale et
les pères de six enfants vivants dans la ré-
serve de l'armée territoriale. Enfin, à l'ar-
ticle 94 du projet de Timpôt sur le revenu,
adopté par la Chambre le 7 février 1907,
une réduction de 8 francs par personne à
sa charge — soit 0,02 par jour ! — sera
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CONTRE LA DÉPOPULATION 186
consentie à tout contribuable ayant un revenu
de moins de 12.000 francs.
Tout de même, on pourrait faire plus. Au
moins autant qu'en Allemagne, en Autriche,
en Suisse, pays où les nombreuses familles
ne sont pas Texception comme en France.
Ainsi, tout le projet de l'impôt sur le revenu,
hormis la ridicule exonération énoncée à
l'article 94, favorise effectivement le célibat
et le concubinage, puisque les revenus des
époux sont taxés au total.
Parmi les associations qui se sont formées
pour combattre la dépopulation française,
il convient de citer :
i^ La Ligue contre la mortalité infantile,
composée surtout d'hygiénistes et de gyné-
cologues. Elle réclame une répression plus
énergique de l'avortement provoqué, une
surveillance plus active des sages-femmes et
des maisons d'accouchement. Enfin, elle
s'applique à dénoncer aux pouvoirs publics,
sourds et aveugles pour tout ce qui n'est pas
profit de parti, « les funestes effets de la
propagande par brochures, conférences, etc..
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186 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
en vue de prévenir les grossesses et d'en
arrêter le développement normal ».
2* La Ligue des pères el mères de famille
nombreuse, fondée récemment par M. le capi-
taine Maire, poursuit le remaniement de notre
système d'impôt.
3® \J Alliance nationale pour Vaccroisse-
ment de la population française^ fondée en
1896 par M. le docteur Jacques Bertillon, et
qui compte 600 membres environ, a pour but
« d'attirer l'attention de tous sur le danger
que la dépopulation fait courir à la nation
française et de provoquer les mesures fisca-
les ou autres, propres à augmenter la nata-
lité ». Et, d'après V Alliance, voici ces me-
sures : « a) Dégrèvement des contribuables
ayant plus de trois enfants, en chargeant les
autres d'un impôt complémentaire inverse-
ment proportionnel au nombre des enfants ;
6) modification des droits de succession en
ligne directe, en plaçant les enfants uniques
dans la position où ils seraient s'ils avaient
des frères ; c) modification du régime des suc-
cessions dans le sens de la liberté; d) abré-
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CONTRE LA DEPOPULATION 187
viation du service militaire pour les soldats
mariés ou pères de famille, et pour les fils
aînés des familles de quatre enfants ; e) pré-
férence accordée aux familles nombreuses
par l'État, les Conseils généraux et muni-
cipaux, ainsi que par les grandes adminis-
trations privées pour les places et faveui's
dont ils disposent; f) extension des mesu-
res de protection de l'enfance. »
La diversité des palliatifs indique assez
qu'on ne dispose point du remède spécifique.
Mais tant de bonne volonté rassure. On
regrette néanmoins que, faute d'une doctrine
sociale, cette bonne volonté ne sache s'orga-
niser, converger et s'employer utilement.
Les exemptions d'impôts pour les pères
de famille nombreuse et les surcharges pour
les célibataires ne peuvent être assez im-
portantes pour susciter un intérêt matériel à
se marier, à faire des enfants et à les élever;
mais c'est évidemment un mouvement de
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18S ClM>tTRE OU DISPARAITRE
réaction contre l'individualisme révolution-
naire et une atténuation de ses conséquences
antisociales.
En ce sêny, M. Duval-Arnould, conseiller
municipal, a proposé de dégrever de la taxe
mobilière, k Paris, les loyers inférieurs à
3oo francs (au lieu de 5oo) et les loyers de
3r>o i 1.499 francs quand le nombre des
pièces du logement sera inférieur au nombre
des enfants.
M. Paul Leroy-Beaulieu conseille à l'État
de réserver ses petits emplois pour les pères
de famille. Mais cela ne peut que développer
encore le fonctionnarisme qui est un des
facteurs de la dépopulation, et les maigres
émoluments des petits emplois, douaniers,
cantonniers, postiers, hommes d'équipe, etc.,
ncî permettent guère d'entretenir convenable-
ment une nombreuse famille. Quant aux
emplois mieux rémunérés, ils sont réservés
aux diplômés de l'Université que l'État s*est
engagé à pourvoir afin de maintenir son
monopole d'enseignement et aux clients qui
soutiennent le régime. Sans l'abrutissement
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CONTRE LA DEPOPULATION 189
systématique et la corruption organisée, le
parlementarisme ne tiendrait pas.
Le projet présenté par M. Tabbé Lemirc,
le 20 octobre 1908, qui assure aux agents de
l'État lefi moins rétribués une allocation de
famille en rapport avec le nombre de leurs
enfants, est plus caractéristique. Il nous
rappelle que Tunité sociale est vraiment la
famille et que le juste salaire doit en tenir
compte. C'est un scandale pour l'économie
politique orthodoxe, mais une vérité so-
ciale.
En 1900, le sénateur Piot proposa un
impôt sur les citoyens sans enfant et la ré-
partition du produit intégral de cet impôt
entre les familles nombreuses. M. le doc-
teur Mangenot demande une allocation de
1 20 francs par an et par enfant au delà de
trois à tout ménage ne gagnant pas 1 franc
par tête et par jour. M. Paul Leroy-Beaulieu
va jusqu'à 5oo francs qui seraient versés aux
parents de tout nouveau-né à partir du troi-
sième enfant. M. Vacher de Lapouge encou-
ragerait la maternité par un billet de loterie.
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19<> CROITRE OU DISPARAÎTRE
8a tombola des accouchées de l'année distri-
buerait un gros lot d'un million de francs
et de nombreux petits lots. Enfin, pour
M. Charles Richet, « il n'y a qu'un remède,
un seul et unique remède, c'est une forte
prime accordée à la naissance de tout enfant
qui n'est pas un premier-né ». Il faut que
la prime soit « assez importante pour qu'il
y ait intérêt pécuniaire à avoir beaucoup
d'enfants ». Elle serait, par exemple, de
5oo francs à la naissance d'un deuxième en-
fant, i.ooo francs pour le troisième, autant
pour les suivants, et serait touchée en deux
parties, la première à la naissance, la seconde
un an après, si l'enfant survit. Il y faudrait
3oo millions par an, soit un milliard en quatre
ans qu'on trouverait par un impôt de 25 p. i oo
sur l'héritage des enfants uniques et de
5o p. loo sur l'héritage collatéral. M. Charles
Richet nous assure qu'en quatre ans nous
obtiendrions ainsi un excédent d'un million
de naissances.
Tous ces expédients, dégrèvements, immu-
nités, primes, ne peuvent agir que sur les
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CONTRE LA DÉPOPULATION 191
familles les plus nombreuses et les plus mi-
sérables. Or, précisément, ce sont les autres
qu'il faudrait déterminer à être fécondes.
Mais là on ne peut rien ; au contraire, en les
surchargeant, on les retient plus encore dans
leur stérilité ou leur demi-stérilité. Toute-
fois, les décharges d'impôt sont préférables
aux primes. S'ils sont sans influence sur la po-
pulation, à tout le moins ils allègent un peu les
familles nombreuses, c'est-à-dire qu'ils adou-
cissent, — bien peu d'ailleurs, — la lourde
pénalité dont notre individualisme les écrase.
Quant aux primes, à tous égards, c'est un
lamentable expédient. Il est à remarquer
qu'il est recommandé surtout par des scien-
tistes. Une fois de plus, on constatera leur
radicale inaptitude, dénoncée par Auguste
Comte, à comprendre le social. S'est-on de-
mandé dans quelles conditions naîtrait et
comment serait élevé Tenfant procréé pour
un numéro de loterie ou quelques billets de
cent francs ? La plus haute prime prévue et
possible est de i.ooo francs au troisième
enfant. Accordons-la même au premier. Eh
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192 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
bien ! l'État en aurait pour son argent. Il se
créerait une industrie nouvelle ; mais on pré-
voit qui s'y livrerait. L'enfant d'ouvriers ou
de paysans honnêtes revient à plus de
1.000 francs. On fait donc appel aux plus
basses parties de la nation, aux plus ta-
rées, moralement et physiquement, aux non-
valeurs sociales, — celles-là mêmes qui
ne sont que trop prolifiques, — et on leur
donne mission de reproduire la race fran-
çaise. On pourrait tout aussi bien transformer
nos hospices, nos dépôts de mendicité, nos
prisons et nos bagnes en haras humains, et
cela nous coûterait moins cher. Mais pour
nous, mieux vaudrait encore disparaître par
extinction ou être absorbés par l'immigra-
tion étrangère que d'être submergés par la
boue des bas-fonds et la sanie des ulcères.
Le rétablissement des tours, préconisé
par MM. Paul Deschanel et Saint-Saëns,
entre autres, soulève les mêmes objections.
Institués en 1811, après l'interdiction delà
recherche de la paternité, les tours multi-
plièrent les avortements et les infanticides.
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CONTRE LA DÉPOPULATION 193
On les a nommés, non sans raison, des
<r boîtes à infanticide ». En outre, la propor-^
tion des non-valeurs sociales, infirmes, va-
gabonds, imbéciles, criminels, parmi les
enfants élevés par l'Assistance publique, est
considérable. Les tours furent définitivement
supprimés en 1862. On ne voit pas que leur
création ou leur suppression ait influencé le
mouvement de la population.
Malgré de graves inconvénients, la re-
cherche de la paternité serait préférable. On
sait qu'elle fut établie par un édit de Henri II,
de février i556, qui contraignait sous pei/ie
de mort — uniment — toute femme enceinte
non mariée à déclarer sa grossesse. D'abord,
le séducteur désigné devait se marier ; plus
tard, il ne fut obligé qu'à verser une certaine
somme à la mère et à subvenir à l'entretien
de l'enfant. Il y eut des abus, comme pour
tous les arrangements sociaux artificiels. La
Convention, par la loi du 2 novembre 1798,
restreignit donc la recherche de la paternité.
Bonaparte ayant déclaré brutalement : « La
société n'a pas intérêt à ce que les bâtards
13
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194 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
soient reconnus », le Code civil s'y conforma.
Sous la troisième République, M. Gustave
Rivet fit une active campagne en faveur de la
recherche de la paternité, sans succès d'ail-
leurs.
Cette réforme est pourtant accomplie au
Portugal depuis. 1867, en Espagne depuis
1889, en Italie, dans le canton de Zurich, etc.
En Allemagne, le nouveau Code civil admet
sans restriction la recherche de la paternité.
La natalité illégitime a diminué ; mais si, par
là, les infanticides sont moins fréquents, les
avortements paraissent s'être accrus.
En France, il est évident que la recherche
de la paternité abaisserait la mortalité infan-
tile. De 1891 à 1900, pour 1.000 naissances,
le nombre de décès a été de i54 pour les en-
fants légitimes et de 265 pour les enfants na-
turels. En Suisse, dans les cantons où la
recherche de la paternité est admise, la mor-
talité des enfants illégitimes est moindre que
dans les cantons où elle ne Test pas : 287
pour 1.000 au lieu de 270. Mais, on le voit,
en supposant même que la recherche n'incite
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CONTRE LA DEPOPULATION 195
pas à plus de « prévoyance » chez les pères
responsables désormais et ainsi affaiblisse
encore la natalité générale, le gain obtenu
sur la mortalité infantile restera faible. La
solution ne saurait être dans une baisse
quelconque de la mortalité. Tout ce que nous
ferons de ce côté ne comblera pas le déficit
des naissances, et ce sera au détriment de la
qualité. La mortalité infantile est en majeure
partie un procédé d'épuration sociale, plus
encore que de sélection vitale.
Quoi qu'en pense M. le professeur Bou-
chard, Thygiène ne supplée pas la morale.
Sur 800.000 naissances annuelles environ,
il y a 4o.ooomort-nés, et Ton constate iSo.ooo
décès durant les douze premiers mois. Sans
doute, on pourrait épargner quelques cen-
taines de ces existences, sans dommage pour
la vigueur de la race et la prospérité sociale;
mais on resterait encore loin de compte (i).
(1) Notre mortalité infantile est de 450 p. d.OOO au
lieu de 70 en Norvège (taux le plus bas de l'Europe).
Mais il convient de faire remarquer que cela est com-
pensé par un bien moindre déchet ensuite. Nous con-
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IM CROITRE OU DISPARAITRE
Pour maintenir la race et la nation françaises,
c'est Soo.ooo naissances annuelles en plus
qu'il nous faudrait.
M. Guyau avait observé que Timpôt sur les
successions était croissant suivant le nombre
d'enfants : « i* A cause des morcellements
de la propriété qui plus elle est morcelée,
plus elle perd de valeur ; 2** à cause des
frais de vente et de partage d'autant plus con-
sidérables qu'il y a plus d'enfants. » C'est la
conséquence de notre individualisme, et
toute réaction est salutaire. En proposant un
impôt décroissant sur les successions sui-
vant le nombre d'enfants, Guyau s'engageait
dans cette réaction.
M. le docteur J. Bertillon voudrait que le
fils unique n'eût que la moitié de l'héritage ;
deux enfants, chacun le tiers ; trois, chacun
servons mieux nos adultes et nos vieillards. L'excessive
mortalité du premier âge est imputable à une sorte
(i 'indifférence malthusienne et aux suites des pra-
tiques restrictives.
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CONTRE LA DÉPOPULATION 197
le quart. Au delà de trois, l'État ne prélève-
rait plus rien. M. Gustave Rouanet partage-
rait l'héritage en trois au moins, l'État se
substituant aux héritiers manquants.
Le projet Toutée, qui fît quelque bruit, con-
siste principalement dans l'intercalation de
cet article de loi : « Art. 744 bis. — Toutes
les successions donnent lieu à partage. A
chaque héritier sont attribuées, en outre de
sa part, autant de parts égales à la sienne
qu'il a d'enfants vivants ou représentés. Tout
enfant unique, appelé à succéder à ses ascen-
dants ou de leur chef, reçoit à ce titre la
moitié de leur héritage, l'autre moitié allant
à celui ou à ceux auxquels la succession re-
viendrait à son défaut. »
Toutes ces dispositions ingénieuses rap-
pellent les lois papiennes qui n'empêchèrent
point la décadence romaine, la « disette
d'hommes » et finalement l'invasion des Bar-
bares. Comme l'a dit Arsène Dumont : « De
jeunes époux se préoccupent médiocrement
de l'ouverture de leur succession et moins
encore des droits de mutation qu'auront à
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198 CROÎTRE OU DISPARAITRE
payer après leur mort les enfants auxquels
ils n'ont pas donné la vie. » S'ils s'en préoc-
cupent vraiment, ce sera aussi bien pour les
décourager de travailler à édifier une for-
lune qui reviendra à VÈVdl que pour les en-
courager à procréer des enfants pour leur
réserver cette fortune. Et ceci est moins sûr
que cela. Quant au système Toutée, il ne
vise que la classe riche qu'il n'importe pas
plus d'accroître que la classe la plus misé-
rable, celle que les Anglais nomment le
u résidu ». De plus, ce système accentue le
vice capital de notre régime successoral : la
division à Tinfini, la pulvérisation de la pro-
priété, l'éparpillement du patrimoine familial,
qui sont autant de facteurs de dépopulation.
C'est le producteur direct, c'est-à-dire le
j)rolétaire, paysan ou ouvrier, qui doit re-
peupler. Or toutes les interventions d'État,
on le voit, portent au-dessus ou au-dessous.
M. Constant Dulau a déposé, le 16 mai 1901,
un texte de loi pour l'organisation dans tous
les départements d'un service d'assistance
maternelle gratuite, tant h domicile que dans
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CONTRE LA DEPOPULATION 190
les asiles-ouvroirs, où les femmes enceintes
seront admises sans enquête et avec garantie
du secret. On vient de promulguer la loi
prescrivant que « la suspension du travail
par la femme, pendant huit semaines consé-
cutives, dans la période qui précède et suit
l'accouchement, ne peut être une cause de
rupture, par l'employeur, du contrat de louage
de services, et ce à peine dédommages-inté-
rêts au profit de la femme ». Pour la com-
pléter, un projet allouant des indemnités
aux ouvrières en couches vient d'être déposé.
M. Sébastien-Charles Leconte, poète et ma-
gistrat, désirerait plus : « que toute femme
en état de grossesse fût en quelque sorte
sacrée, ainsi que toute femme allaitant un
enfant, que tout travail lui fût épargné hors
de sa maison, et qu'elle n'en continuât pas
moins à toucher le salaire qu'elle loucherait
si elle continuait à travailler». Au quatrième
mois de la grossesse, la femme enceinte
pourrait bénéficier de ces dispositions jus-
qu'au quarante-cinquième jour après l'accou-
chement, et pendant dix mois encore si elle
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900 CSOitBE OU DISPARAÎTRE
allaite. Toute mère ne vivant pas de son tra-
vail aurait droite dans les mêmes conditions,
à une indemnité mensuelle, proportionnelle à
ses besoins et au nombre de ses enfants. Les
ressources seraient fournies par un impôt
sur les successions sans héritier direct.
«'Xous sommes le seul peuple civilisé qui
meure faute de naissances, dit M. Leconte...
Nous sommes le seul peuple civilisé qui
n'ait pas une loi d'assistance nationale aux
mères. L'Angleterre, T Allemagne, l'Autriche,
la Suisse, la Belgique en ont inscrit le prin-
cipe dans leur législation. L'Allemagne,
rAulriche, la Suisse ont établi le repos pour
la mère dans les semaines qui suivent et
précèdent raccouchement. Le repos avec
indemnité pécuniaire. Ces nations, qui n'ont
pas à craindre le manque de naissances, ont
trouvé de l'argent pour indemniser les accou-
chées de leur chômage forcé. Mais chez
nous, il n'y a rien de fait, et un embryon de
loi, proposé par M. Strauss, est en discus-
sion depuis une vingtaine d'années. Chez
nous pourtant, c'est une mesure de salut
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CONTRE LA DÉPOPULATION 201
public qui ne comporte pas de demi-termes. »
Pour M. le docteur Sicard de Plauzoles, qui
va plus loin encore, jusqu'au socialisme
d'Étal, la maternité est une fonction sociale.
« Un seul moyen peut arrêter le mal et sau-
ver la France d'une déchéance fatale et irré-
parable, dit-il : c'est l'organisation de la
maternité en service national. » Ainsi, obli-
gatoirement, toute femme enceinte ferait une
déclaration de grossesse, tout travail lui se-
rait interdit ainsi que l'allaitement artificiel,
et elle recevrait un secours proportionné à
ses besoins.
Qu'opposerai-je à cette généreuse ardeur,
sinon que l'assistance aux mères est insuf-
fisante pour restituer à la société française
ses raisons de vivre et rétablir les conditions
de l'ordre? Ici, c'est le travail des femmes
qui est le facteur de la dépopulation. C'est
lui qui rend les gestations douloureuses et
qui fait redouter l'enfant. C'est pourquoi la
« femme émancipée » ne veut plus être
« une jument poulinière », comme dit élégam-
ment le père du divorce, M. Alfred Naquet.
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au i:roItre ol* disparaître
Elle préfère de beaucoup être une hysté-
rit|ue. une bt^le de somme ou de plaisir.
L'assurer économiquement contre « l'acci-
dent »' de la malernilé, — accident redouté,
— ce n'esl peut-être pas un moyen de la
rendre au foyer, son royaume. Comme
les crèches, l'assistance aux mères faci-
litera le travail d'atelier aux femmes, et
donc aidera à la décomposition sociale.
La femme qui travaille ne peut être une
bonne mère, ni dans la conception, ni
dans l'éducation. 11 est sans doute heureux
qu'elle soit le plus souvent stérile ou qu'elle
avorte. Mais l'assistance aux mères peut
aussi enseigner que le travail des femmes
est incompatible avec leur véritable nature
et leur fonction sociale. En tout cas, elle
mitigera des souffrances et elle sauvera quel-
ques enfants qui périssent faute du lait ma-
ternel.
Par tous les moyens, M. Paul Margue-
ritte veut contraindre tous les ménages fran-
çais à donner quatre enfants à la Patrie.
« A ceux qui n'ont qu'un enfant, dit-il, un
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CONTRE LA DÉPOPULATION 20S
impôt égal aux trois quarts de leur fortune.
A ceux qui n'en ont que deux, un impôt égal
à la moitié. Aux célibataires, un impôt radi-
cal : leur bourse ou la vie qu'ils donneront
à d'autres. A ceux qui auront plus de quatre
enfants, des dégrèvements, des avantages
de toutes sortes, les justes compensations
d'une vie lourde... L'État n'a qu'à dire :
« Vous en aurez, que cela vous plaise ou
« non. Si c'est nécessaire, je supprimerai la
« dot, cette honte de notre époque. Si c'est
« utile, je vouerai à l'opprobre les ménages
« stériles et les célibataires. »
Malheureusement, dans le chaos où nous
nous agitons, les a lois de fer » sont bien
moins efficaces pour revivifier les mœurs so-
ciales que telle propagande, — par exemple
pour l'élargissement du divorce, à laquelle
participe avec non moins d'entrain M. Paul
Margueritte, — pour ruiner ce qui subsiste
encore de ces mœurs. Rappeler l'argent à
Tordre en lui marquant congrûment sa
destination sociale, rien de mieux, certes.
Mais prenons garde. Omnipotent, Targent
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204 CROiTRE OU DISPARAÎTRE
est insolent, pourrissant, tyrannique, comme
Test un valet devenu maître. Il doit obéir,
non commander. Néanmoins, c'est un élé-
ment social. Qu'on le remette à sa place su-
balterne, en faisant surgir les puissances
sociales supérieures qui le contrôleront, le
contiendront et le dirigeront. Mais si Ton
renverse la seule hiérarchie maintenue, la
dernière barrière de la civilisation, que res-
tera-t-il ? Il n'y aura plus pour conduire la
foule sauvage que la ruse des pires gredins
ou la force physique des brutes. Le parle-
mentarisme sera parfait. On regrettera alors
Todieuse ploutocratie.
Quand on a soutiré du corps social tout le
sang qui l'animait, c'est en vain qu'on cher-
cherait à le galvaniser mécaniquement. D'ail-
leurs, si le peuple français exténué en arri-
vait à subir le traitement qu'imagine M. Paul
M arguer itte, il serait naïf d'espérer qu'on en
profiterait pour stimuler sa fécondité, non
pour intensifier l'exploitation et la tyrannie
parlementaires. M. J. Péladan le dit bien :
a II y a évidemment quelque chose de
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CONTRE LA DÉPOPULATION 206
détraqué dans rentendement occidental, et
les plus honnêtes citoyens parlent le langage
des clubs de 98. Cette conception d'un État
qui menace de ruiner par des impôts qui-
conque ne fournit pas le nombre légal d'en-
fants, cette taxation en nature semble un
écho de la Convention : c'est surtout l'aveu
d'une impuissance exaspérée. »
MM. Jacques Lourbet et Marins- Ary Le-
blond sont des fantaisistes moins dangereux.
Ils se bornent à accorder le vote aux femmes
ayant trois enfants. En outre, dans le Mer-
cure de France, MM. Marius-Ary Leblond,
après Arsène Houssaye et M. Lucien Le
Foyer, préconisent le mariage à terme, dont
le moyen âge, paraît-il, a essayé. Pourquoi
n'imposerait-on pas la polygamie simultanée?
Elle ne serait pas plus contraire à la société
occidentale et elle serait certainement plus
efficace.
En France, la nuptialité est normale. Ce
n'est donc pas un facteur de dépopulation.
On s'en est occupé pourtant. La loi du 20 juin
1896 avait simplifie déjà les formalités du
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906 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
mariage. La loi Lemire du 21 juin 1907 a
fait mieux encore, et, dès la première année
d'application, les mariages se sont accrus
de 9 p. 100. Mais la natalité a continué de
fléchir. Selon Plutarque, les Romains se ma-
riaient pour être héritiers, et non pour avoir
des héritiers.
Sous l'ancien régime, les femmes pou-
vaient se mariera partir de 12 ans, et les
hommes de 14. La loi du 20 décembre 1792
avança cette limite d'un an pour les deux
sexes. Enfin, le Code civil de 1804 la porta
à i5 et 18 ans. Faut-il autoriser les unions
plus précoces? Voici qui répond : en Bre-
tagne, les mariages sont tardifs et la natalité
est élevée ; au contraire, elle est faible en
Gascogne où les mariages sont précoces.
Il n'y a qu'à supprimer le divorce. Mais
cela heurte les pires préjugés. Et l'on me
répondra sans doute que le divorce est passé
dans nos habitudes, désormais, qu'on aspire
plutôt à l'élargir, que l'électeur radical-socia-
liste et la femme émancipée répugnent à
toute indissolubilité, même à celle du bon sens
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CONTRE LA DÉPOPULATION 207
et de rhonnêteté... Soit. Mais, alors, à quoi
bon s'acharner à remettre des tuiles au toit
si, d'autre part, Ton sape les fondements? à
quoi bon se débattre? ^uand un peuple ne
veut ou ne peut plus supporter aucune des
conditions de Tordre, de la santé, de la vie,
c'est qu'il accepte de mourir.
Tout problème social ne comporte qu'une
solution morale. Mais il faut l'entendre dans
le sens organique, religieux. Le moralisme
prédicateur est autre chose.
Ainsi la propagande antialcoolique, l'action
contre le vice et la pornographie ne vont pas
aux racines sociales de la dépopulation, et
même de la démoralisation. En Amérique,
c'est dans les Etats antialcoolistes et vertuis-
tes, comme le Maine, le Massachusetts, le
Connecticut, que l'on constate les plus grands
progrès du malthusisme et, en conséquence,
la plus faible natalité (i).
(1 ) M Henri Mazel me signale qu'on vient de découvrir
dans le Massachusetts que 40.000 naissances n'avaient
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908 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
Mais le moralisme n'a pas seulement Tin-
convénient de gaspiller inutilement des éner-
gies sociales, il est volontiers persécuteur.
Or Ton n'impose ainsi que les apparences de
la vertu, — et ce n'est qu'un vice de plus :
rhypocrisie. Si le Germain et TAnglo-Saxon
s'en accommodent, l'âme française y perd
toute grâce.
Arrêtez les « mort-aux-gosses » qui exer-
cent ouvertement leur abominable industrie,
appliquez avec plus de vigilance et de fermeté
les pénalités prévues, notamment par l'article
817. — On le veut. Pour rendre la répression
plus certaine, M. Barthou vient de déposer
un projet de loi ayant pour objet de correc-
tionnaliser les délits d'avortement. Mais
n'est-ce pas déjà trop exiger d'une police et
d'une magistrature qui ne peuvent plus arrêter
tel criminel ni le condamner si un intérêt de
pas été déclarées. Cette erreur ne modifie pas sensi-
blement le taux de la natalité qui, dans cet État dé-
mocratique modèle, baisse constamment. En général,
aux État-Unis, les statistiques sont dressées avec soin
et leur service admirablement organisé. D'ailleurs, le
même phénomène inquiétant se produit en Australie.
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CONTRE LA DÉPOPULATION 209
parti s'y oppose? Aujourd'hui, une faiseuse
d'anges est intangible si sa fille est l'amu-
seuse d'un député du bloc. En 1908, sur
66 accusés pour crime d'avortement, 53 ont
été acquittés.
En tout cas, laissons exprimer toutes les
idées. Il faut que la démence occidentale se
découvre. Et puis, la prison n'est pas une
puissance morale. Si l'on permet à l'État
parlementaire de censurer les opinions, on
peut être persuadé que ce n'est pas pour
Tordre qu'il exercera cette nouvelle tyrannie.
Tenons-nous donc aux réalités. Ce n'est pas
lexposé du néo-malthusisme qui est inquié-
tant, c'est que la foule Tacclame. Persécuter
le néo-malthusisme, c'est lui donner la con-
sécration des grandes doctrines. Si l'on par-
venait, au moyen d'une énergique répression,
à arrêter cette malencontreuse propagande,
la natalité n'en décroîtrait pas moins. C'est
l'opinion publique qu'il faut ranimer et orga-
niser; mais les prédications édifiantes n'y suf-
fisent point, non plus le policier et le geôlier.
Il nous faut surtout de la liberté vivifiante.
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210 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
11 s'agit de la dépopulation française. On
entend bien qu'appeler rimmigration, faciliter
la naturalisation, c'est proprement se jeter
à l'eau pour n'être pas mouillé.
L'homme en soi de Rousseau est une abs-
traction vide de sens. Ce qui fait l'homme,
c'est la société. Qu'il soitbrachy ou dolicho-
céphale, grand blond ou petit brun, noir,
rouge, jaune ou blanc, le sauvage n'estguère
plus qu'un primate. S'il a une âme, elle
n'est qu'en puissance. La socialité seule
fait et mesure Thumanité. L'individu des
« droits de l'homme » n'existe pas.
Toute recherche des origiues ou des cau-
ses est oiseuse, — et donc celles des causes
ethnologiques ou autres de l'évolution so-
ciale. Laissons ces exercices aux pédants.
Ce que nous avons à retenir, c'est qu'il y a
des races sociales, et qu'elles sont mieux
définissables, plus réelles que les races
anthropologiques .
Un peuple est le produit d'un mélange
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CONTRE LA DÉPOPULATION 211
heureux, une civilisation est le résultat d'une
coopération efficace parce que bien ordon-
née. Mélange et coopération nécessaires.
« Ce n'est pas chaque race qui peut faire
toutes les inventions », a dit Winiarski. S'il
est vrai, comme le prétendent, après Gobi-
neau, Ammon et Vacher de Lapouge, qu'ac-
tuellement la sélection s'effectue à rebours,
qu'il y ait absorption, élimination des supé-
rieurs par les inférieurs, il nous faut l'attri-
buer à des facteurs sociaux morbides.
Puisqu'il y a une civilisation française, il y
a une race sociale française. Cette race est
peut être même celle qui a atteint le plus
haut degré d'humanité et qui, par là, est la
plus menacée. Contre toute la barbarie qui
la vise à l'intérieur comme à l'extérieur, elle
a besoin de grandes forces pour se mainte-
nir. Tarde disait de la sociologie qu'elle
est « une psychologie collective ».
C'est s'en tenir à l'apparence, au costume,
au geste, au langage que de penser « qu'il y
a moins de dissemblance morale entre un
Belge et un habitant de Lille qu'entre ce
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su CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
dernier et ud Marseillais » — plus nettement,
entre nn Hessois et un Messin qu'entre celui-
ci et un Gascon. Allons plus au fond. Sup-
posons une catastrophe, naturelle ou politi-
que, en France, ou encore un triomphe na-
tional, une victoire militaire, la chute du parle-
mentarisme, une découverte, une œuvre d'art
sublime, un progrès de la pensée quelcon-
que, etc.. Certes, le Belge ou le Hessois, si
leurs intérêts nationaux n'en sont pas tou-
chés éprouveront un peu de la douleur ou de
la joie du Flamand français, du Provençal,
du Gascon, du Lorrain: mais non point si
intimement, avec autant d'intensité, si pro-
fondément. L'âme française seule en sera
appauvrie ou enrichie. D'avoir eu la même
histoire, d'avoir combattu, souffert, œuvré,
espéré ensemble, il reste quelque chose que
rien n'efface, — ni le climat, ni le mode ac-
tuel d'existence, ni même le sang, — une
manière de comprendre, de sentir, de réagir,
une sorte de rythme psychologique. C'est
pourquoi l'immigré, — fût-il le plus près de
nous, acceptant définitivement notre langage
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CONTRE LA DEPOPULATION 213
et nos mœurs, — ne saurait réagir comme
nous dans les circonstances critiques. Il rai-
sonne cequidoit être, et la vie est un parti pris.
Il trouble nos instincts vitaux, nos émotions
défensives par une logique tout extérieure,
verbale. Nos coutumes, notre idéal, notre
ordre, il ne les accepte que par commodité
personnelle et en les critiquant. Ainsi, il
nous empêche d'ajouter à notre capital de
traditions. Au dehors, le Français ne fait pas
mieux. Il « blague » niaisement ce qu'il ne
peut entendre. S'il n'est pas fortifié par un
sentiment ou une idée qui le rattachent à la
patrie lointaine, il se décérèbre et se démo-
ralise vite. En général, les premiers mots
qu'un étranger apprend sont d'argot. La seule
langue internationale possible, aujourd'hui,
c'est l'argot. Aux colonies, s'il n'a pas un
caractère particulièrement vigoureux, l'Eu-
ropéen retourne bientôt au pire abrutisse-
ment primitif. C'est ce que les coloniaux ap-
pellent « se bougnouliser ». Et celui qui se
bougnoulise ne prend pas la naïveté fétichi-
que des sauvages, qui comporte déjà une
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214 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
règle appropriée à leur mentalité ; mais seule-
ment leur bestialité et leurs vices. L'éduca-
tion, même celle d'un nègre du centre afri-
cain, est une œuvre du temps. On peut Tan-
nihiler rapidemment, on ne la recrée point à
son gré.
Il a fallu des siècles pour faire Tàme d'un
peuple : ce n'est que lentement qu'elle se
parfait, qu'elle s'élève. Nous sommes de plus
en plus gouvernés par nos morts, non seule-
ment intellectuellement, mais moralement.
Loin de se confondre, les races sociales se
différencient de plus en plus. C'est d'ailleurs
ce qui achèvera d'établir la solidarité hu-
maine. L'égalité chimérique, — en réalité
la confusion, — c'est la divergence, le chaos
antagonique. La hiérarchie, la différenciation,
c'est la spécialisation, la convergence indis-
pensable. Ainsi se concilient l'indépendance
et le concours. L'unité n'est pas à chercher
dans le moyen, l'effort, comme le croient les
socialistes avec tous les jacobins, mais dans
le résultat, dans le but.
« Les divers éléments de la civilisation
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CONTRE LA DÉPOPULATION 216
d'un peuple n'étant que les signes extérieurs
de sa constitution mentale, dit M. Gustave Le
Bon, l'expression de certains modes de sen-
tir et de penser spéciaux à ce peuple, ne sau-
rait se transmettre sans changement à des
peuples de constitution mentale différente.
Ce qui peut se transmettre, ce sont seule-
ment des formes extérieures, superficielles
et sans importance. Les différences profondes
qui existent entre la constitution mentale
des divers peuples ont pour conséquence
de leur faire percevoir le monde extérieur de
façons très dissemblables. lien résulte qu'ils
sentent, raisonnent et agissent de façons
fort différentes et se trouvent par conséquent
en dissentiments sur toutes les questions
dès qu^ils sont en contact... Une aggloméra-
tion d'hommes d'origines différentes n'ar-
rive à former une race, c'est-à-dire à possé-
der une âme collective, que lorsque, par des
croisements répétés pendant des siècles et
une existence semblable dans des milieux
identiques, elle a acquis des sentiments
communs, des croyances communes... Les
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2I« CROhtIB OU DISPARAÎTRE
milieux nouveaux, moraux ou physiques,
n'agissent profondément que sur les races
nouvelles dont les croisements ont dissocié les
caractères ancestraux... Une race ancienne
péril plutôt que de subir les transforma-
tions que nécessite Fadaptation à des milieux
nouveaux... L'acquisition d'une âme collec-
tive solidement constituée marque pour un
peuple Tapogée de sa grandeur. La dissocia-
tion de cette âme marque toujours l'heure
de sa décadence. L'intervention d'éléments
étrangers constitue un des plus sûrs moyens
d'arriver à cette dissociation... Les peuples
mettent de longs siècles pour acquérir une
certaine constitution mentale, et ils la
perdent parfois en un temps très court. »
Nous voyons les Lorrains et les Alsaciens
annexés résister depuis quarante ans à la
germanisation. Ce n'est pas pour leur plaisir,
j'imagine. Rien ne les y encourage. Si les
races sociales se pouvaient confondre in-
différemment, cet héroïsme, si bien exprimé
par la touchante figure de Colette Baudoche,
serait sans raison, — c'est-a-dire insensé.
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CONTRE LA DÉPOPULATION 317
Voilà la porte ouverte aux utopies les plus
folles : Tesprit social n'a plus de principe ni
de fin, le sentiment patriotique ne se justifie
plus. Faire abstraction du déterminisme his-
torique, de la filiation, c'est nier la socio-
logie, la grande conquête positive, et non
plus seulement pour revenir à Tempirisme,
puisque l'instinct aussi est détruit, mais pour
instaurer l'incohérence de l'arbitraire, du
caprice, du miracle constant. Quand l'insur-
rection des vivants contre les morts aura
triomphé, quand le subjectif ne sera plus
contenu, ce sera le détraquement général, la
folie déchaînée qui subvertira tout. L'anar-
chie présente nous y pousse, la discipline
sociologique seule nous peut retenir.
« L'étymologie du mot patrie^ dit Auguste
Comte, et l'usage universel qui confond la
famille avec la maison, suffiraient pour indi-
quer l'intime connexité entre la possession
du sol et l'ensemble de l'existence domes-
tique. Tous les liens de la simple solidarité
y reçoivent spontanément une nouvelle éner-
gie. Quant à ceux qui concernent la pleine
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218 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
continuité, on neconcevraitpas qu'ils puissent
se développer et se fortifier assez si nos sou-
venirs ne reposaient point sur ce soutien ex-
térieur. Outre cette double influence envers
le cœur, une telle connexité procure au ca-
ractère humain un surcroît habituel de per-
sévérance et de circonspection, quoiqu'elle
semble y diminuer le courage entrepre-
nant, elle augmente certainement la résigna-
tion passive, et même la vraie noblesse, en
nous faisant mieux sentir à la fois l'indé-
pendance et le concours. Elle nous dispose
davantage à regarder une digne soumission
à la nécessité réelle comme notre meilleure
garantie contre les volontés arbitraires. »
L'avenir d'un peuple ne peut être que le
prolongement de son passé. S'il le méconnaît,
ce n'est pas pour avancer mieux, mais pour
se détourner de son destin et pour déchoir.
« Sans la tradition, dit Gabriel Séailles, le
mouvement n'est plus le progrès, il détruit
ce qui est au lieu de l'achever par ce qui
doit être. » Et il convient d'ajouter : avec
Paul Bourget : « La tradition est le génie du
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CONTRE LA DEPOPULATION 219
prolongement qui fait poser tout ce qui est
sur tout ce qui fut » ; avec Alfred Fouillée :
« L'idéal est le prolongement anticipé des
directions qu'une société prend en vertu de
son évolution même. »
Si, économiquement, dans une nation ci-
vilisée, rimmigré est souvent un parasite,
socialement, il est presque toujours un élé-
ment discord, sinon dissolvant. Il ne coopère
pas efficacement à Tordre ni au progrès,
parce que ses morts ne s'entendent point
avec les nôtres.
On ne le répétera jamais assez : la ques-
tion, si grave, de la dépopulation n'est pas
seulement arithmétique. La dépopulation
quantitative n'est si déplorable que parce
qu'elle détermine la dépopulation qualitative,
parce qu'elle est un symptôme pathologique.
Voilà la question.
Notre sol est assez riche pour être assuré
d'être toujours habité. Ce que nous devons
vouloir, c'est conserver la civilisation fran-
çaise et, s'il se peut, la perfectionner. Or
cette civilisation est faite d'une âme, —
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290 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
qui a ses qualités et les défauts de ses qua-
lités. Cette âme n'a jamais été parfaite, il y
aurait quelque avantage pour elle, nous a
aflirmé M. Paul Guériot, « à prendre' un peu
de la ténacité anglaise, du sérieux belge, de
la placidité suisse ». L'éclectisme est aussi
peu recevable en sociologie qu'en philoso-
phe. Rien n'est pariait en ce monde. La
nature crée des caractères, la société les
accentue. On ne progresse qu'en développant
son ordre, dans son propre sens, non en
nivelant, en confondant, en décomposant.
Les défauts sont toujours plus faciles à imiter
que les qualités, parce que les qualités sont
toujours des différenciations. Par le bas,
tous les hommes se ressemblent, et cela ne
les distingue guère des bêtes. Les hooligans
de Londres, par exemple, sont les frères des
apaches de Paris; mais quelle différence
entre le trade-unioniste et le syndicaliste de
la C. G. T. ! Si, dans leurs Congrès interna-
tionaux, ils s'influencent les uns les autres,
ce n'est point pour s'améliorer mutuellement.
Ainsi, les syndicalistes français n'ont pris
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CONTRE LA DÉPOPULATION 221
aux trade-unionistes que cette pratique
absurde, monstrueuse du ca canny^ du sabo-
tage... Nous avons pris aussi autre chose
aux Anglais : la maladie sociale du parlemen-
tarisme, et elle nous tuera avant eux.
Pour les mélanges de sang, il en va de
même, surtout pour les types très caractéri-
sés. Dans les produits des croisements, ce
sont toujours les qualités qui sont atténuées,
puisqu'elles sont spéciales, et les défauts qui
sont accentués, puisqu'ils sont communs.
Les éleveurs le savent bien. Ils tâchent à
éviter l'abâtardissement en préservant la
pureté de la race. D'ailleurs, on l'a déjà
fait observer, il est reconnu que les croi-
sements diminuent la fécondité, etparfois vont
jusqu'à la stérilité complète. C'est certaine-
ment, sinon le principal facteur, comme Tas-
sure Vacher de Lapouge, du moins le plus
notable facteur biologique de la dépopula-
tion.
Les descendants des métis reviennent à
l'un des types du croisement ancestral. Les
immigrants, même quand ils se marient avec
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282 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
des Français, font donc souche d'étrangers,
qui sont d'autant plus réfractai res à notre
organisation qu'ils dépendent d'une civilisa-
tion plus ancienne.
M. Paul Guériot nous a dit « qu'à des
époques relativement récentes, où l'âme et la
mentalité françaises étaient déjà constituées,
la France a accumulé et fixé sur son sol un
grand nombre d'étrangers », et il nous a
cité quelques noms glorieux. A des faits par-
ticuliers, d'autres faits s'opposent. Il y a
la gueuserie anonyme. Il y a tout le sourd
travail de démoralisation, de désocialisation,
qu'on ne peut bien préciser, mais dont les ter-
ribles effets se font sentir. Si nos dissensions
politiques sont si graves aujourd'hui, c'est
qu'il ne s'y mêle point que le bon sens fran-
çais. Dans nos statistiques criminelles, la
proportion des étrangers et des métèques
est considérable, et ce sont eux pourtant qui
échappent le plus aisément à la police. Il
est avéré que, dans tous nos troubles, ils
jouent un rôle prépondérant. Sans remonter
jusqu'à la Révolution, rappelons-nous la
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CONTRE LA DEPOPULATION
Commune. S'il n'y avait eu que de braves
ouvriers parisiens d'un côté et, de l'autre,
nos troupiers, malgré les bacheliers déclassés
et les politiciens desséchés, il y aurait eu
moins de sang versé. Je ne propose point
d'interdire l'immigration, et pour cette rai-
son suffisante d'abord qu'on ne le peut pas;
mais je demande qu'on ne la favorise pas,
qu'on ne se laisse point submerger. Les
États-Unis, que la dépopulation ne menace
pas encore pourtant, ont pris quelques
mesures en ce sens. Car l'infiltration étran-
gère est la conséquence morbide la plus in-
quiétante de la dépopulation; elle n'en saurait
être le remède. En matières sociales, il faut
toujours se défier du « résultat rapide ».
Encouragement à l'immigration, primes à
la repopulation, ce sont les mêmes expédients
de Gribouille. Au fur et à mesure que la dépo-
pulation s'aggrave, il nous faut, au contraire,
susciter des obstacles à l'immigration comme
à la reproduction des tarés et des viciés.
C'est le seul expédient positif qui puisse com-
battre immédiatement, avec quelque succès,
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134 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
les funestes conséquences de la dépopulation
française.
Notre anarchie parlementaire attire surtout
les aventuriers, le rebut social des autres
nations. Dans l'ordre, ayant une population
d'une densité suffisante pour assurer la force
et la prospérité nationales, empêcher la dégé-
nération de la race, l'immigration n'a plus
d'inconvénients et peut même avoir l'avan-
tage, comme l'a montré M. Paul Guériot (i),
de nous fournir quelques personnalités émi-
nentes qui ne trouvent point dans leurs pays
un champ à la mesure de leur dévoûment
ou de leur génie ; d'un autre côté, l'immigrant
inadaptable est expulsé naturellement. La
force seule permet la liberté. L'ordre favo-
rise l'élite, le désordre fait monter la lie. Et
il faut se garder. Nous avons déjà assez de
nous défendre contre les barbares de nos
bas-fonds, — que la dépopulation fait se
multiplier, — sans appeler ceux de l'exté-
rieur.
(1) La Coopéralion des Idées, n° du 4*' mars 1910,
< L'immigration et la dépopulation ».
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CONTRE LA DÉPOPULATION 226
M. Alfred Fouillée propose d'accorder deux
voix à l'électeur père de famille. Parla, il va
sans dire, rien ne serait changé au gâchis
parlementaire; mais nos maîtres s'intéres-
seraient peut-être à l'électeur comme père
de famille et, par contre-coup, aux enfants.
C'est parce que les vieillards sont électeurs —
et à bon marché — que la loi d'assistance a
été votée. Si les enfants étaient des parties
d'électeurs et que ie député fût une sorte de
tuteur civique, il y aurait quelque chance
pour que, dans chaque circonscription, cet élu
s'occupât d'eux, soit pour qu'ils naissent, soit
pour qu'ils ne meurent point. Ce qui n'as-
sure pas, d'ailleurs, que cette sollicitude
serait intelligente.
Cependant, plusieurs parlementaires ont
déposé un article additionnel à la loi de.
finance prescrivant que, <« à partir du i^^ jui-
let 1910, l'État contribuera au paiement de
toute allocation annuelle d'au moins 60 francs
et de 180 francs au plus, constituée par les
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236 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
départements et les communes en faveur des
familles nécessiteuses, de nationalité fran-
çaise, comptant au moins quatre enfants légi-
times reconnus de moms d^ treize ans ». El
M. Steeg, dans un projet de loi qu'il vient de
déposer, détermine les droits à l'assistance :
« i"* Par Texistence de quatre enfants au-
dessous de treize ans; 2° Tindigence spé-
ciale résultant des charges de famille. »
A défaut de mobiles plus élevés, il vaut
mieux que les parents eux-mêmes soient
intéressés à avoir des enfants et à les
bien élever. La pension alimentaire que
les enfants sont tenus de servir à leurs vieux
parents est insuffisante. M. Albert Lafargue
désire donc qu'à partir de 82 ans un fils verse
à son père, — quelle que soit la fortune de
l'un et de l'autre, — le dixième de son revenu
de toute provenance, capital et travail. l'État
percevra et répartira. Le « sou filial », ima-
giné par M. Henri Mazel, serait dû par tout
enfant à son père et à sa mère âgés de 60 ans.
Cela ferait 18 francs par an, 36 francs pour
les deux. La pension serait en proportion du
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CONTRE LA DÉPOPULATION 227
nombre d'enfants. Les jeunes ménages char-
gés d'enfants seraient exonérés de droit d'un
quart par enfant. Avec quatre enfants, ils
ne payeraient plus rien. Ainsi que pour les
enfants décédés à Tâge adulte, TÉtat-provi-
dence y suppléerait.
Cela décèle les ruines. L'assistance aux
vieillards, voire les retraites ouvrières, sont
nécessitées par la dissolution de la famille,
et elles l'aggravent. L'obligation filiale, sous
quelque forme que ce soit, ne reconstitue pas
la famille. Les institutions, les libertés so-
ciales vivantes s'ordonnent spontanément.
La famille organisée, par exemple, est la
sauvegarde de l'enfant comme du vieillard.
Elle est féconde comme elle est heureuse,
parce qu'elle est une liberté, c'est-à-dire une
puissance sociale.
C'est pourquoi, en définitive, comme le dit
M. Jules Roche, «. la seule œuvre législative
utile possible, c'est l'élargissement de la
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338 CROITRE OU DISPARAÎTRE
liberté de tester » ; mais dans la mesure où
Ton réagit ainsi contre l'individualisme ré-
volutionnaire, où l'on contribue à reconsti-
tuer quelques-unes des forces sociales essen-
tielles, et d'abord la famille.
M. Ch. Lyon-Caen, qui est professeur à
la Faculté de droit, et donc quelque peu or-
fèvre, écrit : t Personne ne saurait sérieu-
sement songer à abandonner la règle de
Tégalité entre les enfants et descendants ap-
pelés à la succession de leurs parents. Il y a
là une des conquêtes les plus précieuses de
la Révolution. Son abandon irait contre le
sentiment unanime du pays. Il semblerait
fait pour favoriser des idées aristocratiques
qui, à son grand honneur, lui répugnent. »
M. Gh. Lyon-Caen se leurre... Il y a des
Français qui songent à reconstruire. Ceux-
là mêmes qui admettent que la Révolution
fut une crise nécessaire font effort pour ré-
tablir Tétat normal. Les « conquêtes de la
Révolution », les progrès de la maladie, on
veut les enrayer d'abord, et puis guérir. Que
ces Français, catholiques et positivistes, se
X
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CONTRE LA DEPOPULATION 229
reconnaissent, et ils réaliseront leur propos
d'une France régénérée.
Voici, par exemple, M. PaulLeroy-Baulieu.
Il est loin d'être positiviste. C'est un écono-
miste. Néanmoins, il s'effraye de Tanarchie.
Malgré M. Ch. Lyon-Caen,il ose écrire: « Il
faut toucher à TArche sainte, c'est-à-dire au
Gode civil. Dans quelle proportion nos lois
de succession ont-elles contribué à la stéri-
lité de la nation française? Il est difficile de
le dire ; mais elles y ont certainement con-
tribué ; or, cette stérilité apparaît comme une
cause de déchéance du peuple français. Après
plus d'un siècle d'expérience, il faut donc
modifier le Code civil sur ce point ; la quotité
disponible pour le père de famille doit être
considérablement accrue ; il faut la porter à
moitié, quand cette quotité disponible serait
donnée à un enfant. En un mot, cette quotité
disponible resterait la même qu'aujourd'hui,
lorsqu'on voudrait en user envers un autre
qu'un enfant; mais elle serait notablement
accrue quand on l'octroierait à l'un des
enfants. On écarterait ainsi beaucoup des
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SSO CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
critiques qui s'adressent à la complète liberté
de tester et qui visent surtout la capta tion
de la part d'étrangers. »
Rien de plus absurde, en effet, que notre
système de partage forcé et égal. Mais quelle
formidable machine à faire de la poussière,
à disperser les forces ! Nul n'est tenu de res-
ter dans l'indivision. Quelque minime que soit
la part qui lui revienne, chaque héritier peut
exiger sa parcelle, et en nature. Non seule-
ment les lots doivent être de valeur égale, mais
chacun d'eux doit comprendre des biens de
natui^e semblable. C'est le patrimoine haché,
pulvérisé, et là-dessus la basoche s'en donne.
Le groupe familial se désagrégeant au décès
du père, tout recommencée chaque généra-
tion, et rien ne s'achève. Aussi le paysan
ne tient plus à une terre qui ne lui tient plus
et que guette la bande noire. On a fait très
justement remarquer, d'ailleurs, qu'ainsi l'on
ne réalise nullement l'égalité. En fait, le cadet,
quand il y en a encore, est privilégié,
puisqu'il a moins apporté au patrimoine
commun el iju'il a plus d'années devant
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COÎSTRE LA DEPOPULATION 231
lui pour travailler à son profit personnel.
Il reste pourtant Tombre d'une liberté. La
quotité disponible est fixée à la moitié de la
succession quand le père a un enfant, à un
tiers quand il en a deux, à un quart quand
il en a trois et au delà. Il ne peut donner par
préciput que le quart à Tun de ses enfants.
Ainsi, plus il a d'enfants, moins il peut pro-
fiter de cette ombre. Telles sont les consé-
quences des libertés rognées ou falsifiées.
« Comment! s'écrie M. Thaller, la perspective
d'un nouvel enfant vient apprendre en même
temps au futur père de famille, au propriétaire,
qu'un enfant de plus, ce sera pour lui le droit
de disposer d'une fraction du patrimoine en
moins! Mais c'est absolument le contraire
qui devrait être. La quotité disponible devrait
pouvoir toujours être du tiers ; pour ma part,
j'irais même jusqu'à demander la moi-
tié. »
A l'étranger, on n'éprouve pas cette hor-
reur de l'indivision. En Angleterre et aux
États-Unis, la liberté de tester reste entière.
E]n Autriche, en Norvège, en Italie, en
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232 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
Allemagne, le père peut disposer de la moitié.
En Espagne, il est fait trois parts : la pre-
mière est partagée également, la deuxième
est libre, la troisième peut être partagée au
gré du testateur entre ses enfants.
En France, le nivellement révolutionnaire
avait en vue surtout d'effacer la distinction
de « l'aîné » : il n'a réussi qu'à faire de cet
aîné un enfant unique. Et cela même était
de la défense sociale. Ainsi, la famille, même
réduite, se maintenait avec son patrimoine.
Mais, à la longue, sa résistance s'est fatiguée,
et nous en sommes peut-être au point où le
régime successoral devient indifférent. N'est-
ce point symptomatique que les parents
usent de moins en moins de la liberté qui
lour est laissée encore de disposer d'une fai-
ble partie de leurs biens?
C'est alors que tout le mal est fait qu'on
s'emploie à atténuer le virus. Ce sont les lois
du 3o avril 1894 et du 12 avril 1906 sur les ha-
bitations à bon marché; du 10 avril 1908 sur
la propriété rurale; enfin, la nouvelle loi
sur le bien de famille, du i3 juillet 1909,
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CONTRE LA DEPOPULATION
inspirée du homestead^ qui soustrait à toute
saisie, hypothèque, et à Tobligation de la di-
vision, tout « bien de famille » ne dépas-
sant pas la valeur de 8.000 franc».
La loi sur le « bien de famille » retiendra
quelques agriculteurs à la campagne. Elle
n'agira qu'indirectement sur la dépopulation,
et faiblement. « Telle qu'elle est actuelle-
ment constituée, dit le docteur Jacques Ber-
tillon, la propriété a pour effet, en France,
d'amoindrir la natalité et non de la dévelop-
per. Cela vient sans doute de ce que l'exis-
tence d'une propriété quelconque développe
l'envie folle d'accroître ce petit bien, et sur-
tout le désir de ne pas le partager. La loi
nouvelle ne fait rien pour modérer cette pas-
sion. Elle rend la petite propriété insaisissa-
ble, mais ne l'empêche pas d'être transmise
aux héritiers; elle retarde le moment du par-
tage, mais ne l'interdit pas. Elle ne chan-
gera donc rien à la mentalité avaricieuse,
timide et mesquine du petit propriétaire
français. Pour rendre au petit propriétaire
français confiance dans l'avenir, il faut donc
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234 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
une réforme beaucoup plus complète que
celle du homeslead. Il faut, par exemple, lui
accorder le Bauerhofrechl allemand, qui
fait qu'un bien rural inscrit comme Bauerhof
(la ferme et ses dépendances) est indivisible.
Des dispositions légales analogues se retrou-
vent en Autriche, en Espagne, etc. La li-
berté absolue de tester telle qu'elle existe
en Angleterre et en Amérique, ou mieux
encore le système plus modéré de la
mejora espagnole, aurait des effets analo-
gues. »
M. Poubelle préconisait un système ayant
quelque analogie avec la mejora espagnole.
Mais la liberté de tester n'est pas une pa-
nacée. C'est un moyen de Tordre qui n'est
efficace que s'il est animé par une volonté
générale de l'ordre. En Hollande et en Bel-
gique, où notre détestable système successo-
ral est en vigueur, il y a une grande fécon-
dité. Au contraire, avec la pleine liberté tes-
tamentaire, les États-Unis accusent une fai-
ble natalité et l'Angleterre une natalité
moyenne. La liberté testamentaire ne vaut
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CONTRE LA DÉPOPULATION 236
que pour maintenir la famille, la resserrer et
la perpétuer; mais si la famille est déjà dis-
soute, cette liberté perd toute vertu sociale.
C'est la famille forte qui est féconde, et, par
là, tout ce qui la peut fortifier élève la nata-
lité.
11 en est ainsi avec la dot agraire, si cu-
rieusement organisée depuis plus de deux
siècles à Fort-Mardick. Dans cette commune,
chaque habitant qui se marie reçoit en usu-
fruit 24 ares de terrain, il n'en faut pas plus
pour retenir les gens au pays et les engager
à se marier tôt et entre eux. La natalité de
Fort-Mardick est Tune des plus élevées qu'il
y ait en Europe, 4^ p. i.ooo, alors que, pour
l'ensemble de la France, elle n'atteint pas
toujours 20.
Au Canada, où les familles de souche fran-
çaise sont plus prolifiques encore qu^à Fort-
Mardick, la liberté de tester est restée en-
tière. Aussi le domaine familial est-il rare-
ment divisé; il continue ce qui doit durer, le
[oyer. Pour lui succéder, le père ne désigne
pas toujours l'aîné, mais celui qui est
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836 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
considéré coiiime le plus apte à faire prospérer
le patrimoine, qui sera transmis, grossi et
amélioré. La coutume qui s'y ajoute de la sup-
pression de la dot est non moins favorable à
l'agrégation familiale. Sous l'ancien régime,
les Normands pratiquaient la sage renon-
ciation des filles à la succession, et ils
étaient aussi féconds qu'ils sont devenus
stériles sous un régime où la dot n'exclue
même pas de la succession, puisque « les
pactes sur succession future » sont inter-
dits.
Faut-il donc rétablir le droit d'aînesse?
Ce serait bien préférable à notre individua-
lisme dissolvant, certes ; mais ce n'est pas ce
qu'implique nécessairement la liberté de tes-
ter, et il y a mieux. L'aîné n'est pas toujours
le plus intelligent, le plus actif, le plus sen-
sible; tous les enfants même peuvent être
incapables et indignes. La liberté de tester
ne produira ses effets bienfaisants, notam-
ment pour la repopulation française, qu'avec
rhéréditi'î sociocratique, l'adoption générali-
sée, la suppression de la dot et rexhérédation
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CONTRE LA DEPOPULATION 237
des femmes et des philosophes. C'est la so-
lution positive. Il y faut une doctrine orga-
nisatrice, éducatrice, directrice.
Et que les « hommes pratiques » cessent
de sourire. Ce ne sont pas là de pures idéo-
logies. De même que les mesures fiscales et
coercitives se sont toujours prouvées impuis-
santes à relever la natalité d'un peuple, par-
tout où un sage empirisme a devancé cette
« théorie » et réalisé spontaViément les prin-
cipales conditions de vie de cette cellule so-
ciale, la famille, il en est résulté, avec la
plus grande liberté sociale, une puissante fé-
condité, l'extrême densité de population par
rapport au développement de la civilisation :
dans l'ancienne Normandi<% au Canada au-
jourd'hui, comme de tout temps historique
en Chine. « Si la Chine a dans son sein un
peuple si prodigieux, dit Montesquieu dans
ses Lettres persanes^ cela ne vient que d'une
certaine manière de penf-icr : car, comme
les enfants regardent leurs pères comme des
dieux, qu'ils les respectent comme tels dès
cette vie, qu'ils les honorent après leur mort.
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2S8 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
par des sacrifices dans lesquels ils croient
que leurs âmes, anéanties dans le Tien, re-
prennent une nouvelle vie, chacun est porté
à augmenter une famille si soumise dans
cette vie et si nécessaire dans l'autre. »
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CHAPITRE VII
CONTRE LA DÉPOPULATION
II. — La solution positive.
« Sans la division normale des
deux pouvoirs, attribut général
de la religion de THumanité, la
procréation ne peut être réglée,
dans notre race, que par des pres-
criptions publiques autantdépour-
vues d'efficacité que de dignité. »
Auguste Comte.
Pour que la France se maintienne, il lui
faut, par an, 5oo.ooo naissances en plus, soit
i.3oo.ooo au lieu de 800.000. Arsène Dumont
ne demandait qu'une natalité de 25 pour
1.000 habitants (soit 1 million de naissances
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340 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
paran), produite parunenuptialitédeS p. i.ooo
(celle que nous avons) et une fécondité de 3
enfants par ménage ; mais avec une morta-
lité réduite à i5 p. i .000 (au lieu de 19), lais-
sant un excédent de naissances de 10 p. 1.000,
soit un accroissement annuel de la popula-
tion française de 400.000, égal à l'accroisse-
ment anglais et italien, moitié de Taccroisse-
ment allemand.
Mais le nombre n'est pas tout. Sinon, il
n'y aurait qu'à faire appel à l'immigration, —
pour la France d'abord, pour l'Europe en-
suite. Les Jaunes sont assez prolifiques pour
peupler le monde. Et avant les barbares du
dehors, nous avons ceux du dedans, qui
se multiplieront avec entrain pour peu que
la société les y invite et, surtout, favorise
leur mode d'existence.
(( Le premier remède à la dépopulation
dont la France est menacée, dit M. Paul Le-
roy-Beaulieu, ce serait de changer toute la
dieection de l'enseignement public et toute
la mentahté gouvernementale. » Voilà la so-
lution positive! C'est la société française que
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CONTRE LA DÉPOPULATION 241
nous avons à reconstituer. Mais pour prendre
la direction de l'éducation publique, organi-
ser la responsabilité gouvernementale, « dis-
cipliner les intelligences afin de reconstruire
les mœurs », enfin régler la population, il
faut une doctrine complète. Après avoir
essayé tous les orviétans, on y viendra. Mais
sera-t-il temps encore ? Ne vaudrait-il pas
mieux, dès maintenant, éviter à notre pays
tant d'expériences douloureuses et dange-
reuses ?
Non seulement nous n'avons pas assez
d'enfants, mais surtout — et c'est en partie
la conséquence des pratiques restrictives, de
l'infécondité volontaire — nous les produi-
sons dans de mauvaises conditions, d'une
qualité française inférieure, nous les élevons
mal. Or la qualité importe plus que la quan-
tité, car celle-ci doit être limitée et ne peut
suppléer celle-là, tandis que la qualité ne
sera jamais assez élevée et peut, à la rigueur,
suppléer la quantité. En somme, les procédés
des repopulateurs empiriques sont aussi
grossiers que ceux des néo-malthusiens. Ils
16
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212 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
peuvent même, parfois, être aussi pernicieux.
En tout cas, ils sont aussi aveugles. Comme
les uns retiennent où il faudrait pousser, les
autres poussent où il faudrait retenir.
Une doctrine, comme le catholicisme ou le
positivisme, ne se borne pointa exalter ou à
décourager en bloc les énergies humaines,
elle les gouverne, elle préside toujours à la
réaction de Dieu ou de THumanité, c'est-à-
dire d'un ensemble continu, sur chacun,
«soit pour comprimer les impulsions égoïstes,
soit pour stimuler les affections sympa-
thiques. »
« Croissez et multipliez », prescrit rÉcri-
ture ; mais TÉglise règle. D'après Joseph de
Maistre, la grande loi temporelle de la Pro-
vidence, c'est que « non seulement tout
homme n'est pas né pour se marier et se re-
produire, mais que, dans tout État bien or-
donné, il faut qu'il y ait une loi, un principe,
une force quelconque qui s'oppose à la mul-
tiplication des mariages. » Selon le catholi-
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CONTRE LA DEPOPULATION ÎÎ43
cisme^ le mariage n'est pur que pour les purs,
et il y a un état sublime de pureté au-des-
sus du mariage. « Je voudrais que vous fu
siez tous comme moi, dit saint Paul; mais
chacun reçoit de Dieu son don particulier,
Tun d'une manière et l'autre d'une autre. »
C'est dire que tous ne sont pas aptes à en-
gendrer. Cela ne convient pas plus au génie,
au héros, au saint, qu'à l'idiot et au criminel.
J'ai montré déjà qu'il en est de même, pour
le très riche comme pour le trop pauvre.
Les scientistes pré tendent que les couvents
étaient des refuges de névropathes. Si c'est
exact, on s'explique en partie pourquoi les
maladies nerveuses font tant de ravages au-
jourd'hui. Jadis, le monachisme arrêtait leur
propagation par contagion et restreignait leur
transmission héréditaire. Si l'on admet, au
contraire, que les couvents n'étaient que
pour les saints ou la culture de la sainteté,
leur utilité humaine n'est pas moins certaine.
En sentiment, en activité, en pensée, le saint,
le héros, le génie, sont des aboutissants ex-
ceptionnels del'Humanité, desileurs uniques,
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844 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
qui n'ont d'autre mission que d'exhaler leur
parfum, leur beauté, et de l'épandre sur le
monde. Ce n'est pas le corps, c'est Tàme
qu'ils ont à transmettre.
Le catholicisme ne considère point la pro-
création comme le but de l'union conjugale,
puisque l'acte charnel n'est pas essentiel au
mariajçe. Mais saint Thomas d'Aquin déclare :
« Tout ce que Ton fait directement contre la
vie de l'homme est un péché mortel. Or la
fornication simple implique un dérèglement
qui met en danger la vie de l'enfant. » Dans
son Catéchisme du mariage (cité par le jour-
nal le Malthusien), M. l'abbé J. Hoppenot
écrit d'après saint Thomas : « Rien ne s'oppose
à ce qu'un homme marié limite sa famille par
la continence, pour des motifs légitimes
d'ordre spirituel ou temporel. *> Suivant le
même théologien, l'Église s'oppose à l'union
conjugale dans le cas d'hérédité pathologique,
de maux contagieux, de débilité ou tares
quelconques ».
C'est parce qu'elle sait retenir où il faut
que l'Église peut pousser où il faut. Pour
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CONTRE LA DEPOPULATION 245
remédier à la dépopulation, elle intervien-
dra avec plus d'efficacité que l'État. « Eh
dehors de l'idée religieuse, vous chercherez
vainement la force spirituelle capable de
vaincre le fléau, ou au moins de limiter ses
ravages. Pour se sentir obligé de faire son
devoir et, quoi qu'il en coûte de donner à la
famille et à la race tous les enfants qu'elles
réclament, il faut avoir conscience d'une loi
morale supérieure et croire qu'il y a des rai-
sons de vivre haut. Il faut avoir une foi,
une croyance, un idéal. Il faut posséder en
soi la force transcendante de la religion. » Il
faut aussi la sentir autour de soi. Mgr Gibier
ne le reconnaît-il pas en ajoutant : « Bien
que puissamment aidés par leurs principes
religieux, beaucoup de chrétiens n'ont pas le
courage d'accomplir tout leur devoir »?
Le positivisme est une religion qui se con-
naît, je veux dire une sociologie. En substi-
tuant le dévoùment à la dévotion, peut-être
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246 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
n'exalte-i^îl pas les motifs humains aussi
haut que le théologisme ; mais du moins il
les élève sûrement et continûment.
a Le mode qui prévaut encore, dit Auguste
Comte, revient, au fond, à tenter la réorgani-
sation temporelle indépendamment de la spi-
rituelle, c'est-à-dire à construire Tédifice so-
cial sans bases intellectuelles et morales. De
\h résulte, pour satisfaire aux justes exigences
populaires, la préférence stérile et subver-
sive accordée aux mesures politiques propre-
ment dites, dont refticacitésembleimmédiate.
Au contraire, le positivisme est pareillement
conduit h faire prévaloir T influence paisible
et certaine, mais indirecte ou graduelle du
sentiment et de la raison, secondés par une
sage opinion publique, sous Tim pulsion sys-
tématique des vrais philosophes, assistés
d'une libre adhésion populaire. »
Pas de solution possible tant que le spiri-
tuel restera confondu avec le temporel, c'esl^
à-dire tant que le pouvoir spirituel ne sera pas
réorganisé, par Talliancecatholico-positiviste,
pour « indiquer le but et apprécier l'usage ».
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CONTRE LA DÉPOPULATION 247
Le positivisme continue le catholicisme.
S'il va plus loin, socialement, c'est dans le
même sens. Il ne le contredit, il ne le contra-
rie pas, il l'assimile, il Tincorpore. Il est
assez large pour le comprendre. Tout ce que
r Église reconquiert, il sait que c'est contre
l'anarchie, et il ne peut que l'y aider. S'il faut
demander beaucoup au destin pour obtenir
peu, l'Église doit penser que, de tout ce que
veut le positivisme, on ne réalisera que ce
qu'elle peut accepter.
Ces deux grandes doctrines condamn en
le divorce et n'admettent que l'union indisso-
luble, c'est-à-dire strictement monogame.
C'est que le mariage n'a pas pour fin le coït
animal, ni même la procréation; mais l'amé-
lioration morale réciproque des deux époux.
D'après Comte, la principale destination du
mariage est de « compléter et consolider
l'éducation du cœur en développant les plus
pures et les plus vives de toutes les sympa-
thies humaines ». Le mariage positiviste
sera plus purifié encore par la coutume des
chastes préliminaires, de l'engagement au
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us CROITRE OU DISPARAÎTRE
veuvajje éli*mel, et surtout par Tinstitution
du inaria<i:e chaste complété par rexlension
de l'adoption.
Le positivisme atteint donc les plus pro-
fondes racines du mal. et seul, avec le catho-
licisme, il les peut arracher. Son régime
élimine nécessairement les facteurs de la dé-
population qualitative et quantitative.
Avec sa « capillarité sociale », Arsène
Dumont avait entrevu la vérité. Mais faute
de principes généraux positifs, d'idée direc-
trice, de doctrine, par excès de spécialisme
aussi, il s'en détourna aussitôt. Il prit la
fièvre de la désagrégation sociale pour une
suractivité progressive, alors que le progrès
ne peut être que le calme développement de
l'ordre. Bref, la capillarité sociale n'est pas
une manifestation démocratique, mais anar-
chique.
La frénésie d'arrivisme et de vaniteuse
ostentation qui caractérise notre temps, que
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CONTRE LA DEPOPULATION 249
Dumont nomme la capillarité sociale, est
évidemment un symptôme morbide. Chacun
veut surpasser son rang, ou à tout le moins
paraître le surpasser : nul ne se tient à sa
place; on se délie de toute solidarité, on
rompt toute continuité. En nous faisant per-
dre l'équilibre physique et moral, cette agita-
tion compromet la santé et détruit le bonheur.
Serait-ce que la diffusion de l'instruction a
rendu tous les Français aptes à remplir les
plus hautes fonctions sociales et qu'ils préfè-
rent s'immoler ainsi à la gloire de mieux servir
THumanité? Hélas ! tant de sottise ne va pas
avec une telle grandeur.
Notre instruction livresque n'a pas déve-
loppé rintelligence. Au contraire. Elle ne
Ta même pas éclairée sur les choses. Elle Ta
encombrée de notions vaines et obscurcie de
mots. On a cultivé la facilité verbale au dé-
triment de la réflexion. D'un petit primaire
pourvu de son certificat d'études, il n'y a de
plus ignorant qu'un bachelier. Il est vrai
qu'ils peuvent parler de tout sans rien con-
naître ; mais la saine intelligence populaire y
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2^ CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
a perdu sa meilleure substance, le bon sens.
Aujourd'hui, un ouvrier sait presque autant
de mots qu'un agrégé en Sorbonne, et il est
presque aussi niais* Les solides réalités sur
lesquelles son bon sens s'appuyait, il les per-
çoit de moins en moins. Aussi, plus les ap-
pétits exigent et les prétentions s'étalent,
plus les véritables compétences se font rares.
Parmi les ébénistes du faubourg Saint-An-
toine, par exemple, s'il y en a beaucoup qui
peuvent rédiger un article de journal, ri-
mer un sonnet pour le Salon des poètes et
s'y appliquent, bien peu savent fabriquer un
beau meuble sur plan, ou seulement y tâ-
chent.
Mais il y a plus.
La confusion des fonctions nous ramène
à la barbarie, et rapidement. Elle est pour-
tant inévitable avec une métaphysique qui a
proclamé les « droits de l'homme » et un in-
dividualisme qui a subverti J:outes les valeurs
et fait éclater tous les cadres sociaux. Puis-
que rien ne le retient plus et qu'il a tous les
droits, comment veut-on empêcher le citoyen
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CONTRE LA DÉPOPULATION 251 •
français d'aspirer aux plus hautes places, qui
permettent Texercice le plus étendu des
« droits ^^ ?
Sans doute, l'argent maintient en-'^ore
une apparence de classement; mais le pire
des imbéciles, des brutes et des gredins peut
acquérir cette puissance sociale, la seule qui
subsiste encore, s'il a quelque chance C:i s'il
est délesté de^ scrupules. C'est pourquoi les
empiriques n'ont rien trouvé de mieux, pour
remédiera la dépopulation, que de proposer
des primes , des exonérations , des emplois , etc . ,
aux familles nombreuses. C'est guérir le
rhume par la bronchite chronique.
Au « droit » métaphysique, le positivisme
substitue le devoir. C'est par là, d'abord,
qu'il rétablit les valeurs et qu'il reforme les
cadres. De grandes forces impliquent de
grands devoirs. La disposition à l'accomplis-
sement des plus grands devoirs décèle seule
l'aptitude à tenir les plus hautes places. Avec
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862 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
une telle ordonnance, il n'y a plus que des
ambitions légitimes, la capillarité sociale
disparaît.
Ainsi, l'argent — comme tout autre pou-
voir — ne sera pas un droit à jouir, un titre
au parasitisme ou à la prodigalité et au gas-
pillage, mais la mesure du devoir de servir.
« La richesse étant sociale dans sa source
doit être socialedans sa destination. » Quand
on ne remploie qu'à des fins personnelles,
voire familiales, de jouissances ou de faste, on
lèse le Grand Être, l'Humanité, on afflige
Dieu, on commet un vol. Proudhon était donc
parfaitement fondé à dire que la propriété,
comme la conçoit et en use la bourgeoisie
propriétaire depuis la Révolution, la pro-
priété sans devoir, sans contrôle, sans res-
ponsabilité, est le vol. Et, on l'entend bien,
ce n'est pas à l'origine qu'est la rapine,
ainsi que Karl Marx et les socialistes le sou-
tiennent, c'est à l'usage de tous les instants.
Proudhon avait bien vu qu'à l'origine la
propriété est de la liberté, ou mieux de la puis-
sance sociale. 11 importe peu à la société que
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• CONTRE lA DÉPOPULATION 253
cette puissance soit entre telles ou telles
mains ; mais il importe beaucoup qu'elle ne
soit paj^ affaiblie, c'est-à-dire morcelée, dis-
persée, et qu'elle soit dignement exercée,
pour le plus grand bien de tous.
Le point de vue métaphysique du droit
provoque toujours l'antagonisme, et donc le
désordre. Jusqu'ici, la bourgeoisie a pu do-
miner la situation. La ruine sociale Tenri-
chissait. L'anarchie assurait sa tyrannie.
Mais maintenant elle faiblit, elle est débor-
dée. Dans La Barricade^ Paul Bourget lui
signifie qu'elle est condamnée : « Les classes
sociales n'ont pas le droit de conserver ce
qu'elles n'ont plus Fénergie de défendre. »
C^est que la guerre sociale ne saurait per-
durer. La société ne peut être qu'une coopé-
ration, car, selon Comte, « l'ouvrier ne peut
pas plus être contraint à travailler que Ten-
trepreneur à administrer ». Et qu'est-ce à
dire, sinon qu'une autorité morale seule,
dominant l'antagonisme des intérêts, peut
mettre fin au ^.onflit de l'argent et du nombre?
Il y a donc des forces supérieures à celles
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264 CROÎTRE OO' DISPARAITRE
du nombre et de l'argent, aux forces maté-
rielles quelconques, et ce sont ces forces ré-
gulatrices que le positivisme régénère.
il faut que la richesse, en proportion même
de sa puissance, implique une responsabilité,
des devoirs, et si lourds que les incapables et
les débiles préfèrent dignement s'en déchar-
ger par le don ou la démission. Au surplus
le prolétariat organisé, sous la direction du
pouvoir spirituel, saura les y inciter congrû-
mcnt. Au moyen âge, la confiscation et
rcKcommunication eurent quelques avan-
tages.
La capillarité sociale, c'est la confusion de
toates les fonctions, l'indescriptible mêlée
des caprices, des vanités, des appétits, c'est
l'arrivisme, d'autant plus exaspéré que les
caprices sont plus débridés, les vanités plus
exacerbées et les appétits plus grossiers. En
replaçant les écluses que sont les classes,
en rebâtissant les quais que sont les devoirs,
on filtre le courant, on le canalise.
Mais aux mœurs sociales, il faut des in-
stitutions socialisantes. « Rien ne se peut, k
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CONTRE LA DEPOPULATION 256
la longue, dit Comte, tenir isolément ; tout
ne se consolide que par lensemble. »
La richesse étant réellement une fonction
publique comme le travail, comme la pensée,
elle doit être transmise sociocratiquement.
La transmission familiale, aux fils, est une
survivance des castes, des fonctions héré-
ditaires, d'un empirisme souvent défectueux.
La famille se doit rapporter à la société. Par
la liberté de tester, son chef exercera donc
une véritable magistrature civique.
Toute transmission « qui tend à dispenser
du travail constitue, en général, un véritable
abus d'une richesse toujours confiée tacite-
ment pour une destination sociale, sans
aucune vaine prédilection personnelle ». Et
Comte ajoute d'autre part : « Administrateurs
providentiels des capitaux humains, les riches,
les patriciens abuseraient de leur office so-
cial, s'ils employaient leur fortune à consti-
tuer artificiellement des organes parasites. »
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266 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
Pour que la pluralité des enfants ne déter-
mine plus la dispersion de la richesse et pour
que la concentration de la propriété ne soit
plus un motif d'infécondité, il faut d'abord
rentière liberté de tester. La condensation du
capital réduit le nombre des patriciens, et c'est
accroître la puissance sociale du patriciat,
en rendant plus difficile son accès, en amé-
liorant son recrutement. « De grands de-
voirs, dit Comte, supposent de grandes for-
ces. »
La transmission sociocratique des offices
sociaux sera complétée par lextension de
l'adoption que l'institution du mariage chaste
nécessitera. «• Sans cette libre répartition,
fait remarquer Comte, les couples propaga-
teurs se trouveraient d'ailleurs surchargés fré-
quemment. » En incorporant par l'adoption
le successeur à la famille, l'hérédité so-
ciocratique se liera à l'hérédité théocra ti-
que.
Ainsi donc, entière liberté de tester et d'a-
dopter. Mais qui dit liberté, dit responsa-
bilité. Les abus seraient assez réprimés,
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CONTRE LA DEPOPULATION 257
semble-t-il, par a l'obligation générale d'une
pleine publicité, sept ans avant la réalisation
normale d'une telle résolution ». Les libertés
quelconques ne susciteront point d'abus
quand elles seront exercées au grand jour,
sous le contrôle d'une opinion publique orga-
nisée.
•
Les éloquentes prédications sur l'impératif
catégorique, le dictamen de la conscience,
l'heureuse humilité n'ont jamais persuadé
personne, — pas même les moralistes dis-
coureurs. Il est trop avéré que, dans notre
chaos individualiste, les simples et les probes
sont aussi les dupes.
Si le positivisme enseigne qu'il n'y a de
bonheur vrai que dans la pratique de son
précepte fondamental : vivre pour autrui, il
se préoccupe des garanties sociales de ce
bonheur. <r Pour mieux convenir à leur des-
tination actuelle et finale, dit Comte, les
mœurs populaires doivent seulement déve-
lopper davantageleurcaractèrespontané. Cela
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258 croître ou DÎSPARAtTRË
exige surtout que l'instinct prolétaire se pu-
rifie de toute vaine ambition de grandeur et
de richesse personnelle. L'empirisme méta-
physique réduirait volontiers la grande révo-
lution à élargir au peuple l'accès habituel du
pouvoir, politique ou civil, au delà des an-
ciennes limites. Mais cette faculté... est loin
de satisfaire aux vraies conditions populaires,
puisqu'elle ne comporte que des améliora-
tions individuelles, qui ne changent pas le
sort de la masse sociale, ou plutôt qui ten-
dent souvent à Tempirer, par la désertion des
membres les plus énergiques... Les philo-
sophes et les prolétaires doivent également
repousser des mœurs qui tendent à dégrader
leur caractère moral, sans améliorer ordinai-
rement leur situation physique. Chez les uns
et les autres, l'absence de toute grave res-
ponsabilité pratique, et le libre essor, tant
public que privé, de la vie spéculative et
affective constituent les principales condi-
tions du vrai bonheur. Malgré les publica-
tions de nos économistes sur l'efficacité so-
ciale des Caisses d'épargne, la saine philo-
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CONTRE LA DÉPOPULATION 269
Sophie justifiera pleinement les répugnances
décisives de Tinstinct populaire, qui y voit
surtout une source continue de corruption
morale par la compression habituelle des
sentiments généreux. »
Depuis un demi-siècle, cet instinct s'est
obscurci. Aujourd'hui, le populaire n'a que
trop de « prévoyance », et cette vertu bour-
geoise le rend cupide et malthusien. Mais
ce n'est pas seulement Técole qui Ta gâté
ainsi, c'est que sa situation est de plus en
plus précaire. Il n'est plus que campé dans
la société, comme un barbare. Un brusque
déplacement industriel, qui n'a pas d'autre
motif souvent que la commodité personnelle
de l'entrepreneur, son caprice, ou son avarice,
ramène le prolétaire à l'ancestral étatnomade,
le chômage l'affame, la fécondité laccable
d'une misère sans espoir, abrutissante, sa
vieillesse languit dans une affreuse solitude.
Une ' reconstitution sociale peut seule
rendre au prolétariat sa joyeuse et féconde
insouciance, parce qu'elle rétablit ses garan-
ties et le fixe.
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260 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
Le juste salaire de l'ouvrier, c'est la rému-
nération qui lui permet d'élever convenable-
ment sa famille, d'autant plus élevée que
ses dépenses sont plus grandes, c'est-à-
dire qu'il produit et qu'il enfante plus. Le sa-
laire doit être réglé d'après les besoins
de la famille ouvrière la plus nombreuse
qu'on peut souhaiter et la plus honnête. Le
travail est noble. Il ne se paye pas. Le tra-
vail est une fonction sociale. Toute fonction
sociale est gratuite. La société ne doit que
l'entretien du fonctionnaire. C'est dire que le
salaire ne peut être supprimé, même pour ces-
sation de travail. L'entrepreneur reste respon-
sable des chômages forcés. Auguste Comte
décompose le salaire industriel en deux par-
ties distinctes et séparables, « l'une relative à
la subsistance du travailleur; l'autre à son tra-
vail effectif ». Et il ajoute : « La première
partie continuerait seule d'être payée dans
toute suspension d'ouvrage qui ne serait point
reprochable à l'ouvrier, et aussi en cas de
maladie, suivant l'usage des administrations
ministérielles : cette obligation ne devant
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CONTRE LA DÉPOPULATION 261
d'ailleurs durer qu'autant que le libre enga-
gement contracté sous peine de dédit mutuel,
entre l'entrepreneur et l'ouvrier, pour un
temps déterminé. »
La famille prolétaire doit être également
assurée d'un foyer par la possession d'un
mobilier et du domicile, la chaumière pour
le paysan (i), l'appartement pour l'ouvrier,
sans quoi « le passage décisif de l'état no-
made à l'état sédentaire ne paraît pas assez
achevé ». Avant de se marier, l'ouvrier sera
moralement tenu d'acquérir le mobilier et
le domicile de la famille qu'il veut fonder,
a Chacun doit avoir la pleine propriété de
tout ce qui est à son usage exclusif et con-
tinu. »
Au foyer, il faut une âme. C'est rappeler la
femme à sa plus haute mission morale, c'est
lui permettre le bonheur. « Affranchir la
(I) Auguste Comte écrit : « En surmontant l'entraî-
nement empirique des modernes occidentaux vers les
arts mécaniques et chimiques, on reconnaît, avec toute
l'antiquité, que l'agriculture constitue nécessairement
l'industrie la plus essentielle. »
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262 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
femme du travail extérieur, c'est-à-dire de la
misère et de la prostitution, dit Comte, con-
stitue la condition principale, quoique latente
jusqu'ici, d'une digne incorporation du peuple
à la société moderne. »
L'enfant gêne la capillarité sociale. Il
oblige à quelque chose qui n'est pas soi. Très
logiquement, la plupart des féministes sont
malthusiennes. Capillarité sociale, fémi-
nisme, travail des femmes, cela signifie dé-
population et dépravation.
La femme reconquerra sa douce influence
morale, aussi indispensable à son propre
développement qu'à celui de la civilisation,
en renonçant aux héritages et en condamnant
le vicieux usage des dots. Toute participa-
tion à la richesse et au commandement ne
peut que la dénaturer et la dégrader. Sa
grandeur est dans l'amour.
La famille solidement instituée, la femme
régnant au foyer, surintendante de l'éduca-
tion, voilà le principal remède à l'alcoolisme,
à la débauche, à Texcessive criminalité juvé-
nile, à la dépopulation!...
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CONTRE LA DÉPOPULATION 263
C'est Tindividualisme, plus encore que
l'école laïque et radicale, qui a corrompu le
prolétariat. Au fond, c'est la plus dure des
nécessités qui Tout rendu parcimonieux,
prévoyant. Qu'on lui assure son pain et sa
liberté, il vivra, il se reproduira. II sera un
fonctionnaire social qui ne doutera plus de sa
réelle importance, t La principale opposi-
tion à la concentration nécessaire du pou-
voir et de la richesse émane de ceux qui,
sans pouvoir devenir patriciens, ne veulent
pas être prolétaires. C'est là que se développe,
envers toutes les hautes positions, une envie
que la religion peut seule guérir. » Au reste,
avec la terrible responsabilité qui s'attachera
aux offices de commandement, le peuple ne
désirera « ni la célébrité achetée par de pé-
nibles méditations habituelles, ni la puissance
chargée de constants soucis ». Il est remar-
quable qu'empiriquement le syndicalisme
actuel, comme le sacerdoce positiviste, dis-
pose « les prolétaires à flétrir toute tendance
au déclassement, comme contraire à la di-
gnité de l'office populaire, et funeste aux
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264 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
justes aspirations du peuple, toujours trahi
par ses déserteurs ».
La capillarité sociale, ainsi entendue, est
bien le facteur général de la dépopulation
française. Aucune mesure spéciale ne l'at-
teindra et ne l'atténuera. Le parasitisme de
la richesse, l'exploitation de l'autorité poli-
tique, le charlatanisme intellectuel, c'est-à-
dire la richesse sans devoir, l'autorité sans
responsabilité, la pensée sans autre règle
que la vénalité, autorisent, satisfont même,
en tout cas exaspèrent les appétits, l'envie,
les vanités, les prétentions, en un mot la
capillarité sociale.
L'ordre positif y met fin. « En substituant
les devoirs aux droits, on s'inquiète peu des
possesseurs actuels d'une force quelconque,
pourvu que l'exercice en soit bien réglé. »
Il en est ainsi pour tous les pouvoirs. Pour
le politique comme pour l'économique. Je
ne parle pas du spirituel. Séparé définitive-
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CONTRE LA DÉPOPULATION 266
ment du temporel, voué à une sainte pau-
vreté, d'abord par l'abolition de la propriété
intellectuelle, privant « la vénalité d'une
protection factice qui ne profite qu'aux
médiocrités », le pouvoir spirituel ne sau-
rait abuser. Ne pouvant s'appuyer que
sur la classe énergique et le sexe affectif,
pauvres et dénués de puissance matérielle
comme lui, il ne disposera que des moyens
moraux.
Reste le pouvoir politique.
Pour la métaphysique qui a inspiré lab-
surde et mortel suffrage universel, il dispense
tous les droits. Pour le positivisme, il est la
mesure des devoirs de ceux qui le détien-
nent.
Le parlementarisme, c'est le pouvoir poli-
tique sans contrôle, sans règle, sans respon-
sabilité, et donc sans frein. C'est pourquoi
tout est politique. C'est pourquoi TÉtat tend
à absorber toutes les forces nationales
pour les dissoudre. Les partis sont des
bandes pillardes, et leur but, c'est la raz-
zia.
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266 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
L'ordre comme la liberté politiques exi-
gent la dictature à vie, c'est-à-dire la con-
centration, la continuité, la responsabilité.
Elle se transmettra sociocratiquement comme
la richesse. 11 faut que chacun se tienne à sa
place et remplisse sa fonction au mieux. De
continuelles permutations sont nocives. Aux
fiévreuses compétitions des droits antagoni-
ques, Tordre positif substitue la paisible dé-
termination des devoirs conciliants et leur
utile émulation. « Les vains débats sur la
possession du pouvoir sont remplacés par
l'examen des règles relatives à son sage exer-
cice. »
On sollicitera moins les fonctions d'État
quand elles ne comporteront que de rigou-
reux devoirs. Et ceux qui les détiennent pré-
sentement seront certainement les moins
empressés à les solliciter.
Une dictature, avant même que l'opinion
publique ranimée la contienne, se limite
spontanément à son rôle politique. D'autre
part, à mesure que le pouvoir spirituel s'uni-
versalise, ce rôle se restreint. « Il n'y a de
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CONTRE LA DÉPOPULATION 267
gouverné temporellement, dit Comte, que ce
qui ne peut l'être spirituellement. » Un gou-
vernement responsable, au lieu d'empiéter,
d'absorber, de monopoliser, fait appel au con-
cours des libertés sociales qui Tallègent.
Ainsi se reconstitueront tous les groupes
sociaux auxquels s'oppose le parlementa-
risme centralisateur : familles, régions,
corporations, associations, universités li-
bres, etc.
La philosophie positive, c'est la systéma-
tisation du bon sens commun; la politique
positive, c'est l'organisation de la coopéra-
tion, de l'action convergente.
La religion positive fortifie tous les sen-
timents sociaux pour subordonner constam-
ment l'égoïsme à l'altruisme. Son dogme, son
culte et son régime concourent à élever l'Hu-
manité comme à l'éterniser, par la Famille et
par la Patrie. Le positiviste veut donc une pos-
térité familiale, nationale, humaine qui le juge
et le glorifie, parce qu'il se veut survivre, pa rec
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oogl
268 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
qu'il ne doute point qu'il sera vénéré de ses
descendants comme lui-même a vénéré ses
ascendants. « La piété filiale est la base
de la vertu, dit Gonfucius... Il y a trois
crimes contre cette vertu, parmi lesquels le
plus grand est celui de manquer de posté-
rité. »
La Chine est féconde parce qu'elle a main-
tenu les conditions sociales de la fécondité :
vénération des ancêtres, désir de postérité,
flétrissure du célibat et de la stérilité, adop-
tion fréquente, exhérédation des filles, vie
agricole, dédain de l'argent, etc. De même,
l'ancienne Normandie comme le Canada au-
jourd'hui. Si les faits confirment toujours la
systématisation positiviste, c'est que les lois
sociales sont universelles.
Mais, en attendant que la décomposition
de la civilisation occidentale soit assez avan-
cée pour qu'elle se puisse donner du champ,
la Chine, surpeuplée inconsidérément, subit
de terribles famines périodiques. C'est que
toutes les forces doivent être réglées. Quand
on se borne à les faire surgir, des désastres
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CONTRE LA DÉPOPULATION 269
sont inévitables. Il n'y a pas d'harmonie spon-
tanée durable, quoi qu'en aient dit F. Bastiat,
M. de Molinari et les naïfs libertaires. Par
exemple, en France, si on laisse à chacun ou
au hasard la décision de propager l'espèce,
sans contrôle, après avoir seulement suscité,
une fois pour toutes, des procédés mécaniques
stimulants ou restrictifs, on n'obtiendra que
le a lapinisme » des bas fonds ou la stérilité
volontaire des « prévoyants », la dégénéres-
cence et la mort. 11 faut toujours une direc-
tion intelligente. Pas d'acte social qui ne
doive être gouverné. Et, on l'entend bien, la
législation n'y suffit point. Les lois ne valent
que par les volontés. Il n'y a de force sociale
que dans un concours résumé par un organe
individuel.
En somme, il faut reconstruire la société
française. Plus on retardera l'effort, plus il
sera pénible. Mais aucun mot magique,
aucune thaumaturgie législative, aucun mira-
cle de violence ne nous en dispenseront.
Réaction, dira-t-on ? Soit. Pour un malade,
le retour à la santé est aussi une réaction. On
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270 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
ne guérit de l'alcoolisme qu'en cessant d'in-
gurgiter de l'alcool, on ne guérit de Tanar-
chie qu'en revenant à l'ordre. Il faut croître
— dans le sens plein du mot — ou dispa-
raître.
FIN
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TABLE DES MATIÈRES
Pages.
Avant-propos . . v
Chapitre Premier. — La « loi » de Malthus. . . i
Chapitre II. — La surpopulation 30
Chapitre III. — Le néo-malthusisme 55
Chapitre IV. — La dépopulation française . . . 104
Chapitre V. — Les facteurs de la dépopulation
française 134
Chapitre VI. — Contre la dépopulation. — I. Les
expédients 478
Chapitre VII. — Contre la dépopulation. — II. La
solution positive 239
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2636. — Tours, imprimerie E. Arrault et €•'.
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/
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de Frerou (1754-1801) d'après des documents inédits. 1 vol iu-8« écn
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DOUMIG (Rbn6), de l'Académie françaiKe. — (lîeorg-e Sand. Sa Tie et
son œuvre, i vol. in-16 jésus. avec gravures 3 50
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naire. Vilate « Le Petit Maître •. THnchard •• I/Homme de la Nature ».
i vol. in-8* écu avec gravures 6 •
FIKS^INOER (D' Ch.). — Erreurs sociales et Maladies morales.
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OODAHD rAifDAi). — Vers plus de Joie. Roman de Taniiée 1995.
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GOMEZ-CARRILLO (B.). — La Grèce Éternelle. Préfaoi^ de Jeun
Moréas. 1 vol.in-l« 3 50
60YAU (Ororois). — L*Allemag>ne relig:ieusf • Le ProlfftafttUme.
{Ouvrage eouronné pari' A endémie française.), b* édition, i vol. in-ln. 8 50
" L'Allemaijrne religieuse. Le Catholieitme, t. i. II. UOo-1848.
2«édiii<'ii. 2 volumes iu-1^. 7 •
— L'Allemasno reliarieuse. Le Catholicime, t. RI, IV, 1848-1870.
Xvol.in-l« 7 »
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sou œuvre. Traduits du danois avec rautoristtiun de l'auteur par Teodor de
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LANO (Anorbw). — La Jeanne d'Arc de M* Anatole Franee«
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LAUTOUR (Ueut* Oaston;. — Journal d'un Spalii au Soudan
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L'HOPITâI. (J08BPU). - Itailca. Imoreuion» et Soucenire. — Milan. —
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NICOLaY (Fbbnamd). — Ce que les Pauvres pensent «les*
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Les Faits : Le Poème de la Conscience. — Dante et les Mystique-*.
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Préface de Georges Dubuy. 1 volume in-16 8 50
ROM 1ER (LuGiBN). — Ltt Carrière d'un favori, Jacques d'Albou de
Saiut-Audré, mar^^chal de France (1512-lft6!£). 1 vol in-8« écu.. . 5 ••
SU AU (PiBaRB). — Lii France à Madagrascar. Histoire politiaue et
religieuse d'une coloniHution Préface de M La Mtbk dk Vilbas. I vol.
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WALTZ (RKNit). — Vie de Sénèque. In-8» carré avec portrait. ... 7 50
WITT-GUIZOT (François dk). — Les Réflexions de M. Hou-
lette. Notes sur l'Education, l vol. in-^6 60
*> 1 Paria. — Imp. B. CArioiioirT et O*. nie de Seins, 11.^
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